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Docteur Jean-Georges Rozoy


Résumé des abréviations utilisées dans les articles : consulter la liste.

1966

J.-G. ROZOY

Divers types d'armatures tardenoisiennes à base non retouchée



L'application des méthodes modernes d'analyse aux gisements « mésolithiques » (et plus particulièrement tardenoisiens) amène actuellement divers auteurs à rechercher, en vue d'un dénombrement correct, des dénominations plus précises pour beaucoup d'outils. Dans certains cas cela est possible dans le cadre ancien qu'il suffit de préciser — nous pensons par exemple aux triangles scalènes parmi lesquels on peut distinguer des scalènes courts et des scalènes allongés (étirés), des scalènes à petit côté concave, pour n'en citer que trois types — restant bien entendu qu'ils font tous partie d'un groupe cohérent, celui des triangles. La même remarque peut s'appliquer aux trapèzes et à divers autres groupes d'armatures.

Il existe cependant un groupe tout entier (et non pas un type unique) qui, jusqu'à présent, n'a pas été individualisé, ses éléments se trouvant en général relégués parmi les pièces dites inachevées (nous pensons qu'un tel diagnostic ne devrait être porté qu'avec beaucoup de circonspection) ou rattachés sans fondement valable à des groupes ou à des types divers dont ils se rapprochent plus ou moins. Il s'agit de ce que nous nommerons provisoirement armatures à base non retouchée, ce terme ayant été choisi à dessein pour bien montrer qu'il s'agit d'un groupe où il y a lieu de reconnaître divers types.

L'un de nous (R. D.), présentant (1) en 1962 le gisement de Chaville dont il est l'inventeur, notait déjà 25 « pièces de technique pour 6 pointes du Tardenois et, en janvier 1965, dans la présentation sur Piscop (2), dans le cadre de la recherche « d’une typologie plus fine et plus complexe », dénommait ces pièces « microlithes à dos » avec un total de 76 objets auxquels s’ajoutaient les 32 « pièces de technique (Pointes du Tardenois) sans retouches proximales », soit 108 armatures à base non retouchée contre seulement 30 Pointes du Tardenois proprement dites. Au Désert d’Auffargis (3) il notait à nouveau 43 « microlithes à dos » et 22 « pièces de technique » contre 11 Pointes du Tardenois. Devant ces rapports numériques il ne semble pas possible de maintenir le théorie des pièces inachevées (pièces de technique), même en supposant que les pièces achevées aient été perdues à la chasse. En effet il ne faut que quelques secondes pour « achever » une telle pièce, et d'ailleurs à Montbani I l'étude des stades de fabrication des « Pointes de Vielle » montre qu'on ne retrouve que 116 pièces inachevées (à deux stades successifs) contre 383 pièces achevées. Il ne fait aucun doute pour nous que les « pièces de technique » classiques sont des armatures terminées, à base non retouchée, et qu'il faut chercher ailleurs, notamment parmi les troncatures obliques, les pièces inachevées. Placé devant la même situation à la Ferme de Chinchy (4) puis à nouveau à Sonchamp (avec l'un de nous), M. J. Hinout rassemblait de son côté, en octobre 1965, ces mêmes objets, ainsi qu'un certain nombre de troncatures obliques sous le nom de « Pointes à base naturelle » dans un article (5) qui suscita certaines objections de la part des « mésolithiciens », tant en raison d'une dénomination discutable que de l'ensemble hétérogène présenté. L'auteur cependant évoquait « les différents types rencontrés jusqu'ici », mais qui n'étaient pas bien individualisés, faute principalement de définir une hiérarchie des caractères et de s'y tenir. Quoiqu'il en soit, c'est un premier essai, et nous avons dit (6), lors de la présentation de J. Hinout, l'importance qu'il faut attacher à l'identification correcte de ce groupe pour la compréhension du Tardenoisien en France et en Europe.

Nous pensons que ces difficultés taxonomiques tiennent avant tout à la structure particulière du Tardenoisien français (et tout spécialement de celui du Bassin Parisien; qui comporte en général: (et tout spécialement de celui du Bassin Parisien) qui comporte en général beaucoup plus de pointes à base retouchée (P. du Tardenois, P. de Sonchamp, P. de Vielle, et d'autres dont l'individualisation est en cours)) que de pointes diverses à base non retouchée. La situation est à cet égard plus simple pour les Anglais si l'on pense qu'à Horsham, par exemple, ces dernières représentent plus de la moitié du matériel. Dans l'Allemagne du Sud, où la P. du Tardenois semble pratiquement inconnue, la situation est du même ordre. Les Français malheureusement ignorent trop souvent les travaux étrangers ; il est vrai que les Allemands sont très en retard pour la typologie (7) et que J.-G.-D. Clark lui-même n'a pas donné à un essai de typologie statistique, très en avance sur son temps (8), la suite qu'il aurait mérité.

Les caractéristiques communes des armatures à base non retouchée l'emportent suffisamment (à notre avis) sur les divergences qui en séparent les types, pour justifier la reconnaissance d'un groupe distinct. Ces caractères généraux sont simples : tout d'abord ce sont des « Pointes », ce qui exclut toute troncature, fût-elle oblique, formant avec le côté opposé, retouché ou non, un angle égal ou supérieur à 45°, ainsi que tout objet nettement asymétrique ; et en second lieu l'extrémité opposée n'est pas retouchée : la base est, non pas « naturelle » (ce serait du cortex), mais telle que le débitage l'a produite et présente par conséquent les formes les plus variées. Cette base non retouchée peut aussi bien être rectiligne et perpendiculaire à l'axe de la pièce (fig. 1, n° 4 à 8) que légèrement biaise (n° 10), arrondie (n° 14) ou encore en pointe parfois assez longue (fig. 2, nos 45 et 46). Toutefois la droite qui joint son milieu à l'extrémité aiguë de l'outil doit coïncider sensiblement avec l'axe de symétrie de la pièce, faute de quoi nous ne pourrions l'admettre comme une « Pointe ». La figure 3 montre divers objets qu'il faut écarter de notre cadre et en indique les raisons : extrémité trop peu aiguë (n° 80 à 85 objet non symétrique (nos 86, 87) ; axe de symétrie ne coïncidant pas avec la bissectrice de l'angle (n° 88 à 92) ; base constituée par une cassure (n° 95 à 98) ou par un bulbe de percussion (n° 99 à 103). La base non retouchée doit être examinée soigneusement (et de préférence à la loupe) car elle doit absolument être une extrémité (proximale ou plus souvent distale) de la lamelle. On ne doit pas dénommer « armature à base non retouchée » un outil dont la base est constituée par une cassure : il est trop souvent impossible de savoir ce qui faisait suite à une cassure, l'outil complet pouvait aussi bien être un triangle ou une Pointe du Tardenois, et le débris doit être décompté parmi les « Microlithes brisés » dont tout gisement produit nécessairement un certain nombre. Dans quelques cas cependant on peut affirmer le caractère intentionnel de la préparation (fig. 1, n° 9), mais cela est rare. Il n'est sans doute pas inutile non plus de rappeler ici la définition de la « Pointe » fournie par le fondateur de la typologie statistique, F. Bordes : « j'appelle pointe un objet pointu », etc. (9, p. 21). Cette définition fort pertinente et détaillée nous convient parfaitement et, sans nous demander plus précisément selon la boutade de l'auteur si ces armatures pouvaient réellement servir à chasser l'ourson, nous ne fournissons ici cette limite supérieure d'un demi-angle droit que pour tenter une adaptation nécessaire dans ce monde « mésolithique » où la géométrie perd rarement ses droits, et où les armatures sont dans l'ensemble nettement plus aiguës qu'au Paléolithique moyen. Il faut encore remarquer qu'en raison de leur minceur (habituellement 1 à 2 mm) les pointes tardenoisiennes répondent pratiquement toujours à la seconde partie de la définition du Pr. Bordes, celle relative au profil. Il était logiquement nécessaire de se montrer d'autant plus exigeants au sujet du contour.

Ajoutons encore ceci : pour nous comme pour F. Bordes la dénomination « pointe » ne préjuge que d'une forme qui a pu être offensive, et nous en sommes en fait persuadés la plupart du temps, bien que les preuves en manquent ; mais il se peut que l'utilisation ait été toute autre. Nous savons d'ailleurs de façon certaine que d'autres objets non baptisés « Pointes » ont servi en fait comme tels dans certains cas précis (lorsqu'ils se sont fichés dans de l'os) et peut-être dans tous. Mais il ne nous en paraît pas moins nécessaire de rassembler sous ce terme les armatures allongées et aiguës présentant une bonne symétrie soit par leur constitution, soit par la présence d'une base intentionnellement adaptée.

Ces précisions étant apportées, nous distinguerons parmi les armatures tardenoisiennes à base non retouchée quatre types principaux :

1. Pointes à retouche unilatérale

Pointes retouchées sur tout un côté (fig. 1), que l'on pourrait dénommer Pointes à retouche unilatérale (n° 1 à 25). Elles ont été décrites par Clark sous le nom de pointes du type B et par Bohmers sous celui de pointes du type A (ce qui condamne un tel procédé de dénomination). Ce sont les « lamelles aiguës » de Tixier (11, fig. 35, n° 4) qui, au Maghreb, les sépare des « Pointes » diverses à base aménagée. Le bord abattu (généralement à gauche, pointe vers le haut) empiète de plus en plus sur la lamelle, la traverse et rejoint l'autre bord qui est brut de débitage, en formant avec lui un angle très généralement inférieur à 45°. A la rigueur on peut admettre l’intégration dans ce type de pièces dont une partie seulement du bord est abattu, mais de telle façon que la partie retouchée continue celle qui ne l'est pas (n° 13-14). La morphologie est en effet pour nous comme pour Bordes et pour Tixier plus importante que la technique.

Premier sous-type : avec piquant trièdre conservé (fig. 1, nos 26 à 37) qui a été le plus souvent dénommé « pièce de technique », par Vignard (10), bien que cette expression soit mal définie. C'est en Afrique du Nord la « Pointe de la Mouillah », de Tixier (11, p. 106) que nous retrouvons (pur phénomène de convergence) à Chaville (nos 28 à 30), à Marly-le-Roi avec son microburin (n° 31), à Hédouville (n° 33), à Nemours (n° 26, 27), à Buthiers (n° 32) et que Hinout figure également pour le Tardenois (5) ainsi que F. Quatrehomme pour la vallée de la Loire (12) et Clark, à Horsham (8, p. 70, n° 89) et à Semelston (13, n° 151). On remarquera que dans ce cas particulier l'angle au sommet peut être supérieur à 45°. En fait ceci est compensé par la grande acuité naturelle au piquant trièdre, et le bord retouché forme, lui, avec l'autre, un angle fort aigu. Tous les auteurs s'accordent à considérer des objets tels que les n° 26 à 37, figure 1, comme des Pointes et, à notre avis, avec raison. Comme Tixier au Maghreb pour les Pointes de la Mouillah (11, p. 109), nous les retiendrons donc comme telles, en tant que « sous-type », ou « variété ». On remarquera encore que pour J. Tixier, en Afrique du Nord, « par rapport à l'importance de la technique : bord abattu - piquant trièdre, l'aménagement des bases devient un caractère très secondaire, ne justifiant pas la création de types spéciaux » ; (11, p. 109), et cette appréciation est particulièrement valable pour une industrie où, nous dit l'auteur, « il n'est pas douteux que la technique du coup de microburin était, pour ce gisement, réservé aux seules Pointes de la Mouillah ».

Sans entrer ici dans le détail de nos appréciations sur les deux variantes principales de la « technique du coup de microburin », disons seulement que pour le Tardenoisien de la moitié Nord de la France, objet de nos études, les choses nous paraissent différentes et que, tout en approuvant pleinement pour l'Afrique du Nord la primauté donnée à la technique « bord abattu - piquant trièdre » sur le façonnage de la base, nous estimons que dans le Tardenoisien français la constitution ou non d'une base perpendiculaire à l'axe de l'outil est un caractère majeur qui doit avoir le pas sur les autres, alors que la conservation du piquant trièdre se retrouve occasionnellement sur tous les types d'outils microlithiques et ne peut être au plus qu'une subdivision de second ou troisième ordre.

Il est à noter d'ailleurs que les bases sont aménagées au Maghreb, comme fréquemment en Angleterre (8, 13), de façon beaucoup moins marquante puisqu'elles sont généralement convexes, voire même en forme de soie, tandis que la base d'une Pointe du Tardenois ou d'une Pointe de Vielle est une troncature franche, perpendiculaire à l'axe, et souvent même concave. Il paraît donc normal de donner des importances différentes à deux cléments qui, à tout prendre, sont nettement différents, et de classer différemment en France les lamelles à dos et piquant trièdre selon qu’elles ont une base aménagée ou non. Pour cette raison le terme « Pointe de la Mouillah », qui couvre des objets à base aménagée, ne peut être retenu en France. Nous proposons : Pointe de Chaville.

Second sous-type : qui tient au caractère distal ou proximal de la partie pointue dans la lamelle d'origine. Il semble qu'en général la règle soit pour le caractère proximal (extrémité pointue taillée dans la partie la plus épaisse de la lamelle) mais F. Quatre-homme (12) nous montre des partages à égalité. Rappelons ici que ce caractère de « Pointes proximales » a été décrit par le Dr Gobert (11, p. 98) en 1954, après Clark (8) pour lequel c'était, à Horsham, une règle quasi-absolue. Faute de dénombrements suffisants, il est actuellement impossible de dire si ce caractère devra, ou non, être retenu comme élément déterminant de types ou de sous-types : aussi le signalons-nous pour susciter à ce sujet les observations nécessaires. Toutefois, fidèles ici encore au primat de la morphologie sur la technique (9, p. 10 et 11, p. 18) nous ne l'envisageons, le cas échéant, que comme une subdivision secondaire ; dans ce cas le type normal serait la pointe proximale et, le sous-type, la pointe distale. La création de ce sous-type se justifiera peut-être si le caractère proximal ou distal entraîne une différence morphologique nette (plus grande épaisseur de la base en cas de pointe distale).

2. Pointes à troncature très oblique (fig. 2, n° 38 à 79)

C'est la Pointe type A de Clark et la Pointe type B de Bohmers. Ici la partie retouchée forme un angle net avec le bord qu'elle modifie ; il ne s'agit donc plus d'un bord abattu mais bien d'une troncature. Ces armatures ont été décrites sous le nom de Pointes de Zonhoven, terme qui ne peut être conservé parce qu'on en a créé un type « avec base retouchée » dont nous ne pouvons admettre le rapprochement. Il existe évidemment des formes de passage entre la Pointe à troncature très oblique, et la Troncature peu oblique qui ne saurait être considérée comme une Pointe. On prendra ici en considération, pour départager les deux catégories, non seulement l'angle au sommet (à partir de 45° ce n'est plus une Pointe), mais aussi le caractère symétrique ou asymétrique de l'armature (tout objet dont l'axe de symétrie ne coïncide pas avec la bissectrice de l'angle au sommet doit être écarté), la trop grande longueur de la partie non retouchée ou la présence du bulbe de percussion, ce dernier élément pouvant éventuellement être accepté en qualité de sous-type (fig. 2, n° 40). La présence éventuelle du piquant trièdre nous paraît moins importante ici (il s'agit en effet d'une troncature et non plus d'un bord abattu), bien qu'elle soit assez fréquente (nos 41, 43, 52).

3. Pointes à deux bords abattus (fig. 2, n° 59 à 63)

L'extrémité aiguë est ici déterminée par la rencontre de deux bords abattus. Il convient d'exiger entre ces bords un angle n'atteignant pas 45°.

Il faut réserver ce type pour les cas où il s'agit véritablement de bords abattus, c'est-à-dire de retouches enlevant une partie notable du tranchant, et non d'un petit grignotage sans modification nette du profil. Il est fréquent en effet que les pointes des deux premiers types, comme les triangles ou d’autres microlithes, présentent sur le bord non abattu une retouche de faible amplitude, généralement située à l'extrémité aiguë, mais aucunement comparable à la retouche abrupte qui a abattu le premier bord. Ceci pourra faire l'objet de sous-types dans les deux premiers types (l'avenir seul nous dira quelle importance y attacher), mais n'autorise en aucun cas l'assimilation à une pointe à deux bords abattus. Bien que la pointe à deux bords abattus puisse fréquemment avoir la forme d'un triangle isocèle haut (lorsque la base non retouchée est sensiblement rectiligne et perpendiculaire à l'axe de la pièce), elle ne peut être confondue avec celui-ci. En effet la base de notre pointe à deux bords abattus est constituée par une extrémité de la lamelle (généralement la partie distale) qui est sensiblement perpendiculaire aux arêtes de celle-ci, tandis que dans le triangle isocèle haut (et dans la flèche transverse néolithique) le côté non retouché est formé par un bord de la lamelle, sensiblement parallèle aux arêtes de celle-ci, dont l'une au moins est généralement bien visible. En d'autres termes, la pointe à deux bords abattus est prise dans la longueur de la lamelle, le triangle isocèle haut l'est en travers de celle-ci.

Eu égard à l'importance de cette convergence de deux bords abattus véritables, il nous paraît ici de moindre intérêt que ces bords abattus soient partiels ou totaux, et même qu'ils fassent avec les côtés un angle plus ou moins marqué, ce qui d'ailleurs est rare. En pareil cas la pièce ressemble à une Pointe du Tardenois ou à une Pointe lancéolée large avec lesquelles on l'a trop souvent confondue, négligeant cette différence fondamentale qu'il n'y a pas de base retouchée (n° 62).

Le caractère distal de la pointe pourra être considéré comme un sous-type. La présence du piquant trièdre est très rare.

4. Pointes courtes à base non retouchée (fig. 2, n° 64 à 79)

Nous rassemblons ici des pointes sur éclat et des pointes sur lamelle, mais très courtes.

Ce type est rare en France, mais sa fréquence en Allemagne du Sud (et en Europe centrale) où il est parfois dominant dans le Tardenoisien ancien, nous oblige à le distinguer nettement des Pointes à retouche unilatérale. Il est probable d'ailleurs que les auteurs d'Europe centrale auront à le subdiviser pour leurs diverses régions, et peut-être à l'ériger en groupe distinct. Il s'agit toujours, pour nous, d'une Pointe, c'est-à-dire que la troncature fait avec le côté non retouché un angle inférieur à 45°. La pièce est peu allongée (puisque par définition elle ne peut être deux fois plus longue que large), et la symétrie y est donc plus difficile à rechercher ; aussi le caractère principal tient-il à l'angle au sommet. Toute pièce présentant un angle égal ou supérieur à 45° doit être écartée. Il est probable qu'en Allemagne du Sud et en Europe centrale il convienne d'être plus large et d'admettre des angles atteignant 60° (n° 66 à 79). Le Tardenoisien ancien de ces régions paraît en effet beaucoup plus rudimentaire que le nôtre, les types en semblent moins géométriques, moins réguliers, les pointes des triangles et des segments de cercle y sont moins effilées. Mais dans le cadre du Tardenoisien français il ne fait pas de doute pour nous que la limite de 45° s'impose à toute « Pointe » quelle qu'elle soit (n° 64 et 65).Cet angle peut être opposé, ou non, à un bulbe de percussion ; seul l'avenir (et nos collègues d'Europe centrale) pourront nous dire si ce caractère est important. On trouvera une assez bonne iconographie à ce sujet dans l'article récent de K. Valoch (14) et dans les publications plus anciennes de Gumpert (15, 16), et l'on y notera qu'il existe toutes les formes de passage entre ce type et les Pointes à retouche unilatérale : Pointes sur éclat laminaire (nous entendons par là un éclat allongé, plat et régulier, qui n'atteint pas tout à fait une longueur double de sa largeur), voire même sur lame ou lamelle, la troncature ayant réduit la longueur à moins du double de la largeur ; Pointes dont la longueur dépasse le double de la largeur, mais taillées en travers d'un éclat et non dans une lamelle (c'est le cas de la figure 1 de notre collègue Quatrehomme) (12), etc. Toutes ces pièces ne peuvent figurer dans les trois premiers types et doivent être décomptées avec le quatrième ; leur trop petit nombre en France ne permet pas de les y individualiser.

Conclusion

La classification que nous proposons aujourd'hui pour les armatures à base non retouchée dans la moitié Nord de la France est évidemment toute provisoire et devra sans doute être remaniée lorsque nous connaîtrons mieux ces objets dont l'étude est en plein développement. Ce qui compte à notre avis, c'est la séparation nette de ce groupe de « Pointes » d'avec celui des Troncatures, et sa reconnaissance comme un large ensemble dont la signification chronologique éventuelle devra ensuite être précisée au moyen de ses rapports numériques avec les autres groupes de microlithes au cours de l'évolution des industries tardenoisiennes.

BIBLIOGRAPHIE

(1) R. DANIEL. — Campements mésolithiques du Bois de Chaville (S.-et-O.), Bull. S.P.F., janvier-février 1962, pp. 44-48.

(2) R. DANIEL. — Le Tardenoisien II de Piscop (S.-et-O.), Bull. S.P.F., janvier 1965, pp. XVII-XXIV.

(3) R. DANIEL. — Le gisement mésolithique du « Désert d'Auffargis » (S.-et-O.). Bull. S.P.F., décembre 1965, pp. CCCVII-CCCXIV.

(4) R. AGACHE. — Informations archéologiques, circonscription de Lille, Gallia Préhistoire, T. VI, 1963, pp. 177-179.

(5) J. HINOUT. — Les pointes tardenoisiennes à base naturelle, Bull. S.P.F., octobre 1965, pp. CCXXXV-CCXXXIX.

(6) Dr ROZOY. — Discussion de la présentation de J. Hinout : « Pointes à base naturelle », Bull. S.P.F., octobre 1965, pp. CCXX-CCXXI.

(7) Dr ROZOY. — Note bibliographique sur l'article de Karel Valoch (Brno) : « Ein mittelsteinzeitlicher Wohnplatz bei Smolin in Südmähren », Bull. S.P.F., mars 1965, pp. CI-CIL

(8) J. G. D. CLARK. — The classification of a microlithic culture : the Tardenoisian of Horsham. The archaeological journal, 1934, pp. 52-77. (Se trouve en tiré à part)

(9) F. BORDES. — Typologie du Paléolithique ancien et moyen ; Bordeaux, Delmas, 1961.

(10) DANIEL et VIGNARD. — Tableaux synoptiques des principaux microlithes géométriques du Tardenoisien français, Bull. S.P.F., 1953, pp. 314-322.

(11) J. TIXIER. — Typologie de l'Epipaléolithique du Maghreb ; Paris, 1963.

(12) F. QUATREHOMME. — Au sujet des pointes tardenoisiennes à base naturelle, Bull. S.P.F., mars 1966, pp. CIV-CV.

(13) J. G. D. CLARK. — A late mesolithic settlement site at Semelston (Sussex), The Antiquaries Journal, 1933 (1934), pp. 142 et sq. (Se trouve en tiré à part à la Bibliothèque du Musée de l'Homme).

(14) Karel VALOCH (Brno). — Ein mittelsteinzeitlicher Wohnplatz bei Smolin in Südmähren (Un habitat mésolithique près de Smolin, en Moravie du Sud). Quartär, T. 14, 1962-1963, pp. 105-114.

(15) K. GUMPERT. — Die tärdenoisien Abrisiedlung « Hohlstein im Klumpertal », Germania, 1955, pp. 249-260.

(16) K. GUMPERT. — Eine paläolithische und mesolithische Abrisiedlung bei Ensdorf, Mannus, XXV, 2, 1933, p. 176.

(17) W. ADRIAN. — Die Tardenoisienstation Darlaten Moor bei Uchte in Hannover Prähistorische Zeitschrift, 2, 1931.

(18) BANDI et coll. — Birsmatten Basisgrotte ; Berne, Stämpfli, 1964.

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

Fig. 1. - Pointes

1 à 25 : Pointes à retouche unilatérale ; 26 à 37 : Pointes de Chaville. 1 : Beauregard, niveau II ; 2 à 5 : La Sablonnière de Coincy ; 6, 7 : Le Géant ; 8, 33 : Hédouville ; 9 à 11 : Piscop ; 12, 32 : Grotte du Lendemain, à Buthiers

Fig. 2. - Pointes.

38 à 58 : Pointes à troncature très oblique ; 59 à 63 : Pointes à deux bords abattus ; 64 à 79 : Pointes courtes à base non retouchées ; 38, 39 : Auffargis (locus 3) ; 40, 46, 60 : Piscop ; 41, 43, 61, 62 : Montbani ; 42 : Le Géant ; 44 : Auffargis (500 arpents) ; 45 : Grotte du Lendemain, Buthiers ; 47, 48 : Nanteuil.


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