Haut
  • -10 000
  • -9 000
  • -8 000
  • -7 000
  • -6 000
  • -5 000
  • -4 000
  • -3 000
  • -2 000
  • -1 000
  • 0
  • 1 000
  • 2 000

Docteur Jean-Georges Rozoy


Résumé des abréviations utilisées dans les articles : consulter la liste.

1981

Dr J.G. ROZOY

LE CHANGEMENT DANS LA CONTINUITÉ


Les débuts de l'Épipaléolithique dans l'Europe de l'Ouest

Historique

Dès que fut reconnue l'existence d'une "période de transition" (E. Piette, 1889 a; 1890; G. de Mortillet, 1894) la limite entre le Paléolithique supérieur et cette nouvelle époque fit l'objet de propositions diverses et contradictoires, ouvrant un débat implicite et le plus souvent inexprimé, qui dure encore. De façon très illogique les fondateurs de la Préhistoire, qui à la suite de C. J. Thomsen (1837) et surtout de G. de Mortillet (1869) adoptaient à peu près unanimement pour la nouvelle science une classification fondée sur son objet même, l'industrie humaine, conservèrent pour cette seule limite une définition paléontologique: le "Mésolithique" fut l'ensemble des industries post-glaciaires antérieures à l'introduction de la production — agriculture, élevage (J. de Morgan, 1909).

Le mélange qui était fait en France du "Campignien" (Ph. Salmon, 1886; L. R. Nougier, 1950) avec le Tardenoisien ne permettait évidemment pas de reconnaître à la nouvelle époque une unité typologique, R. Daniel (1948; 1953), R. Daniel et E. Vignard (1953; 1954), R. Parent (1971-72) et C. Barrière (1956; 1973-74) ne disposaient pas des couches de transition. Seul en France M. Escalon (1956; 1966; 1975) sut rechercher et comprendre cette évolution. En Europe du Nord la description purement qualitative longtemps en vigueur ne faisait pas ressortir l'importance numérique des armatures microlithiques, l'élément macrolithique — la hache et le tranchet — étant hypertrophié déraisonnablement dans les descriptions. Malgré l'avis de A. Rust (1937; 1938; 1943; 1951a; 1951b) et de J. G. D. Clark (1936) qui avaient bien vu le microlithisme, G. Schwantes (1925; 1952) fit donc de la hache en silex le critère distinctif, opinion encore suivie généralement en Allemagne du Nord et dans les pays Scandinaves. Le progrès était plus apparent que réel car le nouveau fossile directeur était directement lié à la forêt... et donc à un phénomène climatique extérieur à l'objet de nos études. De toutes façons l'absence de la hache de silex dans l'Epipaléolithique en France, en Allemagne du Sud et dans quantités d'autres régions ne permet pas de la retenir comme critère décisif. Elle n'a en outre pas un rôle économique aussi fondamental qu'il le serait souhaitable pour délimiter deux grandes périodes. La hache polie de silex ou d'autres roches n'est plus, depuis longtemps, regardée comme définissant le Néolithique, et il nous faut pour l'Epipaléolithique retenir un critère ayant à la fois valeur générale dans l'industrie et rôle économique fondamental.

Critère de la limite

Les armatures microlithiques répondent à ces conditions. Leur présence est générale dans les cultures épipaléolilhiques d'Europe (si du moins l'on tamise les sédiments…) et on les trouve en nombres importants (10 à 50% et plus des outils retouchés). En outre, leur valeur — fondamentale — est d'indiquer clairement l'emploi généralisé de l'arc et de la flèche, critère économique essentiel. Il est donc nécessaire d'écarter pour le diagnostic les lamelles à bord abattu, non pointues, si fréquentes dans certains faciès du Magdalénien, qui apparaissent comme des tranchants latéraux d'objets divers — éventuellement de projectiles, mais ceci n'est aucunement démontré. Les flèches tranchantes par contre — flèches du Montclus et du Châtelet (J.-G. Rozoy, 1978) — sont à retenir.

On décrira comme microlithiques des armatures mesurant moins de 5 cm de long et moins de 4 mm en épaisseur. Elles pèsent généralement 1/2 à 2 grammes, parfois moins (segments hyperpygmées de l'Abri Cornille par exemple. — J.-G. Rozoy, 1978, pl. 70). Ce qui compte n'est pas la taille ou le poids d'une armature isolée mais celui caractérisant la série, donc le mode ou la moyenne. Une série continue dont la moyenne dépasse 4 ou 5 g a probablement été utilisée comme pointes de javelots, lancées éventuellement au propulseur, et caractérise un mode de chasse paléolithique. L'arc et la flèche pouvaient techniquement tolérer des pointes de silex de 5 à 10 g. mais en fait on ne connaît pas de série en silex dépassant la moyenne de 5 g (sinon même de 2 à 3 g) pour ce mode de lancer.

Ajoutons que le nombre important des armatures (10 % et plus des outils retouchés) est un élément essentiel, il répond directement au mode économique d'utilisation — on perd la flèche, on rapporte la lance — qui est probablement aussi à l'origine du remplacement assez général de l'os par le silex pour la confection des pointes de projectiles.

En l'état actuel de la recherche la transition du Paléolithique supérieur à l'Epipaléolithique n'est connue en détail que pour quatre régions de la France et de ses marges: la frontière belgo-néerlandaise, la vallée de la Birse, la région de Marseille et le Périgord. D'autres recherches sont en cours (Porte de Bourgogne, recherches A. Thévenin; Ain, travaux de R. Desbrosse, etc), ou restent à étudier statistiquement (Vallée du Rhône) mais dans la plupart des régions les couches ou gisements correspondant à l'Alleröd et au Dryas III manquent actuellement et ne permettent pas une recherche de filiation. La lacune toutefois n'est que "dans nos connaissances" (G. de Mortillet, 1874) car des indices sérieux montrent que le peuplement était réel à ces périodes.

A raison de la diversification croissante des industries l'étude doit impérativement être entreprise région par région, sans possibilités d'extrapolation à distance lointaine et à moindre distance, par exemple 50 km, ce serait déjà discutable.

Nord-Brabant

Autour de Eindhoven (fig. 1) les fouilles du B. A. I. Groningen (fouilles Bohmers) permettent de saisir la transition Paléo-Epipaléolithique au cours de l'Alleröd et du Dryas III.

Le Tjongérien est généralement considéré comme appartenant au Paléolithique supérieur en fonction de l'ancienne classification, mais en fait c'est nettement une industrie traditionnelle où la microlithisation et la multiplication des armatures sont marquées: le taux d'armatures — non compris les lamelles à bord abattu — passe de 7 à 11 % de Milheeze Ib à Oirschot VII (fig. 2) ; les deux tiers de ces « pointes de Tjonger » répondent à la définition indiquée ci-dessus (longueur: moins de 5 cm et épaisseur: moins de 4 mm). Les lamelles à bord abattu de style paléolithique diminuent très fortement au cours même du Tjongérien (fig. 2 a) : la technique du bord abattu, jadis employée pour des lamelles non pointues, passe peu à peu des pointes suffisamment symétriques et microlithiques d'une part, à des couteaux à dos macrolithiques de l'autre. Parallèlement, dans les outils communs les burins sont de moins en moins employés, les burins sur troncature étant les plus nombreux. Le caractère acide du sol ne permet pas de savoir si des pointes en os ou bois de cerf étaient fabriquées, c'est probable en présence de tant de burins. Les grattoirs sont déjà massivement courts.

L'Ahrensbourgien de cette région dérive directement du Tjongérien local, cela devient évident si l'on examine l'ensemble de l'industrie en nombres comme en qualités, et non plus quelques « fossiles directeurs » arbitrairement choisis (la méthode du fossile directeur est maintenant une méthode fossile). La diminution d'emploi des burins — toujours en majorité sur troncature — se poursuit de façon continue du Tjongérien à l'Ahrensbourgien régional (fig. 2 a), tout comme la quasi-disparition des lamelles à bord abattu, qui seront réinventées plus tard dans un autre style à Aardhorst (fig. 2 a). Le caractère court des grattoirs est maintenu sans changement appréciable. Les lamelles tronquées et retouchées (6ème classe) présentes en petits nombres dans le Tjongérien sont de plus en plus utilisées (fig. 2 a). Enfin les armatures sont maintenant toutes microlithiques et l'invention fondamentale a été réalisée: la troncature oblique sur lamelle, vers laquelle tendait la technique de la pointe à dos (fig. 3, 2, 6) est maintenant employée systématiquement, elle sera le fondement technique de toute la microlithique épipaléolithique pendant 5 000 ans. Notons que dans le Nord-Brabant les pointes à troncature oblique (fig. 4, 29-32) sont plus nombreuses que les pointes à soie (fig. 4, 35). Celles-ci — avec un précédent dans le Tjongérien (fig. 3, 4) — ne sont pas plus grandes ni plus lourdes que les armatures ultérieures et si l'on voulait maintenir une distinction entre un Epipaléolithique transitionnel et un « Mésolithique » résolument microlithique l'Ahrensbourgien devrait incontestablement figurer dans la seconde catégorie.

En bref il est hors de doute que dans le Nord-Brabant l'Ahrensbourgien dérive du Tjongérien sans aucune influence extérieure (fig. 5a et 6a), la seule différence étant dans l'invention et l'emploi systématique de la troncature oblique sur lamelle.

Le passage de l'Ahrensbourgien au stade moyen de l'Epipaléolithique n'est pas moins progressif dans cette région à travers les sites de Geldrop III-2 et Aardhorst (fig. 6a) au point que l'on est bien embarrassé de dire si Geldrop III-2 est la fin de l'Ahrensbourgien ou le début du Limbourgien (l'année 1900 appartient-elle au XIXème ou au XXème siècle ?).

Vallée de la Birse

Ici au Sud de Bâle (fig. 1) dès la fin du Magdelénien (Bruggli) sont employées quelques armatures spécialisées encore macrolithiques en majorité, à l'Aziloïde (Neumühle, fig. 7) le taux d'armatures atteint 10% dont les 3/4 microlithiques, les taux du stade ancien ne seront pas beaucoup plus élevés (fig. 2 b). La baisse : d'utilisation des burins et des lamelles à bord abattu est analogue à celle du Nord-Brabant, avec un léger décalage pour les burins employés plus longtemps dans l'Ahrensbourgien qui fait encore quelques pointes en os, alors qu'ils disparaissent ici dès l'Alleröd. Enfin un usage considérable est fait dans le Birstal d'éclats retouchés sans forme définie. Cet usage commence dès Neumühle (fig. 6b; 7) avec près de 30 % tandis que les grattoirs (courts) sont maintenus à + 10 % durant toute la séquence. L'abondance des outils sur lames par contre ne sera réduite que plus tard (Birsmatten H 5). Par tous ses caractères Neumühle est une industrie transitionnelle mais l'essentiel des transformations est déjà accompli quoique le style de travail demeure paléolithique et que les armatures appartiennent encore à une seule classe, sans utilisation de la troncature oblique sur lamelle.

La transformation est achevée à l'horizon 5 de Birsmatten avec des armatures plus diverses dont la moitié pygmées, toutefois la composition globale (fig. 6 b) demeure très proche de la précédente, avec un style plus évolué.

Région de Marseille

L'industrie transitionnelle est ici le Valorguien («Romanellien provençal») daté de l'Alleröd, et lui aussi résolument microlithique (fig. 8) avec une seule classe d'armatures pointues cependant; les lamelles à bord abattu non pointues persistent (fig. 9) alors qu'elles ont disparu dans le Birstal (fig. 2 b) et fortement diminué dans le Nord-Brabant (fig. 2 a). Il y a 35 à 40% de grattoirs (courts), les éclats retouchés n'interviendront qu'au Dryas III dans le Montadien (30%), les lamelles retouchées et tronquées sont nombreuses, les burins ont déjà disparu. La transition depuis le Paléolithique est évidente à l'Abri Cornille, à Valorgue, etc.

Périgord

La transition du Magdalénien à l'Azilien est bien établi (D. de Sonneville-Bordes, 1960) et il n'est pas nécessaire d'y revenir. L'Azilien doit être considéré comme épipaléolithique car ses armatures (fig. 10) sont microlithiques aux 2/3 au moins et remplacent les pointes en os, d'où la disparition progressive des burins. Les grattoirs sont déjà courts. La transition vers le stade ancien n'est pas actuellement étudiable statistiquement mais est réelle et certaine (La Borie del Rey, L. Coulonges, 1963). Comme dans les autres régions il y a d'abord utilisation de pointes à dos de plus en plus microlithiques, puis apparition d'armatures faites par troncature oblique de lamelles.

Caractères généraux

Au-delà des industries particulières on peut dégager quelques éléments interculturels communs et quelques caractères généraux.

Armatures microlithiques. C'est l'élément fondamental. Dans un premier temps (stade très ancien) il s'agit de pointes à dos, très diverses selon les régions, elles peuvent être absolument microlithiques — cas des pointes fusiformes du Valorguien qui pèsent 1 à 2 g — ou être faites à la limite du micro- et du macrolithisme (Azilien, Tjongérien, Neumühle), mais la moyenne est d'emblée au-dessous de cette limite. Dans chaque région est employée une seule classe d'armatures (voire un seul type). Dans un second temps on passe à la troncature oblique sur lamelle (stade ancien), plus ou moins vite selon les régions; des lors les pièces sont toujours à 100% microlithiques mais cela peut avoir été atteint avec la technique du dos : Valorguien, La Borie del Rey.

Dès le stade ancien deux ou plusieurs classes d'armatures sont toujours employées simultanément dans chaque industrie, et les types en sont très diversifiés.

Abandon des lamelles à bord abattu de style paléolithique. Il est général, quoique non synchrone de région à région. Il répond généralement au développement des pointes à dos sans que l'on puisse absolument affirmer une suppléance, fonctionnelle, d'ailleurs dans le Valorguien il y a d'abord développement simultané (fig. 9).

Réduction des burins. Elle répond pour l'essentiel à l'abandon des pointes en os. Elle est plus ou moins précoce ou tardive selon les régions.

Raccourcissement des grattoirs. Il est général dans la région étudiée, et constitué dès le début de la période, mais on ne peut affirmer sa valeur fonctionnelle et il peut s'agir d'une mode. La proportion de grattoirs est extrêmement variable, mais souvent faible.

Eclats retouchés. Leur abondance, qui sera extrême dans beaucoup de régions (jusqu'à 40 % des outils et plus de 60% des outils communs), n'est pas générale, elle peut débuter plus ou moins tôt (Neumühle) ou tard (Montadien, Rouffignac) ou manquer (Tardenoisien, Limbourgien).

Lames retouchées. Leur abondance a été rencontrée dans un bon nombre d'industries de transition (Cornille 12, Evreux, Les Blanchères), elle paraît très transitoire et non générale.

Outils communs microlithiques (généralement sur lamelles : 6ème classe). Leur multiplication — qui ira jusqu'aux 3/4 des outils communs dans certaines cultures — n'est jamais précoce et n'est pas générale. On peut y voir un phénomène annexe, comme une contagion à partir des armatures dont le caractère microlithique aurait été étendu à certains outils communs sans nécessité réelle (d'où la non-généralité).

Diversification. Comme évoqué ci-dessus, aucun élément n'est vraiment général, les armatures étant différentes de région à région. La diversité est, dès le stade très ancien, plus grande que pour le Magdalénien final dont quatre ou cinq faciès couvraient la zone étudiée, assez peu différents pour que nul n'ait éprouvé le besoin de les distinguer par des noms particuliers. Au contraire le Tjongérien, l'Azilien, le Valorguien, l'Aziloïde de Neumühle et celui de Rochedane (couches C et B), l'industrie des Blanchères etc. apparaissent comme autant de cultures différentes dont la liste n'est pas close, au stade ancien la diversification s'intensifie encore.

Habitats. Au début du stade très ancien (Alleröd) les sites sont rares, grands et riches, leur distribution est encore plus ou moins comparable à celle du Magdalénien final. Dès le stade ancien (Préboréal) les sites sont plus nombreux, plus petits, également distribués même dans les régions précédemment désertes (Bretagne, Alsace).

Economie. Comme au Paléolithique supérieur elle est basée sur la chasse des plus gros animaux existant dans le milieu. La place de la pêche demande de nouvelles recherches.

Sociologie. Les dimensions des groupes élémentaires paraissent diminuer très progressivement, depuis les groupes de 50—80 personnes du Magdalénien à ceux de 10—15 personnes des stades ancien et moyen. La famille nucléaire paraît devenir la base de la société.

Abstraction. Dans le domaine idéologique les motifs abstraits du décor, déjà multipliés à la fin du Magdalénien, deviennent exclusifs. L'art animalier figuratif disparaît clans nos régions. Il subsiste ailleurs sous des formes plus organisées et plus anthropocentriques. On peut interpréter ce changement comme une élévation dans l'échelle de l'abstraction, le symbole étant perçu sous un support matériel moins concret. Le maniement courant des nombres simples est attesté pour la première fois.

Caractères des changements

Les changements survenant dans l'industrie lithique — les seuls étudiables avec quelques détails — apparaissent comme progressifs, corrélatifs, et indépendants.

Progressifs : tout élément nouveau est introduit d'abord en petits nombres et marginalement, pour augmenter régulièrement et finir par s'imposer. En matière de style les modifications ne sont pas moins progressives et l'on suit de couche en couche ou de site en site le passage du style paléolithique supérieur local — différent selon les endroits — à des variantes régionales du style de Coincy.

Corrélatifs : au sein d'une même culture ou d'une même succession culturelle (par exemple Tjongérien — Ahrensbourgien — Limbourgien) les mêmes apparitions, augmentations ou réductions se retrouvent dans les différents sites et dans des rapports similaires, ce qui permet de définir des cultures par la coïncidence d'indices multiples.

Indépendants : par contre de culture à culture chaque transformation technique est employée différemment, plus tôt, plus tard et (ou) dans une variante locale particulière, il n'y a pratiquement pas de lien nécessaire entre deux phénomènes lithiques techniques (voir plus haut réduction des burins après les lamelles à dos dans le Nord-Brabant, en même temps dans le Birstal).

Ces caractères des changements permettent de déduire : 1— Le caractère strictement local de la filiation Paléolithique-Epipaléolithique, sans migrations de populations. 2- L'existence de groupes de populations ("cultures") ayant chacun sa cohésion interne et une bonne stabilité territoriale au cours des millénaires. 3- La multiplication de ces groupes dès le début de l'ère étudiée. 4- La diffusion aisée des trouvailles techniques de groupe à groupe, ce qui suppose entre ceux-ci des relations amicales et une certaine communauté linguistique. 5-l'analogie des niveaux socioculturels et même des structures sociales de groupe à groupe.

L'évolution apparaît donc comme celle de l'ensemble des groupes concernés sans qu'on puisse distinguer de centre plus riche, plus puissant ou simplement plus précoce. Elle a eu lieu très progressivement au cours de plus d'un millénaire et à travers plusieurs périodes climatiques contradictoires, ce qui exclut toute détermination climatique. Le passage du Paléolithique à l'Epipaléolithique est plutôt le temps nécessaire à l'adaptation de la société aux potentialités considérables d'une invention (l'arc et la flèche) que cette invention elle-même. Celle-ci a probablement eu lieu à la fin du Paléolithique supérieur. En inventant l'arc les Magdaléniens finaux ont mis fin à leur brillante culture pour en induire d'autres, plus multiples et plus diversifiées, dont le niveau d'abstraction s'est nettement élevé.

Zusammenfassung

Der Wandel in der Kontinuität — Die Anfänge des Epipaläolithikums in Westeuropa

Die Abgrenzung zwischen dem Jungpaläolithikum und dem Epipaläolithikum ist lange Zeit durch Unzulänglichkeiten der Typologie und durch das überholt System der "Leitfossilien" verdunkelt worden. Das einzige brauchbare Kriterium der Abgrenzung zwischen den beiden Perioden ist das Auftreten zahlreicher mikrolithischer Geräte, und zwar im Umfang- von mehr als 10 % der retuschierten Artefakte, was den systematischen und allgemeinen Gebrauch von Pfeil und Bogen anzeigt. Das Silexbeil, das in Frankreich weitgehend fehlt, stellt kein annehmbares Kriterium dar. Das Azilien und seine Äquivalente sind schon epipaläolithisch, und sie bilden das älteste Stadium.

Die statistische Untersuchung der Gerätekomplexe lasst für mehrere westeuropäische Regionen eine Kontinuität vom Jungpaläolithikum zum Epipaläolithikum ("Mesolithikum") erkennen, so für das belgisch-nieder-ländische Gebiet, das Birstal und die Provence. Die Mikrolithisierung, die durch die Erfindung des Bogens hervorgerufen wurde, setzte sich im lokalen Rahmen und sehr allmählich durch. Sie scheint von sie begleitenden technischen Neuerungen — wie Schrägretuschierung von Kleinklingen usw. — und auch von der kulturellen Aufsplitterung, die sich mit Beginn der Periode verfolgen lässt, unabhängig zu sein.

Die Veränderungen der Steinindustrie vollzogen sich allmählich, in Wechselbeziehung (innerhalb der gleichen Kultur) und unabhängig (von Kultur zu Kultur). Die Wirtschaft basierte weiterhin auf der Jagd auf größeres Wild, auch wenn mit dem Klimawechsel andere Jagdtiere auftraten. Die elementaren Sozialverbände veränderten sich erheblich; deren Verkleinerung von 50 bis 80 Individuen auf 10—15 Individuen vollzog sich in nur 1 000 Jahren. In den geistigen Vorstellungen spielt die Abstraktion eine große Rolle.

Diese Entwicklung betrifft die Gesamtheit der Gruppen, und ihre Ursachen liegen nicht im klimatischen, sondern im kulturellen Bereich.

BIBLIOGRAPHIE

BARRIÉRE, C, 1956: Les civilisations tardenoisiennes en Europe Occidentale. Bordeaux — Paris 1956.

BARRIÉRE, C, 1973: Rouffignac — L'archéologie (1 ère partie). Travaux de l'Institut d'Art préhistorique 15, 1973.

BARRIÉRE, C, 1974: Rouffignac — L'archéologie (2ème partie). Travaux de l'Institut d'Art préhistorique 16, 1974.

CLARK, J. G. D., 1936: The Mesolithic settlement of Northern Europe. Cambridge 1936.

COULONGES, h., 1963: Magdalénien et Périgordien postglaciaires. La grotte de la Borie del Rey (Lot-et-Garonne). In: Gallia Préhistoire 1963, pp. 1 ff.

DANIEL, R., 1953: Les gisements préhistoriques de la vallée du Loing. In : L'Anthropologie 57, 3—4, 1953, pp. 209 ff.

DANIEL, R. et M., 1948: Le Tardenoisien classique du Tardenois. In: L'Anthropologie 52, 1948, pp. 411 ff.

DANIEL, R., VIGNARD, E., 1953: Tableaux synoptiques des principaux microlithes géométriques du Tardenoisien français. In: Bulletin de la Société Préhistorique Française 50, 1953, pp. 314 ff.

DANIEL, R., VIGNARD, E., 1954: Le Tardenoisien français. In: Livre jubilaire de la Société Préhistorique Française. 1954, pp. 72 ff.

ESCALON DE FONTON, M., 1956: Préhistoire de la Basse-Provence. Etat d'avancement des recherches en 1951. Préhistoire 12, 1956.

ESCALON DE FONTON, M., 1966: Du Paléolithique supérieur au Mésolithique dans le Midi méditerranéen. In: Bulletin de la Société Préhistorique Française 1966, pp. 66 ff.

ESCALON DE FONTON, M., 1975: L'Epipaléolithique et le Mésolithique dans le Midi de la France. In: L'Epipaléolithique méditerranéen, Paris 1975, pp. 35 ff.

MORGAN, J. de, 1909: Les premières civilisations. Paris 1909.

MORTILLET, G. de., 1869: Essai d'une classification des cavernes et des stations sous abri, fondée sur le produit de l'industrie humaine. In: Matériaux pour servir à l'Historie primitive et naturelle de l'Homme, série 2, n° 3, mars 1869, pp. 172 ff.

MORTILLET, G. de, 1874: Intervention à la Société d'Anthropologie de Paris le 16—04—1874 (sur le Hiatus). In: Bulletin de la Société d'Anthropologie de Paris 1874, p 317.

MORTILLET, G. de, 1894: Communication à la Société d'Anthropologie de Paris le 06. 12. 1894 au sujet d'un nouveau tirage du Tableau de sa classification. In: Bulletin de la Société d'Anthropologie de Paris 4 ème série, vol. 5, 1894, pp. 616 ff.

NOUGIER, L. R., 1950: Les civilisations campigniennes en Europe occidentale. Le Mans 1950.

PARENT, R., 1971—72: Le peuplement préhistorique entre la Marne et l'Aisne. Travaux de l'Institut d'Art préhistorique de l'Université de Toulouse 12, 1971 ; et 14, 1972.

PIETTE, E., 1889: Un groupe d'assises représentant l'époque de transition entre les temps quaternaires et les temps modernes. In: Comptes-rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des Sciences Paris 108, 1889, pp. 422 ff.

PIETTE, E., 1890: L'époque de transition intermédiaire entre l'âge du renne et l'époque de la pierre polie. In: L'Anthropologie 1, 1890, pp. 250 ff.

ROZOY, J.-G., 1978: Les Derniers Chasseurs. Charleville 1978.

RUST, A., 1937: Das altsteinzeitliche Rentierjägerlager Meiendorf. Neumünster 1937.

RUST, A., 1943: Die alt- und mittelsteinzeitlichen Fünde von Stellmoor. Neumünster 1943.

RUST, A., 1951 a: Préhistoire du Nord-Ouest de l'Europe à la fin des temps glaciaires. In: L'Anthropologie 1951, pp. 205 ff.

RUST, A., 1951 b: Über die Kulturentwicklung des endglazialen Jungpaläolithikums in Nordwesteuropa. In: Festschrift fur Gustav Schwantes, Neumünster 1951, pp. 48 ff.

SALMON, Ph., 1886 a: Age de la pierre ouvrée. Période néolithique. Division en trois époques. In: Matériaux pour servir à l'Histoire primitive et naturelle de l'Homme, 1886, p. 129.

SALMON, Ph., 1886 b: Néolithique. In: Dictionnaire des Sciences anthropologiques, Paris 1886, pp. 806 ff.

SCHWANTES, G, 1925: Das Beil als Scheide zwischen Paläolithikum und Neolithikum. In: Archiv für Anthropologie, N. F. 20, 1925, pp. 13 ff.

SCHWANTES, G., 1952: Wann endete das Paläolithikum? In: Zeitschrift für Morphologie und Anthropologie 44, 1952, pp. 237 ff.

SONNEVILLE-BORDES, D. de, 1960: Le Paléolithique supérieur en Périgord, Bordeaux 1960.

THOMSEN, C. J., 1836: Ledetraad til Nordisk Oldkyndighed. Kobenhavn 1836.

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

Fig. 1. Cultures épipaléolithiques reconnues en France, en Belgique, et en Suisse.

Les limites en tiret sont des frontières entre cultures. Voir J.-G. Rozoy, 1968.

Fig. 2. Evolutions régionales comparées de quelques éléments typologiques.

2 a en Campine belgo-néerlandaise ; 2 b dans le Birstal. La baisse d'emploi des lamelles à bord abattu est parallèle à celle, des burins dans le Birstal, en Campine les burins sont en faveur plus longtemps. Dans tous les cas les variations sont continues d'une culture à la suivante.

Fig. 3. Milheeze I a.

Pièces à bord abattu dans le Tjongérien. On est encore à la limite supérieure du microlithisme. La pièce n° 4 est transitionnelle entre pointes de Tjonger et pointes à soie ou à cran. La pièce n° 6, entre pointes de Tjonger et pointes à troncature oblique. 1:1.

Fig. 4. Geldrop III.

Tableau équilibré. Les armatures (n° 29—39) sont résolument microlithiques avec plusieurs classes représentées. 1:1.

Fig. 5. Proportions des outils (système du Paléolithique supérieur).

Les trois sites tjongériens (Milheeze I a et I b et Oirschot VII) sont très proches l'un de l'autre et ne peuvent être assimilés à aucun des trois stades d'évolution du Birstal.

Fig. 6. Proportion des outils (système de l'Epipaléolithique).

Tjongérien (Milheeze I a, I b, Oirschot VII), Ahrensbourgien (Geldrop, Remouchamps), stade moyen de l'Epipaléolithique (Aardhorst). Dans la partie gauche des graphiques (outils du fonds commun) la transition est tout à fait progressive, l'évolution la plus rapide est celle des armatures.

Fig. 6a. Vallée de la Birse.

Mêmes remarques, la transition Neumühle-Birsmatten est particulièrement évidente.

Fig.7. Neumühle : Tableau équilibré.

Les armatures (n° 31 à 33) appartiennent à une seule classe basée plus sur le bord abattu que sur la troncature oblique. Grande abondance des éclats retouchés. 1:1.

Fig.8. Valorguien (Cornille 10 A), tableau équilibré.

Les armatures sont (dès l'Alleröd) résolument microlithiques. L'abondance des grattoirs contraste avec Neumühle. 1:1.

Fig.9. Armatures et lamelles à bord abattu dans le Valorguien.

Il y a d'abord développement simultané, puis quasi-abandon des lamelles à bord abattu (voir figure 2 a, en bas).

Fig.10. Armatures de l'Azilien périgourdin.

Roc d'Abeilles, dessin R. Espitalié. La majorité en est nettement microlithique. Comparer aux fig. 3 et 7. 1:1.


Résumé des abréviations utilisées dans les articles : consulter la liste.

© Jean-Georges Rozoy - Tous droits réservés 2016