Haut
  • -10 000
  • -9 000
  • -8 000
  • -7 000
  • -6 000
  • -5 000
  • -4 000
  • -3 000
  • -2 000
  • -1 000
  • 0
  • 1 000
  • 2 000

Docteur Jean-Georges Rozoy


Résumé des abréviations utilisées dans les articles : consulter la liste.

1960

Dr J.-G. Rozoy

L'ALLEE COUVERTE DE LA BELLE-HAIE (La Bellée)


Note complémentaire

Ayant lu dans le Bull. Soc. préhist. fr, [r., LVII, 1960) 3-4, 233 sq la note publiée d'après les archives par Mlle S. Arnette sur l'allée couverte de la Belle-Haie à Boury (Oise) près de Gisors, j'y suis passé le 6.8.60 et, quoique trop rapidement, j'ai pris quelques notes et photos.

Je rétablis l'orthographe Belle-Haie, malgré le cadastre; il faut savoir que Haie (ou Haye) veut dire bois ou forêt. Les noms de lieuxdits doivent être intelligibles car ils sont souvent très significatifs.

Je signale que l'allée couverte, sise près du carrefour de 3 allées forestières, à droite de la route de Gisors à Boury, était autrefois signalée, par des pancartes "Dolmen", actuellement bien malades.

L'allée elle-même ne l'est pas moins. On verra sur mon relevé (établi sur le canevas de celui de Brongniart publié au Bull. Soc. préhist. fr. 3-4 de 1960) que 2 des piliers Sud sont abattus dans le fond et que 2 des plus petits piliers Nord m'ont paru manquer. Il est vrai que le tout est si bien encombré de ronces que je ne puis être affirmatif; en tous cas ils ne sont plus dressés.

Par contre je figure 2 piliers doublant ceux de l'entrée, non portés par Brongniart, et cependant visibles sur sa photo (p. 239) et 4 dalles de couverture restantes. En outre il y a, à 3 m à l'Est, 3 blocs de taille modeste (environ 1 X 0,50 m), qui proviennent évidemment du monument. Ce sont probablement ceux qu'il figure dans l'antichambre, et qui n'y sont plus. La dalle perforée est brisée, mais les 2 morceaux sont en place. Celle des 2 pierres cintrées restante (au Nord) est remise contre la dalle perforée.

Il est évident qu'il eût été nécessaire à la conservation du monument de rétablir en place les dalles enlevées en 1827 et qu'on pourrait peut-être retrouver au château de Boury. Je suggère la chose à mes collègues de l'Oise et de Gisors, qui pourraient à l'occasion regarder (il faut y voir de très près) s'ils ne portent aucune sculpture ou gravure sur l'une ou l'autre face.

Il y a bien un cheval sous la Table des Marchands à Locmariaquer!

Une première gravure doit en faire chercher d'autres.

Un fait important est la présence d'un tumulus à la Belle-Haie. Non pas tumulus de recouvrement, d'ailleurs, mais seulement sur les côtés. La disposition est la même qu'à "la Plate Pierre" en forêt de l'Isle Adam (laquelle présente la curieuse particularité, jamais signalée, d'être ouverte vers le Nord).

La même disposition se retrouve au tumulus de la Ganguille à Giraumont (c. de St-Marcel, Ardennes), qui sera prochainement publié au Bull. Soc. prehist. fr. Le monument dans les 3 cas est à demi enterré et la partie qui faisait saillie au-dessus du sol est dissimulée par un tumulus de telle sorte que seules apparaissent les dalles de recouvrement superficiel - et surtout en l'absence d'enlèvement ou déplacement (ou affaissement) des dalles. A la Plate Pierre et à la Gauguille les faces latérales des dalles sont cachées. Ici, à la Belle-Haye, elles apparaissent, et l'on peut tenir le tumulus (qui a encore plus de 0,50 m de haut sur 12 m de diamètre) pour un artifice subsistant de la construction du monument (plan incliné). Mais les deux autres, montés jusqu'à la face supérieure des dalles (et sans doute d'autres que je ne connais pas) sont là pour nous détromper.

Il faut donc tenir pour excessive l'opinion selon laquelle les allées couvertes S.O.M. n'ont jamais de tumulus, et au nom de laquelle on veut tenir pour ajoutés les tumulus qu'on y rencontre.

La raison d'être de cette disposition est-elle dans la nature du sol, trop dur en profondeur pour être creusé avec les instruments chalcolithiques ? C'est le cas à La Ganguille, mais j'ignore ce qu'il en est des deux autres (les Plates Pierres sont sur le sable; y a-t-il un banc de grès dessous?). A 1 km de La Ganguille une ciste dolménique enterrée dans un terrain plus meuble n'avait aucune trace de tumulus.

Autre particularité: les pierres cintrées qu'un dessin de Brongniart nous montre formant une voûte, et dont il ne reste que la pierre Nord qui serait donc renversée, tête en bas. A La Ganguille on retrouve la même voûte mais pas de pierre percée derrière: c'est cette ogive qui tient lieu de porte d'entrée (cf. Fig. 1).

Enfin, les sculptures. Celle de la paroi Sud ne possède plus qu'un mamelon, le premier est brisé mais on voit très bien son emplacement. La sculpture de la paroi Nord est intacte et j'en ai réussi une photographie (pose 45 sec., F. 16, à 19 heures, éclairage additionnel par lampe de poche; Fig. 2). Chaque sein a 5 cm de saillie et à peine 10 cm de diamètre. Ils sont très beaux et il est exclu qu'on ait pu utiliser le clivage naturel de la roche; d'ailleurs la photo montre bien sa structure. Quant aux "bourrelets concentriques", il s'agit évidemment de la reproduction d'un collier qui complète la figuration de la déesse néolithique (Fig. 2). Le mot concentrique n'est d'ailleurs pas exact. Ils sont peu marqués et j'ai eu bien du mal à les faire apparaître sur la photo. Cependant la saillie des seins prouve que nos ancêtres auraient pu les creuser davantage s'ils l'avaient voulu (et voir: Gavrinis).

Cette note ne prétend évidemment pas être exhaustive, une visite de 2 heures (dont plus d'une consacrée à chercher le monument, les libraires de Gisors ne tenant pas les cartes) ne pouvait le permettre. Mais la réussite (inespérée) de ma photographie, m'a incité à en faire profiter mes collègues. Il faut aussi saisir l'occasion de protester une fois de plus contre l'abandon déplorable dans lequel se trouvent la plupart de nos monuments préhistoriques et de réclamer, pour leur remise en état et leur entretien, les crédits qu'un grand pays comme le nôtre ne devrait pas marchander.

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

Fig. 1. - A titre de comparaison.

Allée couverte de La Ganguille, à Giraumont-Saint-Marcel (Ardennes). Disposition de cloison analogue à celle décrite pour l'allée de Boury (Oise) comme figurant devant l'orifice circulaire [cf. § e]

Fig. 2. - La Belle-Haie, Boury (Oise).

Sculpture de la paroi Nord [cf. §e].

Fig. 3. - La Belle-Haie, Boury (Oise).

Même échelle que le croquis de Brongniart (Bull. Soc. préhist. fr., LVII, 1960, p. 239). Etat au 6.8.1960 [cf. § e].


Résumé des abréviations utilisées dans les articles : consulter la liste.

© Jean-Georges Rozoy - Tous droits réservés 2016