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Docteur Jean-Georges Rozoy


Résumé des abréviations utilisées dans les articles : consulter la liste.

1992

Dr J.G. Rozoy

LA VIE DES CELTES EN CHAMPAGNE AU 5° SIÈCLE
AVANT NOTRE ÈRE



Le premier âge du fer ou époque de Hallstatt (localité d'Autriche, en Haute-Autriche, mines de sel) fait suite à l'âge du bronze vers 750 avant notre ère (au moment de la fondation de Rome). Nous présentons ici le second âge du fer ou époque de La Tène (village suisse au nord du lac de Neufchâtel) qui commence vers 475 avant notre ère et finit lors de la conquête de la Gaule par César vers 50 avant notre ère. Nous avons surtout le début du Laténien, du 5° au 3° siècles. Il n'y a encore guère les proto-villes et les oppida que César combattra, c'est une civilisation villageoise et artisanale dominée par de petits hobereaux locaux. Il n'y a pas de pouvoir d'Etat centralisé, pas d'armée permanente ou professionnelle, ni cette marque essentielle de la civilisation : l'esclavage. Ce douteux "progrès" ne va pas tarder. Il n'y a pas d'écriture, tout ce que nous savons est déduit de ce qu'on a trouvé dans le sol. Il y a quelques monnaies tout à la fin, mais avant c'est du commerce de troc.

Des paysans cultivateurs et éleveurs

Ils cultivent du blé, de l'orge, du seigle, de l'avoine (et font du foin pour les bêtes, mais jamais assez pour passer l'hiver). Pas de pommes de terre bien entendu, ni de maïs. Ils sèment aussi du chanvre et du lin. Ils élèvent des vaches, des porcs, des moutons, des chèvres. Dans les tombes on trouve des offrandes au défunt : mouton pour les femmes, porc ou boeuf pour les hommes (les boeufs tirent aussi la charrue). Très peu de volailles, le "coq gaulois" est un jeu de mots des Romains sur le nom des Celtes (gallus = coq en latin). Boissons : hydromel, bière (puisqu'il y a de l'orge), mais l'eau devait être l'essentiel. Ils ont des chevaux, et César a eu fort à faire avec la cavalerie gauloise. Le collier de cheval n'étant pas inventé (il s'en faut de 15 siècles), le cheval ne peut pas traîner grand'chose. Le chien est un auxiliaire utile : chien de berger, mais aussi chien de garde, la société devient de plus en plus conflictuelle. Mais pas chien de chasse, le soi-disant sanglier, emblème de tous les Gaulois, était en réalité le cochon encore à-demi sauvage.

L'artisanat n'était pas encore concentré dans les villes, tout se faisait au village, c'étaient donc des paysans instruits (pour l'époque), sachant tout faire, et essentiellement pacifiques : au 5° siècle on trouve dans les tombes peu d'armes, plus insignes de pouvoir que moyens de combat. Produisant le fer localement (au moins dans notre région où les gisements abondent), les communautés locales ou régionales étaient autonomes, aucun élément fondamental ne venant du dehors. Les bas-fourneaux, qui produisent quelque 10 kg de fer à la fois, étaient sans doute dans l'Argonne voisine, car la craie champenoise ne porte pas assez d'arbres pour faire le charbon de bois, mais autour de Charleville la forêt d'Ardenne ou la gaize oxfordienne en fournissent à profusion. On connaît plusieurs centaines de modèles d'outils de fer celtes. Travail du bois : les chars (funèbres ou de combat) ont été reconstitués, ils étaient très élaborés. Tannage du cuir, etc.

Des artisans habiles

Les Gaulois sont les inventeurs des vêtements modernes : pantalon et blouse, plus pratiques que les toges des Romains. Le chanvre, le lin, la laine des moutons en sont la base. Sur des métiers à tisser de type vertical (on trouve des poids de tisserands) ils faisaient des tissus seyants (on en a trouvé dans les mines de sel, et il y a des traces sur des objets en fer, on a pu en reconstituer les armures). En Champagne ils préféraient les armures croisées et leurs variantes à chevrons et à losanges. La torsion Z presque exclusive traduit des habitudes techniques bien définies et permanentes chez les fileuses.

Les maisons étaient en bois et torchis, couvertes de chaume. L'excellence du charpentage celte est attestée par les auteurs antiques comme par les traces de poteaux subsistant dans le sol. Mais on n'a pour le 5° siècle aucune preuve des agglomérations qui sont attestées lors de la conquête, il semble que les fermes aient été dispersées dans la campagne.

La céramique, autre artisanat important, se conserve mieux. Dans l'Est de la Champagne elle venait de l'Argonne où étaient des dizaines de centres de production, ce qui suppose un actif commerce de troc, les Champenois apportant leur blé et leur viande, les Argonnais leur fer et leurs poteries, aussi sans doute le seigle, céréale venant sur leur terre (pour faire du pain d'épices avec le miel qui est attesté). Un tel commerce suppose des routes fréquentées, César n'a pu conquérir la Gaule si vite que par suite de ce réseau de voies gauloises Près de Charleville la céramique était faite des matériaux locaux. La maîtrise des techniques était bonne, l'usage du tour de potier se répandant et les fours permettant une cuisson plus poussée, la qualité s'améliore nettement avant la conquête, du 5° au 1° siècle. Les vases des habitats sont plus grands et plus solides que ceux des tombes, c'est logique pour des vases à provisions. La conception artistique des formes est très marquée, les concepts idéologiques (symboles divins) et la mode commandant des formes et des décors difficiles qu'ils savaient réaliser.

Les artisans du bronze dépendaient du troc (pas d'étain ni de cuivre dans la région, pas de monnaie), troc contrôlé par des intermédiaires multiples : l'étain venait de Grande-Bretagne. Au 4° siècle le Nord-Champenois a manqué de bronze : on a fait d'abord des bijoux très fins, puis on s'en est passé, on voit alors en fer les anneaux de ceinture et même des bracelets auparavant en bronze. Conception et réalisation des bijoux étaient locales, les styles et les particularités diffèrent du Nord au Sud et même au centre de la Champagne. Les centres brillants de Rhénanie, d'Allemagne du Sud et d'Etrurie influençaient les bronziers comme les potiers, mais les coutumes et croyances régionales l'emportaient et donnaient à chaque sous-région une forte personnalité

La religion, seul ciment social

L'art celte est géométrique au 5° siècle, curviligne au 3°, non par mode futile, mais parce que les motifs religieux à reproduire avaient changé, les symboles des Dieux et les Dieux eux-mêmes avaient varié, on peut douter qu'il y eût eu en Champagne des Dieux personnalisés au 5° siècle, il n'y en a aucune représentation, elles seront courantes au 3°.

Le calendrier, indispensable pour la culture et l'élevage, avait un caractère sacré, il était basé sur la Lune (caractère rural), avec des mois de 29 et 30 jours et un mois supplémentaire tous les 3 ans. La division du mois était différente de celle des Romains comme de la nôtre.

Les temples et lieux de sépulture de l'âge du bronze restent en usage sans interruption jusqu'au 3° siècle, ce qui montre la continuité des populations et des rites. Au 5° siècle les tombes sont orientées vers le lever du Soleil au jour de la fête locale, c'est une résurgence des cultes solaires de l'âge du bronze. Au 3° siècle les nécropoles fondées vers -500 sont abandonnées au profit d'autres, à caractère plus militaire (tombes en rangées serrées), et le caractère solaire disparaît, les Dieux apparaissent.

La croyance en la survie et le culte des ancêtres sont très fortement attestés, en particulier par la reprise de reliques dans les tombes. Ces reliques présidaient sans doute à la religion domestique, mais d'autres étaient déposées dans des temples où elles représentaient leur collectivité d'origine. Les ancêtres héroïsés restaient intégrés à la société dont ils devenaient les protecteurs. Les prêtres, seuls intermédiaires avec eux, en recevaient une influence considérable. La société celte n'était pas politique, mais essentiellement spirituelle, et de là venait son unité dans la diversité.


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