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Docteur Jean-Georges Rozoy


Résumé des abréviations utilisées dans les articles : consulter la liste.

1975

Dr. J.G. ROZOY

NOTE BIBLIOGRAPHIQUE



P. VEERMERSCH. — Twee mesolithische sites te Holsbeek (deux sites mésolithiques à Holsbeek), avec résumé anglais et annexe pollinique et radio-chronologique de W. Mullenders, M. Desair-Coremans et E. Gilot. Archaelogica Belgica, n° 138, Bruxelles 1972, 141 p., 9 pl. h.-t, 43 fig

P. Veermersch, jeune préhistorien de formation géologique (Université de Louvain), nous donne ici l'étude détaillée des deux sites fouillés en 1966-67 et 1970. Ils sont situés à 400 m l'un de l'autre sur une terrasse wurmienne recouverte de dépôts argileux, tourbeux et surtout limoneux et sableux dont l'épaisseur étudiée dépasse deux mètres. La surface de cette terrasse domine de très peu (un mètre) la vallée de la Winge, petite rivière tributaire de l'Escaut et descendant des « hauteurs » (50 m) qui la séparent au Sud-Est de la Meuse moyenne. Le site est situé à la limite de la plaine nord-européenne, à 23 km au N.-O. de Wommersom, à 50 km au S.-O. de Lommel et à 70 km au S.-S.-O. des gisements néerlandais entourant Eindhoven.

D'importants ramassages de surface ont été opérés par divers bénévoles. P. Veermersch n'en indique pas la superficie prospectée, mais, d'après les plans des fouilles, il semble que chacun d'entre eux ait pu s'étendre sur un ou plusieurs hectares, condition idéale pour obtenir des mélanges d'industries. C'est bien ce qui est advenu, et l'étude détaillée et abondamment illustrée (10 planches et 250 outils pour chaque site) qui est faite en perd beaucoup de son intérêt. On remarque en effet, outre l'abondance considérable des grattoirs (un quart et un tiers de l'outillage) et le très faible nombre des armatures (6 % et 7 %), l'abondance des flèches néolithiques (et même chalcolithiques ou du Bronze ancien) : 2 et 3 %, soit près de la moitié du nombre des armatures. Une seule flèche paraît appartenir à l’Omalien, les autres sont plus tardives et ne sauraient donc être contemporaines des armatures épipaléolithiques.

Il est donc certain que les Néolithiques entrent pour une part importante dans la constitution des séries, sans aucune garantie d'ailleurs qu'il n'y ait pas également plusieurs époques épipaléolithiques représentées. Une étude séparée du matériel en grés-quartzite de Wommersom (G.Q.W.) aurait été souhaitable. Sans assurer absolument l'homogénéité, puisque ce matériau a été utilisé au moins pendant 1 500 ans, il aurait été intéressant de savoir quels types d'outils étaient, ou non, fabriqués en G.Q.W. Il est probable qu'une telle distinction aurait permis d'éliminer le Néolithique.

La fouille avait pour but de trouver si possible du matériel en place et d'obtenir des datations polliniques, sédimentologiques et radiochronologiques. De fait, P. Veermersch a rencontré quelques éclats, lames et lamelles brutes, nucléus, et de très rares outils, avec une certaine fréquence vers 1,50 m et plus de profondeur, mais aucune concentration véritable. P. Veermersch estime que les silex trouvés en surface y ont été amenés par l'action des cultivateurs qui ont remanié et nivelé la terrasse à différentes époques depuis le début de notre ère, reportant dans les parties basses le sol atlantique des parties hautes. Cette interprétation est fort vraisemblable et donnerait à penser à une datation à l'Atlantique pour une partie de l'industrie, ce qui paraît également très plausible.

Des couches rencontrées, P. Veermersch fait une étude extrêmement soignée, tant sédimentologique que botanique, et semble montrer que certaines coupes sont bien en place. Les palynologues y trouvent une séquence complète depuis Alleröd et le Dryas III. Dans le Préboréal, une faible oscillation froide est assimilée — probablement avec raison — à celle de Piottino. Puis viennent le Boréal et l'Atlantique. Plusieurs datations par le radiocarbone (dans les couches tourbeuses et sur humates) confirment en l'encadrant la couche attribuée au Préboréal qui a fourni, dans la tranchée 3 en particulier, un nombre relativement important de lames et nucléus de bonne taille. Ceux-ci ne paraissent pas avoir pu parvenir là secondairement sans avoir troublé la séquence pollinique, ce qui n'est pas le cas.

Il faut donc admettre « entre 7700 et 7100 avant J.-C. » une présence humaine sur le site, avec débitage de silex et de grès-quartzite de Wommersom, celui-ci au moins aussi fréquent — sinon plus — que le premier. C'est là le résultat majeur des fouilles. En effet, on manquait jusqu'à présent de datations hautes pour l'usage de ce matériau. Dans le sud des Pays-Bas, autour de Eindhoven, il est certain que le grès-quartzite de Wommersom, absent au Tjongérien, à l'Ahrensbourgien et à Aardhorst, ce dernier site bien daté au début du Boréal, est présent vers 6200 A. C. (Oirschot V) dans l'Epipaléolithique récent, et ensuite dans le stade récent à nombreux trapèzes typiques (Lommel, Maarheeze, etc.) dont la position chronologique encore incertaine est probablement vers 5000 A. C. plutôt que vers 4200.

Il est impossible d'extrapoler d'une région à l'autre et l'absence du G.Q.W. au Préboréal, près d'Eindhoven, n'est pas nécessairement contradictoire avec sa présence dans une région plus proche de Wommersom. La situation serait toutefois plus assurée si la preuve était administrée dans un gisement où le G.Q.W. serait absent de la surface.

On ne peut par contre suivre l'auteur lorsque, se fondant sur la faible quantité de matériel brut trouvée à la fouille, il rapporte au Préboréal la masse même du matériel épipaléolithique trouvé en surface. La fouille n'a trouvé en place que deux micro-burins (qui ont pu être déplacés plus facilement que les nucléus) et aucune armature entière. Il y a tout d'abord de forts doutes subsistant sur l'homogénéité chronologique des armatures. Ces doutes sont confirmés par l'existence même de plusieurs niveaux de silex et de structures remaniant la séquence géologique ; trois de ces structures sont datées de 5950, 5630 et 2340 A.C., la dernière date étant compatible avec le Néolithique attesté en surface et les deux premières avec une culture épipaléolithique à trapèzes typiques encore peu nombreux... et usage du G.Q.W.

On retiendra donc de Holsbeek la probabilité (à confirmer) d'un usage du grès-quartzite de Wommersom dès le Préboréal, et la grande difficulté des recherches stratigraphiques dans la plaine limoneuse et sableuse du Nord de l'Europe.


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