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Docteur Jean-Georges Rozoy


Résumé des abréviations utilisées dans les articles : consulter la liste.

1997

Dr J.-G. Rozoy

MÉCANISMES ET CAUSES DES CHANGEMENTS ET DES VARIANTES DANS LES INDUSTRIES DES CHASSEURS PRÉHISTORIQUES



Résumé

Les changements continuels observés dans les industries des chasseurs préhistoriques sont progressifs, corrélatifs (au sein de chaque groupe régional) et indépendants (d'un groupe à son voisin). Ces caractères sont plus manifestes pour les changements mineurs qui modifient une industrie sans en changer radicalement l'équilibre essentiel, car ils ne bouleversent pas la technique de base. Les changements majeurs, plus rapides, ont déterminé les noms des sous-périodes du Paléolithique supérieur et de l'Epipaléolithique. Ils sont causés par des choix capitaux dans le domaine essentiel, la chasse :  passage de pointes en matériaux osseux, fabriquées avec des burins, à des pointes en silex (les burins disparaissent, l'augmentation des grattoirs n'est qu'apparente), et réciproquement. C'est le choix des matériels de chasse qui détermine la composition de l'industrie lithique, les autres éléments de la vie sociale varient à d'autres moments, entraînant des changements mineurs dans les industries, quoique peut-être majeurs dans le mode de vie. A la suite d'une grande invention pour les techniques de chasse, le développement "explosif" des façons nouvelles peut donner l'impression d'un stade avancé d'utilisation et donc d'une intrusion étrangère. La mosaïque temporelle du Paléolithique supérieur n'a pas d'autre origine que ces transformations sur place par choix ou (et) inventions successifs,  dans le même cadre de la chasse au javelot ou à la sagaie, qui est la vraie définition du Paléolithique supérieur. Nous ignorons les raisons des changements lors du Paléolithique supérieur ancien, où aucun des deux modes ne l'emporte jamais complètement, ensuite l'invention du propulseur est l'élément essentiel. La réinvention de l'arc mettra fin à ce cycle technique pour en induire un plus efficace qui connaîtra aussi des changements importants.

La mosaïque spatiale (juxtaposition de cultures témoignant de groupes sociaux) est très évidente à l'Epipaléolithique, surtout à sa partie "mésolithique". Elle existe auparavant à toutes les époques. Les  cultures synchroniques diffèrent par les styles de débitage et de réalisation des outils, souvent par les proportions de ceux-ci, parfois par des outils spécifiques. L'un de nous (J.W. 1997) a montré que la différence entre les débitages de l'Ardennien et du Tardenoisien moyens tient, au sein d'une même chaîne opératoire de percussion tangentielle, à la précision de la frappe très près du bord chez les Tardenoisiens, produisant beaucoup de lamelles, une précision moindre chez les Ardenniens fournissant plus d'éclats et de lames. Cela explique le style de Fépin, caractéristique de l'Ardennien, et ses différences avec celui de Coincy. Les éclats, lames et lamelles retouchés sont une seule catégorie fonctionnelle, leurs proportions dérivent seulement de celles fournies par le débitage. La seule différence significative entre ces deux cultures est dans les proportions d'armatures pointues fabriquées, et donc voulues, de part et d'autre. Que ce choix corresponde à l'emploi par les Ardenniens de procédés de ravitaillement ne faisant pas appel aux flèches, ou à la présence chez les Tardenoisiens de plusieurs armatures sur chaque flèche, de toutes façons c'est ici encore le choix de l'armement de chasse qui détermine les variantes techniques de débitage du silex. La même détermination est retrouvée chez les Beaugenciens avec un autre style. La préférence des Limbourgiens pour les grattoirs, l'emploi d'outils à section prismatique par plusieurs cultures autour du Beaugencien, montrent l'intervention d'autres facteurs concernant les outils du fonds commun et soulignent que les cultures mésolithiques présentent une beaucoup plus grande diversité que les groupes magdaléniens, où les armatures de chasse sont plus uniformes, et même que les Aziloïdes.

La cause profonde de tous ces changements n'est pas dans les modifications du climat. L'examen soigneux des débuts de chaque changement montre parfois qu'ils ont commencé avant les variations climatiques dont on a prétendu les faire dépendre (les auraient-ils provoquées ?!?). Ce postulat ancien a très souvent été prouvé erroné, jamais confirmé et doit être abandonné. Pour saisir les mécanismes des changements, il faut remonter des pointes aux armes elles-mêmes, en reconstituer les hampes, les expérimenter, penser les époques non plus en termes de silex, mais de techniques de chasse, améliorées par des inventions successives. L'invention sous la pression permanente du milieu  est le vrai mécanisme  de cette évolution culturelle. Mais des inventeurs n'ont parfois pas été suivis, par incapacité du corps social à comprendre et adopter l'engin nouveau, qui a disparu : 4 000 ans pour le propulseur, 8 000 ans pour l'arc, délais très supérieurs à celui des effets sociaux des inventions (500 à 1000 ans pour ces périodes). Les cerveaux moyens n'avaient pas encore assez évolué. La cause  fondamentale des changements est donc dans la poursuite de l'évolution biologique cérébrale de notre espèce.

Abstract

Mechanisms and causes of the changes and variants in the Praehistorical hunters' industries

The unceasing changes that we can perceive in the Praehistorical hunters' industries were progressive, correlative (within each regional group) and independent (one group was independent of its neighbour). These features are more obvious in the minor changes, which modified industries  without changing thoroughly their essential balance, because they did not upset the basic technics. The major changes, which were faster, defined the names of the Upper Palaeolithic and the Epipalaeolithic sub-periods. They were caused by capital choices in hunting, which was an essential field : changing from bone points, made with burins, to flint points (burins disappeared then, the increasing of endscrapers was only apparent), and reciprocally. The choice of hunting implements determined the composition of the lithic industry, the other social life elements varied at other moments, involving minor changes in industries, but possibly major in everyday life. Whenever it followed some great invention, the "explosive" development of the new ways might appear as an advanced stage of use, therefore some intrusion from outside. The time mosaïc in the Upper Palaeolithic had no other origins than those changes happening locally through successive choices or (and) inventions, in the same context as hunting with javelins or spears, which is the true definition of the Upper Palaeolithic. We do not know the reasons of the changes in the early Upper Palaeolithic, when none of both patterns prevailed thoroughly, later the invention of spearthrowers was essential. The re-invention of the bow put an end to that technical cycle, and gave birth to a more efficient one, which also went through important changes later.

The land-use mosaïc (i.e. the juxtaposition of cultures giving evidence of social groups) is quite obvious for Epipalaeolithic, especially for its "mesolithic" part. It existed before in all periods. Synchronical cultures are different in the styles of debitage and tool manufacturing, often in the proportions of the latter, sometimes in specific tools. One of us (Walzak 1997) shows that the difference between the Middle Ardennian debitage and the Middle Tardenoisian debitage is the result of precise striking, within a similar "chaîne opératoire" of tangential percussion; the Tardenoisians would strike close to the edge, and produced lots of bladelets; the Ardennians were less precise and obtained more flakes and blades. That explains the Fépin style, which is typical of Ardennian, and its differences with the Tardenoisians' Coincy style. Retouched flakes, blades and bladelets are one functional category, their proportions derive only from those obtained by debitage. The only significant difference between both cultures is in the proportions of manufactured, therefore wanted, pointed armatures in each of them. Should that choice correspond to the use by the Ardennians of supply-ways which did not need arrows, or the use of several armatures per arrow by the Tardenoisians, anyway only the choice of the hunting implements determined the technical variants of flint debitage. The same kind of determination can be found at the Beaugencians' with a different style. The Limbourgians' preference for endscrapers, the use of prismatic tools by several cultures surrounding Beaugencian, show that there were other factors about the common tools and emphasize that the Mesolithic cultures had far greater diversity than Magdalenian groups, in which hunting armatures were more unvarying, and even than Aziloïd groups.

The deep-lying causes of all these changes are not the climatic changes.  Examining carefully the beginnings of each change sometimes shows that they occured before the climatic variation which they were supposed to depend on (should they have induced them ?). That old postulate has often been proved to be wrong, it was never proved and it should be set aside. If you wish to perceive the mechanisms of the changes, you should set up points to weapons themselves, restore their shafts, test them, leave flint technology when you think of past periods and think of hunting technics, and the successive inventions to improve them. Inventing under the permanent pressure of the environment was the genuine mechanism of that cultural evolution. Though, some discoverers were not followed, because the social corps were unable to understand and adopt new devices, which disappeared : 4 000 years for the spearthrowers, 8 000 for bows, spans of time far longer than those of the social effects of invention (500 to 1 000 years for those periods). The average brains had not yet evolved enough. Then the fundamental cause of the changes was in the biological brain of our species going on evolving.

LES CHANGEMENTS

La rapidité des changements dans les industries préhistoriques est variable, dans l'ensemble s'accélérant avec le temps, mais nous ne connaissons pas d'industrie vraiment immobile. Certains changements, plus rapides, ont été considérés comme majeurs, et l'on a distingué des entités "culturelles" (Aurignacien etc) basées  en fait sur les outils de silex et de bois de renne, sans prêter grande attention à la parure, à l'art et à d'autres éléments dont les variations transcendent ces divisions techniques (Chavaillon 1978, Demars et Hublin 1989, p. 28). Ces entités doivent être interprétées plus en termes de techniques de vie que de groupes humains opposés. Les périodes suivant le Paléolithique peuvent être de même divisées en trois parties : Aziloïdes (Epipaléolithique au sens restreint), Mésolithique ancien-moyen (à triangles et à style de Coincy ou ses variantes, du moins dans la plupart des cas), Mésolithique récent-final (à trapèzes et armatures en dérivant et style de Montbani-Montclus) (Rozoy 1978). Des changements mineurs interviennent entre temps et transforment chaque ensemble technique lentement, mais non moins sûrement.

Les changements sont progressifs, corrélatifs et indépendants : corrélatifs au sein de chaque culture (groupe régional), indépendants d'une culture à sa voisine. Ceci, établi pour l'Epipaléolithique ("Mésolithique") (Rozoy 1978, p. 918-920), est vrai aussi au Paléolithique supérieur où les unités culturelles et techniques sont plus larges dans l'espace (six groupes magdaléniens en France, Rozoy 1988, 1992 b, pour une trentaine de cultures au Mésolithique, Rozoy 1978) et dans le temps : l'Aurignacien dure plus de dix mille ans, le Mésolithique récent-final moins de deux mille. Les changements lents correspondent à des inventions mineures, un nouveau modèle d'outil ou d'armature s'ajoutant au précédent, puis le remplaçant, sans modification importante de la technique de base. Au Mésolithique ancien-moyen on passe ainsi du triangle isocèle au triangle scalène et de la pointe simple (à troncature oblique) à la pointe du Tardenois (à base transversale); les emplois de ces armatures étant les mêmes, ce sont des modes sans changement technique important. Au Gravettien, Bosselin et Djindjian (1994, p. 82) soulignent la "communauté typologique" du Noaillien et du Rayssien lors du passage du burin de Noailles au burin du Raysse, cela contraste avec un changement un peu plus marqué lors du passage au Laugérien où les pointes de la Gravette reparaissent un tant soit peu (15 %) avant le retour massif aux burins du Protomagdalénien. On pourrait multiplier les exemples de ces variations mineures au sein d'ensembles dont les chercheurs ne contestent toutefois pas l'unité.

Les grands changements d'industries sont causés par des choix cruciaux dans un domaine majeur : la chasse  (pour les prédateurs). Ces retournements paraissent parfois si brutaux que l'on a longtemps douté de la continuité entre ces grandes périodes et que certains pensent encore en termes d'invasion solutréenne mettant fin au Gravettien, ou de Magdaléniens, sortis on ne sait d'où, exterminant les Solutréens. Un siècle et demi plus tard, nous sommes un peu plus à même de préciser les mécanismes, le lien avec les techniques de chasse, et nous pouvons commencer à supputer les causes.

LE PALÉOLITHIQUE SUPÉRIEUR

Durant tout le Paléolithique supérieur, il y a alternance (fig. 1), de pointes en silex (jusqu'au tiers ou la moitié des outils) et de pointes de traits en os ou surtout en bois de renne. Celles-ci sont fabriquées au moyen de burins en silex qui, eux aussi, peuvent former la moitié ou plus des outils. Il subsiste généralement quelques pointes en bois de renne avec les pointes en silex, mais en faible nombre, avec peu de burins (et, réciproquement, peu de pointes en silex lorsque les pointes en matériel osseux dominent). Le changement de technique de chasse, passage de pointes en silex à des pointes en bois de renne, ou inversement, entraîne un bouleversement dans l'équilibre de l'industrie, puisqu'on n'a plus besoin de tant de burins si l'on fait les pointes en silex, celles-ci prenant une place nouvelle, tandis que les autres outils du fonds commun, la parure et l'art varient beaucoup moins en usages réels la plupart du temps. Ph. Smith (1966, p. 370) note au cours du Solutréen "un fort conservatisme pour les outils ordinaires" (en pierre ou en os), qui sont les mêmes que dans les autres "cultures", et pour cause : on n'a changé que le matériel de chasse, et ce qu'il fallait pour le fabriquer. L'augmentation apparente des grattoirs ne vient que compenser arithmétiquement la baisse des burins; sans doute les outils domestiques varient-ils à d'autres moments, non retenus comme majeurs. Le rapport numérique grattoirs / burins, si souvent employé pour les comparaisons entre industries du Paléolithique supérieur, est un substitut du rapport pointes en matériel osseux / pointes en silex qui n'est pas quantifiable à cause des matériaux différents dont les durées de fabrication et d'utilisation sont très opposées. Les séries d'outils que l'on compare n'ont pas du tout des compositions fonctionnelles analogues, il suffit de le savoir.

La succession des "cultures", de l'Aurignacien au Gravettien, au Protomagdalénien, au Solutréen et au Magdalénien, n'a pas d'autre origine que ces transformations sur place par choix ou (et) inventions successifs, transformations difficiles à saisir parce qu'assez rapides comme l'a bien montré F. Bordes (1959, p. 107-108), soulignant qu'à la suite d'une invention importante qui peut se développer "de façon explosive (...) on a l'impression (...) qu'un stade avancé de son utilisation a déjà été atteint. En réalité, bien entendu, ce peut n'être que le début. Un tel cas est assez analogue à ce que Teilhard de Chardin appelait la résorption automatique de la base des phylums  en paléontologie". (Voir aussi à ce sujet Smith, 1966, p. 362, et son renvoi à Spaulding (1960, p. 454-455), montrant la raison de la rareté des assemblages transitionnels). Mais ces transformations, même "explosives", ont toutes lieu dans le même cadre de la chasse au javelot ou à la sagaie, perfectionnée progressivement, où L. G. Straus (1990, 1993) voit aussi "le composant le plus dynamique du Paléolithique supérieur". Ces "cultures" successives ont été définies sur une base lithique, plus, parfois, les pointes de projectiles en matières osseuses. Si l'on faisait entrer en compte, comme J. Chavaillon, le reste du travail humain : types d'habitat, organisation du sol, technique de débitage, vie économique, plus encore ce qui a disparu : bois, vêtements etc, on aurait d'autres coupures, la continuité apparaîtrait mieux et l'on retrouverait l'évolution en mosaïque temporelle décrite pour le Paléolithique inférieur par J. Chavaillon et coll. (1978) et par le présent auteur pour l'Epipaléolithique (Rozoy 1978, p. 918-920, Rozoy 1992 a), comme il apparaît par les observations de P.Y. Demars et J.J. Hublin (1989, p. 28) sur le non-synchronisme des coupures entre ensembles lithiques et artistiques, et le "découpage encore différent" pour l'industrie osseuse.

Nous ne comprenons pas encore les raisons (techniques probablement) de l'abandon des pointes en bois de renne de l'Aurignacien pour les pointes en silex du Gravettien (avec retour aux matières osseuses lors de l'intermède Noaillien-Rayssien, Bosselin et Djindjian 1994), des brefs retours au bois de renne au Protomagdalénien, et au silex au Solutréen (fig. 1 et 2). Le changement au Gravettien est lent, très progressif, les pointes en silex et en matières osseuses sont employées concurremment pendant de longues périodes.  Bosselin et Djindjian (1994) précisent, sans chercher à rien en conclure au sujet de la chasse, qu'au Laugérien, dans le pléniglaciaire, il y a encore beaucoup de burins (28 %, puis 36 %), donc les pointes en os n'ont pas disparu avec le froid, on n'observe à aucun moment du Gravettien de bouleversement analogue à celui du Solutréen (dominance presque totale des pointes en silex) ou du Magdalénien moyen-supérieur (disparition des pointes en silex qui reparaîtront tout à la fin). Il semble qu'il y ait au Gravettien quelque hésitation chronique entre les deux procédés. On peut donc penser qu'aucun des deux ne faisait alors preuve d'une réelle supériorité. L'origine des changements est évidente : ce sont les choix des matériels de chasse. Mais il nous manque le détail et les raisons de leurs successions. Il serait temps que nous nous penchions un peu plus précisément sur la façon dont les Aurignaciens, les Gravettiens et leurs descendants se sont procuré de quoi manger. On peut supposer le passage de lances tenues à la main (cas très probable pour le Moustérien) à des javelots jetés, mais sans propulseur, ce qui exigera de nouvelles expérimentations.

Ensuite, le propulseur (Stodiek 1993, 1997 et fig. 3, Cattelain 1997) apparaît à la fin du Solutréen vers 19 000 B.P. par un exemplaire unique (Cattelain 1989). Les pointes à cran du Solutréen supérieur, pesant en moyenne 4,30 g (Plisson et Geneste 1989), ont été employées sur une large surface (tout le Sud de la France et une bonne partie de l'Espagne) pendant près d'un millénaire. Si elles avaient armé des flèches d'arc, cela traduirait une généralisation et il n'y aurait aucune vraisemblance à la disparition de l'arc ensuite. D'ailleurs le poids de ces pointes (qui déséquilibreraient des flèches de 20 g) est bien au-dessus de tout ce que nous connaissons pour des archers préhistoriques : dès l'Azilien les poids des pointes sont de l'ordre de 1 à 2 g, et dès l'Ahrensbourgien on descend au-dessous de 1 g. Les pointes à cran du Solutréen devaient donc armer des sagaies de propulseur courtes et minces, équilibrées avec ce poids de presque 5 g (3 g en Espagne, Straus 1990). Comme il s'agit d'une série continue, unimodale (Plisson et Geneste 1989), on ne peut penser à l'emploi simultané des deux engins, qui aurait entraîné l'existence de deux valeurs avec une lacune plus ou moins nette entre les deux maxima. Après cet objet unique de Combe Saunière, il y a un trou de 4 000 ans avant les 122 exemplaires des Magdaléniens III (faciès à navettes), IV et V. Nous savons maintenant (Rozoy 1992 a, b) que la grande sagaie de 150 - 200 g  lancée au propulseur exige pour son équilibre des pointes de l'ordre de 20 g et plus. En matière osseuse elles sont longues à fabriquer, mais durables. D'où le Magdalénien et ses burins. L'absence de propulseurs retrouvés au Badegoulien (qui fait moins de burins) et au Magdalénien ancien laisse ouverte la question de propulseurs en bois ne se conservant pas, assez probable (il ne faut que trois heures pour fabriquer un bon propulseur en bois, qui sert pendant des années), ou d'une éclipse comme l'arc, inventé une (première ?) fois en Espagne (le Parpallo) à la fin du Solutréen, avec des pointes de moins de 1 g, en a connu une de 8 000 ans, et peut-être pour la même raison : inventeur non suivi (Rozoy 1996), avec retour aux pointes en matières osseuses. Peut-être l'invention du propulseur, plus simple d'emploi, a-t-elle étouffé celle de l'arc, mais la conclusion est la même : les cerveaux moyens n'avaient pas le niveau requis pour utiliser une machine, la première de l'histoire humaine.

Une (ré)invention majeure, celle de l'arc, met fin à ces cultures du javelot et de la sagaie. L'arc veut pour ses flèches de 20 g des pointes légères (1/2 à 2 g, fig. 4), vite faites parce qu'on en perd beaucoup, d'où le retour au silex plus fragile et qui perce mieux (Stodiek 1993, p. 202, 1997), et la microlithisation (qui prouve l'emploi de l'arc, Rozoy 1978, p. 956-963 et 1008-1020). D'où aussi le changement total de cadre, qui de plus coïncide (par hasard ?) avec celui des outils communs (raccourcissement des grattoirs, probablement par invention de manches). Les chasseurs passent, avec l'arc, à un tout autre domaine, l'Epipaléolithique ("Mésolithique") (Rozoy 1978, 1992 a) où la diversité des outillages devient énorme, bien au-delà de la forte augmentation de la population. Il y aura des variations internes importantes et non moins continues avec les trois principaux changements techniques : pointes à dos, troncature oblique de lamelles, trapèzes typiques et leurs dérivés. Nous en ignorons les déterminations, l'hypothèse concernant les trapèzes est celle d'un arc plus puissant (à deux courbures ?). Ces transformations supposent autant de progrès mentaux, l'acculturation rapide des archers passant au Néolithique vers 6 000 B. P. montre bien ensuite que le niveau mental et social voulu pour ce nouveau progrès (cette révolution) était acquis chez eux. La pression permanente du milieu n'a pas cessé, elle s'est compliquée.

Dans deux cas majeurs au moins, le propulseur et l'arc, la cause première des grands changements d'industrie est donc l'invention d'un remarquable engin de chasse, qui oblige à bouleverser la panoplie des outils. C'est pourquoi le changement paraît brutal : dès l'adoption de la nouvelle arme, le chasseur est obligé d'utiliser le matériel adapté. Et de le fabriquer comme il peut, avec les procédés anciens, puis en modifiant ceux-ci. Il y a donc priorité de la typologie sur la technique, sur laquelle F. Bordes (1961, p. 10) avait insisté : "la technique n'est jamais qu'un moyen,  l'outil (...) étant la fin." La priorité temporelle et logique de la typologie voulue par l'artisan (la fin) sur la technique mise en oeuvre pour sa réalisation (les moyens) doit entraîner une priorité analogue pour la méthodologie de nos études. Le changement de style de débitage dans le Tjongérien est un exemple, en diachronie, de cette primauté de la typologie. Le changement essentiel, majeur, a eu lieu lors du passage du Magdalénien au Tjongérien (culture à Federmesser ) : l'adoption de l'arc et de la flèche au lieu du propulseur et de la sagaie. C'est la définition même de la fin du Paléolithique : on abandonne un cycle de chasse de 30 000 ans, on en inaugure un plus efficace. Ayant réinventé l'arc, les derniers Magdaléniens, devenus les premiers Tjongériens (ou Aziliens) dès que l'invention est bien installée et largement utilisée, fabriquent donc (immédiatement, impossible de faire autrement) des armatures légères, en silex, pour armer leurs flèches de 20 g. Et, naturellement, ils fabriquent l'objet nouveau au moyen des techniques anciennes. J.-P. Fagnart (1997) trouve donc dans la couche tjongérienne la plus profonde de la gravière III-1 de Hangest un débitage qui est encore apparenté de près à celui du Magdalénien. Avec des Federmesser  tjongériens ! Puis, les chasseurs réalisent que ce mode de fabrication, qui convenait aux besoins précédents pour faire les burins (dont on n'a plus besoin) ou les grattoirs (il en faut encore, mais peu, et plus courts), n'est pas bien adapté à la production des armatures nouvelles, dont la rectitude est indispensable. Ils continuent donc à modifier leur technique de débitage et l'on trouve dans cette même gravière, dans la couche immédiatement au-dessus, toujours avec des pointes de Tjonger, le nouveau débitage amélioré. L'analyste moderne, sensible à l'élégance des produits, peut certes le considérer comme moins beau, le décrire comme une régression. Mais le fait est qu'il facilite la parfaite fabrication des pointes de Tjonger dont on a maintenant besoin. Le style de débitage dépend donc ici du matériel de chasse désiré.  Le changement technique est en partie immédiat, par nécessité (le type de pointes), en partie dérivé (la modification du débitage, en quelques siècles), les conséquences sociales seront plus lentes, par inertie : 500 à 1 000 ans (Rozoy 1996). Le style changera à nouveau lors du passage aux industries à grandes lames mâchurées (Belloysien), probablement des facies d'atelier d'un équivalent latéral de l'Ahrensbourgien, puis lors du passage au Mésolithique ancien : style de Coincy, mieux adapté à la fabrication des armatures microlithiques faites par section de lamelles fines.

L'EPIPALÉOLITHIQUE ("MÉSOLITHIQUE").

La mosaïque spatiale y atteint son développement maximal pour les chasseurs. La France comporte alors  vingt ou trente cultures  (Rozoy 1978, p. 88, p. 1111-1113, Rozoy 1976, 1991) occupant chacune 10 000 à 30 000 km2 pour 1 000 à 3 000 personnes, enfants compris. Ce sont les vestiges laissés par des tribus dialectales d'archers (Rozoy 1992 a) que l'on identifie par le groupement géographique des indices typologiques et techniques. Les cultures sont stables sur leurs territoires traditionnels. Apparentées, elles maintiennent leurs personnalités au cours des millénaires, leurs industries évoluent selon les modes interculturelles de l'époque, que chacune adapte à sa façon. Les différences les plus faciles à exposer portent sur la typologie, en qualités et en quantités : ainsi les Ardenniens ne font pas, au stade moyen, tout-à-fait les mêmes armatures que les Tardenoisiens (différences dans le style), mais surtout se contentent de 10 à 25 % d'armatures, contre 50 % et plus dans le Tardenois (Rozoy 1978, 1997 a, c, d et fig. 5). Ils font beaucoup de lames retouchées et d'éclats retouchés, rares dans le Tardenoisien. Dans le Limbourgien moyen, ce sont les grattoirs qui dominent, etc. Les différences portent aussi sur le débitage : le style de Coincy (Rozoy 1968), commun au Tardenoisien, à la Culture de la Somme et au Limbourgien, présente dans l'Ardennien une variante plus épaisse (style de Fépin, Rozoy 1997 a). Le Beaugencien et plusieurs cultures voisines demeurant à distinguer comportent un débitage très spécial, à la limite des lames, des lamelles et des éclats (Rozoy 1978, chapitre 19, Rozoy 1997 a, b,  et fig. 6). Et à Rouffignac le style de Coincy se mâtine, au moins pour les lames et les éclats, d'un débitage plus rude, plus heurté (Rozoy 1968 et fig. 7). On pourrait sans peine multiplier les exemples.

Pour approfondir la nature des différences entre les débitages du Tardenoisien et de l'Ardennien, nous avons (Walczak 1997) analysé comparativement la totalité des silex débités de plus de 1 cm (retouchés et non retouchés) des sites du Mésolithique moyen de la Roche-à-Fépin (Ardennien, Rozoy 1990, 1997 c, d) et de Tigny-Les Marnières (Tardenoisien, Rozoy 1990, 1998), au total 9 306 objets. Ce travail d'observation et d'expérimentation a établi sans doute possible les points suivants :

A. Les outils retouchés. Dans les deux sites, pour les outils élaborés : grattoirs, burins, perçoirs, l'on a utilisé indistinctement les supports fournis par le débitage, lames, lamelles, éclats épais semi-corticaux, petits éclats allongés plus fins, etc. Les autres outils du fonds commun sont faits indifféremment sur lames, lamelles ou éclats : il y a les mêmes lignes de retouches, avec les mêmes caractères et les mêmes longueurs, sur les trois types de produits. Les différences numériques observées entre les sites pour ces trois catégories, typiques des écarts habituels entre sites ardenniens et tardenoisiens, tiennent simplement aux particularités différentes du débitage dans les deux sites. Ces différences typologiques, commodes pour distinguer les groupes humains, ne supposent donc pas une différence dans le mode de vie. (Il en va différemment pour le Limbourgien, où il y a beaucoup plus de grattoirs). Pour les armatures, les types étaient obtenus en choisissant des supports commodes et favorables, ce qui suppose une plus grande liberté lors du débitage. Les retouches des armatures traduisent aussi une gestion pragmatique des produits.

B. Le débitage  (nous résumons fortement les observations). Les éclats, les lames et les lamelles proviennent de processus opératoires identiques. La percussion est très tangentielle, les produits plutôt fins sont directement issus des modes de percussion et pas d'une mise en oeuvre particulière du nucleus. A part un détail circonstanciel (économie de matière première à Fépin, loin des sources de silex), les modes de débitage sont identiques à tous points de vue, avec une seule autre exception, qui explique la différence des résultats : les talons sont à la Roche-à-Fépin systématiquement un peu plus larges, c'est-à-dire que l'on a frappé moins rigoureusement près du bord du nucleus. Dans un cas, la percussion permet d'obtenir des produits plutôt fins, dans l'autre, des produits plutôt épais et en moyenne plus larges. La méthode de débitage est très ouverte, très libre, il n'est pas indispensable que le débitage se réalise en une seule fois ni par le même tailleur. Par expérimentation, l'un de nous (J.W.) a retrouvé exactement les types de produits décrits. Le style en question, maintenant bien défini, est le style de Fépin  (Rozoy 1997 a)

L'homogénéité des styles de débitage dans chacune des deux régions est  bien connue, les différences entre Tigny-Les Marnières et Roche-à-Fépin peuvent donc être extrapolées aux débitages respectifs du Tardenoisien et de l'Ardennien; des travaux ultérieurs ne pourront que le confirmer (les séries étudiables à ce sujet ne manquent pas). Voici éclairci, dans un cas précis, le mécanisme  qui détermine l'opposition entre le style de Coincy et celui de Fépin : cela tient, au sein d'une même technique, à une minime différence dans la précision de la percussion plus ou moins près du bord du nucleus (fig. 8). Donc à des habitudes sociales de travail très légèrement distinctes, qui sont généralisées dans chacune des deux régions.

C. Quelle est la cause de ces habitudes sociales de travail ? Le nombre des armatures perdues en dehors du campement est considérable (5 fois celles retrouvées (Rozoy 1978, p. 188, 529-533 et 849). Donc  la fabrication des armatures a été l'objet essentiel du débitage du  silex, même dans l'Ardennien avec un taux d'armatures retrouvées de l'ordre de 20 %. Et une partie des outils du fonds commun a été faite sur les éclats de la mise en forme des noyaux. La spécification de ces outils est beaucoup moins exigeante que celle des armatures. Celles-ci sont entièrement constituées de la partie active, et toute anomalie ou défaut dans leur forme peut entraîner l'impossibilité de montage sur la flèche ou l'inefficacité de celle-ci. Le nombre des armatures désirées va donc avoir une influence considérable. On ne peut commodément fabriquer des armatures de flèches qu'avec des lamelles dont l'épaisseur est inférieure à 4 mm. Au-delà, la section de la lamelle devient difficile et aléatoire. Les Tardenoisiens, qui veulent beaucoup d'armatures, sont donc amenés à débiter très fin : de 2 à 3 mm d'épaisseur. Ils s'entraînent à cette fin, et par suite font aussi la plupart de leurs outils du fonds commun sur ces mêmes lamelles très fines. Les Ardenniens (cela vaut aussi pour d'autres), ayant besoin de moins d'armatures du fait de leurs habitudes sociales, ne cherchent pas à débiter très fin. Il leur suffit qu'une partie notable des lames soit fine. A peu près la moitié. Ils frappent donc le nucleus de façon moins précise, et nous trouvons chez eux autant d'outils sur lames que sur lamelles, et des armatures un peu plus épaisses : autour de 3 mm, et jusqu'à 4 mm plus souvent que dans le Tardenois.

Les styles de Coincy et de Fépin dépendent des capacités psycho-motrices des fabricants : ces styles, comme ceux de Rouffignac (Rozoy 1968) et du Beaugencien, résultent de variantes de la séquence du débitage mésolithique moyen, qui est la même sur une grande partie de l'Europe. Il y a d'autres styles à la même époque, dont l'un en Europe du Nord fournit des lamelles très étroites et plus régulières. Ces styles ont en commun la capacité à fournir en abondance et sans trop d'exigences pour l'artisan des lamelles fines dans lesquelles on peut tailler des armatures pour les flèches. Les Magdaléniens, englués dans leur débitage très fermé, très prédéterminé, ne savaient pas  (ou ne se souciaient pas de  ?) faire le débitage de Coincy, qui permet d'utiliser de petits rognons et des silex ou des chailles médiocres et donc d'occuper les terrains où manque l'excellent silex. Mais le débitage des Magdaléniens, si contraignant, fournit aussi, avec des mesures spéciales, des lamelles fines dans lesquelles ils ont fait leurs si nombreuses lamelles à bord abattu pour armer probablement plutôt leurs couteaux que leurs sagaies (Rozoy 1997 f). Les Magdaléniens auraient donc pu y faire des armatures de flèches, c'est d'ailleurs ce qu'ils ont fait, par exemple à la gare de Couze (Bordes et Fitte 1964, Rozoy 1978, p. 315-317 et pl. 85-85 bis), lorsqu'ils ont réinventé l'arc, ce qui a mis fin à leur brillante culture pour en induire une nouvelle, plus hermétique à notre compréhension. Mais la production de ces lamelles n'était pas jusque-là l'objet essentiel du débitage, la confection des pointes de sagaies en bois de renne nécessitant des burins avait priorité. L'abandon du débitage magdalénien et la genèse des styles ultérieurs sont des phénomènes historiques, diachroniques, liés à l'abandon des burins et au raccourcissement des grattoirs, qui ont été examinés ci-dessus à propos de la mosaïque temporelle. Les variantes internes à la séquence de débitage du Mésolithique moyen, qui constituent une mosaïque synchronique, dépendent largement, au moins dans le cas qui nous occupe, des produits désirés, c'est-à-dire ici du nombre d'armatures que l'on veut, par tradition culturelle, mettre sur les flèches, et quelle que soit la raison de cette tradition. Le fait certain est que les uns en font beaucoup plus  que les autres.

C'est donc au Mésolithique moyen à nouveau le choix de l'armement de chasse qui détermine les variantes techniques du débitage du silex, au sein d'un ensemble dont la production aisée de lamelles fines, si importante soit-elle, n'est sans doute pas la seule caractéristique (Rozoy 1997 a). Si d'ailleurs la raison de cette différence en nombres d'armatures résidait dans l'emploi par les Ardenniens (et les autres cultures à faible taux d'armatures) d'autres procédés d'obtention de la nourriture : chasse au filet, piégeage, pêche à la nasse etc, plutôt que de mettre une seule ou plusieurs armatures sur chaque flèche, l'opposition en question n'en dériverait pas moins d'un choix distinct des méthodes de chasse. Cette détermination par le choix de l'armement est tout-à-fait inconsciente, bien entendu. On constate ici dans la synchronie à nouveau la primauté de la typologie sur la technique  déjà évoquée ci-dessus.

Une part notable de l'outillage échappe à ce type de détermination : les Limbourgiens, par exemple, font beaucoup de grattoirs, là où les Tardenoisiens ou les gens de la Somme, avec des taux d'armatures analogues et les styles de Coincy les plus purs, en fabriquent à peine quelques-uns. Les traces d'usage montrent que les grattoirs servaient à préparer les peaux pour les tentes et les vêtements. Devons-nous voir les Tardenoisiens comme de misérables sauvages ("dégénérés", disaient les paléolithiciens) vivant nus ? Ils avaient probablement trouvé d'autres moyens de se débarrasser de la graisse nocive, avec des outils périssables ou autrement (cendre etc). Cela met en cause notre utilisation des proportions d'outils. Celles-ci sont parfaitement adaptées à l'objectif pour lequel on a créé la méthode synthétique quantitative : reconnaître par leurs techniques, dans le temps et dans l'espace, des groupes humains. Mais, pour étudier les modes de vie, nous devons tenir compte de l'inégale conservation et penser constamment que nos listes d'outils  n'englobent pas, d'un groupe à l'autre, les mêmes fonctions. Nous avons exposé (sous réserve de vérification par les études des traces d'usage) que les éclats retouchés, les lames retouchées et les lamelles retouchées constituaient, au point de vue fonctionnel, un seul type d'outil; les différences de proportions entre ces classes typologiques n'auraient donc pas de signification pour la vie quotidienne des chasseurs. Par contre, l'abondance des grattoirs chez les Limbourgiens, opposée à leur rareté dans la Culture de la Somme et le Tardenois, doit avoir un sens culturel... qui nous échappe actuellement.

Les Beaugenciens (Rozoy 1978, chap. 19, 1997 c, Violot 1991, 1994), et aussi les gens de plusieurs autres cultures, utilisent un style de débitage bien particulier, qui diffère plus nettement du style de Coincy (fig. 6). Comme dans l'Ardennien, c'est dans l'ensemble nettement plus épais qu'à Coincy; les lamelles minces y sont une nette minorité. C'est aussi plus court, si bien qu'on se trouve fréquemment à la limite des lames et des éclats.  Ce n'est pas étonnant pour des gens qui font peu d'armatures, comme l'atteste, malgré la dénaturation des pièces par les engins agricoles, le rapport nucleus/armatures (plus de 100 à Lorges et plus de 500 dans les trois stations de Beaugency et Meung, contre moins de 10 dans le Tardenoisien) et le taux d'armatures observé à Lorges (25 %). On retrouve ici, probablement avec le même mécanisme et la même cause, la détermination d'au moins un élément du style de débitage, l'épaisseur plus grande, par l'abondance moindre des armatures désirées.  Cette épaisseur commune ne permet pas d'assimiler le débitage de Beaugency  à celui de l'Ardennien, d'autres caractères, et notamment la brièveté des lames qui passent aux éclats laminaires, imposent de rechercher plus avant les éléments de la chaîne opératoire  déterminant cet aspect particulier, et leur raison d'être. Un tel travail serait à effectuer sur les séries extraordinairement abondantes (plusieurs mètres cubes) collectées par François Quatrehomme à Beaugency et à Meung-sur-Loire ou sur celles non moins volumineuses réunies par Mr Huchet (1994) à St Privé, avec confirmation au moyen de mes propres fouilles plus limitées aux Hauts-de-Lutz (Beaugency) (mais elles sont déformées par l'écrémage de F. Quatrehomme pendant 15 ou 20 ans) et de la collection Marquenet à Lorges, où le stade récent est isolé.

Les outils prismatiques du Beaugencien. On a longtemps opposé (Clark 1936-1970) en Europe deux ensembles de cultures "à microlithes" : à l'Ouest et au Sud "le" Tardenoisien sans outils massifs, au Nord et à l'Est "le" Maglemosien avec haches et tranchets. Cela exagérait beaucoup l'importance numérique des haches et des tranchets, qui avant la néolithisation (Erteböllien) ne sont dans les cultures nordiques que 1 à 5 % des outils. De plus, la plupart des cultures de l'Ouest comportent un petit nombre de gros outils dont nous ignorons jusqu'à présent la fonction (tracéologues, à vos microscopes !), mais qui pourraient bien avoir servi à couper du bois, car beaucoup portent des traces de mâchonnement sur les arêtes. Outre diverses formes (Rozoy 1978), une place importante est dûe aux outils à section prismatique en grès ou plus souvent en silex. On les rencontre sporadiquement dans le Tardenoisien, un fragment (ou aucun) par site, et la Culture de la Somme. Dans le Beaugencien ils sont plus nombreux, mais toujours très minoritaires (tableau 1). On retrouve, malgré la difficulté dûe aux conditions de collecte, la proportion des haches dans le Mésolithique nordique.

Tableau 1 - Les outils prismatiques du Beaugencien

 

Prismatiques

Armatures

Nucleus

Outils*

% Prism./outils

Hauts de Lutz

46

725

2635

3000

  1,5 %

Haute Murée

25

175

1050

700

   3,6 %

Le Mousseau

13

119

586

2000

      0,65 %

Lorges

5

30

123

120

4 %

Quatre arpents

20

400

2000

2000

1 %

* Valeurs approximatives, outils massacrés par les engins agricoles (excepté Lorges, seul exact)

Ces outils à section prismatique ont probablement travaillé au choc, car ils sont le plus souvent cassés, toujours, comme les haches néolithiques, dans la partie médiane la plus épaisse. On les a comparés à ceux du Montmorencien, qui sont tous en grès, mais ne sont qu'un cas particulier (facies d'atelier) d'un phénomène beaucoup plus large répandu sur une moitié de la France. On ignore la nature économique de base du Montmorencien : production ou prédation pour la nourriture, mais pour les outils c'est une production avec exportation. La documentation disponible sur le Beaugencien ne permet pas actuellement d'affirmer ni d'exclure que les outils à section prismatique aient accompagné les stades ancien ou (et) moyen de la culture. On sait par contre qu'ils sont présents à Lorges où le stade récent figure seul, et dans le Bourbonnais (Durdat-Larequille, Piboule 1972) avec des trapèzes, donc encore au stade récent. Le stade moyen est attesté par des pièces isolées dans le Tardenoisien et la Culture de la Somme, chez des gens qui ne sont certainement pas des producteurs. Mais ces outils prismatiques sont présents, dans des proportions analogues, dès le stade ancien aux Closeaux à Rueil-Malmaison (Laurent Lang, communication personnelle dont les auteurs le remercient). On rencontre dans le Beaugencien deux types principaux, l'outil de Montmorency et l'outil de Beaugency (Rozoy 1978, p. 828). Il y a des "pics à crochet" inconnus à Montmorency. Ces types n'ont-ils qu'une pure détermination stylistique et donc culturelle, ou correspondent-ils à des fonctions différentes, les Beaugenciens étant intéressés par le biseau opposé à la face plane, les Montmorenciens par les deux angles droits limitant cette face plane (Rozoy 1978, p. 830) ? Il reviendrait aux tracéologues de répondre. Mais c'est encore un élément montrant dans la mosaïque spatiale des archers une diversité beaucoup plus grande que dans celle du Magdalénien : ces outils sont associés dans le Beaugencien récent de Lorges aux armatures beaugenciennes évoluées et aux microburins très nombreux, mais dans le Bourbonnais à la même époque aux trapèzes et à un nombre plus réduit de microburins, alors que d'autres cultures à trapèzes se passent d'outils prismatiques. C'est rappeler que les éléments typologiques associés ne sont corrélatifs qu'au sein de la même culture, les associations sont autres dans la culture voisine (Rozoy 1978, p. 918-920). On a déjà rencontré cette notion à propos de la mosaïque temporelle, où les divisions ne pouvaient être reconnues aux mêmes points si l'on changeait de critères (Chavaillon 1978), la corrélativité est limitée à la fois dans le temps et dans l'espace.

L'ÉPOQUE DE TRANSITION

La mosaïque spatiale à l'Epipaléolithique ancien : Pour l'Ahrensbourgien et ses équivalents régionaux, pour les Aziloïdes et le Magdalénien, des groupes régionaux à typologies distinctes sont connus, même s'ils ne sont pas tous nettement délimités (Rozoy 1988, 1992 c, 1997 f, g, h). Mais il n'existe pas jusqu'ici d'études techniques concernant leurs différences. Celles-ci semblent moindres qu'au Mésolithique, on n'a pas décrit de styles synchroniques  distincts et il ne paraît pas que cela puisse être le cas (des variations techniques diachroniques  ont été examinées ci-dessus). D'ailleurs, il y a, tant au sein des Magdaléniens que chez les Aziloïdes, une remarquable uniformité des armatures de chasse. Les pointes de sagaies en bois de renne, ensuite les pointes en silex,sont si identiques d'une région à l'autre de l'Europe que, à juste titre, on leur a donné les mêmes noms (Federmesser, comme l'a souligné le Pr Bosinski (1993), est l'exacte traduction allemande de "lame de canif", ancien nom des pointes aziliennes). Bien que G. Célérier (1979) en ait, à la suite de F. Bordes, reconnu une douzaine de variétés, contribuant à démarquer les archers aziliens et aziloïdes des lanceurs de sagaies magdaléniens dont les pointes paraissent plus uniformes, ces armatures de silex sont, techniquement, toutes des pointes à dos. Cela leur conserve une unité qui s'étend aussi à leurs dimensions (un peu supérieures à celles des armatures mésolithiques) et sans doute à leur mode d'emmanchement. Les variantes de ces pointes, en continuité d'un type à l'autre, sont associées en proportions variables dans la plupart des sites, et l'on n'en observe pas de variations numériques importantes entre les régions. Il semble que les différences d'outillages entre régions  concernent  ici  plus  les  outils  du fonds  commun que le matériel de chasse : par exemple, la fréquence importante des perçoirs dans le Magdalénien du groupe parisien, des burins-becs-de-perroquet dans celui d'Aquitaine, des lamelles à bord abattu (éléments de couteaux complexes ?) dans celui du Massif Central. Ou encore la parure (Taborin 1993). Autrement dit, les groupes régionaux, encore séparés au Magdalénien par des zones vides, à l'Azilien plus proches topographiquement (mais non culturellement) les uns des autres, ne diffèrent de leurs voisins que peu et par des objets (dont la parure) sans incidence directe sur la satisfaction des besoins élémentaires : il ne semble pas que les 13 variantes des pointes aziliennes puissent constituer de fortes différences. Dans le Solutréen espagnol L.G. Straus (1990, p. 431) retient des régions distinctes selon les types de pointes, mais il s'agit de variantes stylistiques sans incidences techniques. C'est au Dryas III, à l'Ahrensbourgien et lors de ses équivalents latéraux encore mal connus, que commenceront à se préciser des différences synchroniques, voire des oppositions, concernant le matériel de chasse : pointes d'Ahrensbourg plus grandes dans une région, pointes Malaurie les remplaçant dans le Nord de la France, etc. On doute toutefois si cela pouvait porter à conséquences pratiques, il n'existe pas d'études techniques et l'on ignore donc l'amplitude des différences entre les séries (lithiques ou autres), à plus forte raison leur signification.

MÉCANISMES ET CAUSES

Si nous voulons comprendre les mécanismes et causes des transformations des industries, il nous faut impérativement examiner et discuter les techniques et les stratégies employées par les chasseurs pour satisfaire leurs besoins matériels essentiels, dans l'ordre : manger, se vêtir, se loger. Nous devons donc examiner en premier lieu les techniques et les stratégies de la prédation, qui dans nos régions sont essentiellement celles de la chasse (au sens large, y compris la pêche, le piégeage etc.). La chasse fournit l'essentiel de la nourriture (sur le peu d'apport des aliments végétaux, voir Rozoy 1978, p. 1 040), mais aussi des vêtements et même une part notable des abris (tentes de peaux) et des outils (os). Nous avons trop pris l'habitude depuis un siècle de nous reposer sur l'industrie lithique (et osseuse), qui en est un témoignage indirect et déformé, et de juger celle-ci parfois plus sur son élégance que sur son efficacité. Cette attitude était parfaitement justifiée au début, faute de savoir mieux faire, elle nous a permis d'ordonner une matière première abondante, initialement très obscure, et nos divisions chronologiques et culturelles dépendent encore essentiellement de l'industrie lithique (et accessoirement osseuse) sans référence nette à l'emploi qui en était fait. Il est grand temps maintenant non pas de rejeter cet instrument d'analyse qui a été si utile, mais de le dépasser ou, plus exactement, de nous en servir plus finement pour mieux atteindre les techniques de vie des chasseurs, seules bases véritables des groupements et des séparations que nous devons reconnaître parmi leurs sociétés. Nous pensons déjà bien, depuis longtemps, au Néolithique non plus comme l'époque de la céramique et de la hache polie, mais en tant que période de la culture des plantes et de l'élevage des animaux. Il nous reste à faire le même progrès pour les chasseurs. Au lieu de dire du Paléolithique supérieur : époque de la lame et du travail de l'os, il nous faut penser : époque de la chasse avec le javelot et la sagaie ("lancer de projectiles", Bordes 1959, p. 109). Et donc nous demander sur quelles hampes on pouvait avoir fixé les pointes de sagaies. Ce qui nous oblige à mesurer les bases de celles-ci. Au lieu du Mésolithique, époque des microlithes, nous devons avoir à l'esprit : période de la chasse à l'arc. Et nous demander pourquoi les taux d'armatures sont si divers d'une culture à sa voisine. Ce qui nous amène à comparer les styles de débitage (Walczak 1997) et à saisir que ceux-ci sont déterminés par le choix des techniques de chasse (Rozoy 1997a). Dans cette optique, on comprend immédiatement, entre autres choses, que les cultures des pointes à dos (l'Azilien et ses équivalents à Federmesser ), dont personne ne conteste plus l'utilisation de l'arc, font partie de plein droit du Mésolithique, elles en constituent le stade très ancien. Et donc il est illogique de les placer (avec l'Ahrensbourgien et ses équivalents latéraux) dans un "Paléolithique final" dont les méthodes de chasse sont radicalement différentes de celles du Paléolithique supérieur. Cette façon de penser  nous incite aussi, pour la recherche des mécanismes et des causes, à bien distinguer la fin : la pointe d'arme (et le gibier abattu) et les moyens : la technique de fabrication, qui est adaptée à cette fin, en général avec un retard de quelques siècles.

Remonter des pointes aux lances, javelots, sagaies ou flèches  est, pour comprendre les méthodes de chasse et donc les tranformations des industries, un premier pas à peine abordé. Les expérimentations devraient occuper bon nombre de chercheurs. Pour qui préfère le calme du laboratoire, il y a les pointes (en silex ou en matières osseuses) à mesurer, à peser, pour reconstituer la hampe qui était nécessairement, à son extrémité distale, d'un calibre au moins égal à celui de la pointe. Or nous avons (Camps-Fabrer 1988) pour les pointes de sagaie en matériel osseux une assez bonne documentation par types (non par époques), à laquelle toutefois manquent les poids de reconstitution, mais nous ignorons pour la plupart des types de pointes en silex l'échelle de variation de ce calibre, bien que les objets soient dans nos laboratoires depuis des décennies. Il y a depuis peu de  bonnes études parcellaires sur des objets triés (Geneste et Plisson 1986), puis sur des ensembles du  Solutréen final (Plisson et Geneste 1989, Geneste et Plisson 1990 b, avec les poids : moyenne 4,30 g), du Solutréen espagnol (Straus 1990), du Gravettien (Perpère 1997), mais il manque encore les largeurs des parties susceptibles d'être fixées sur les hampes, les traces d'emmanchement, et surtout les comparaisons avec les pointes de l'Aurignacien et du Gravettien (et / ou leurs reconstitutions, pour celles qui sont en bois de renne et ont perdu du poids par le séjour en terre). Il faudrait aussi pouvoir comparer avec les pointes précédentes du Solutréen ancien et moyen. Il faudrait savoir si ces calibres et ces poids varient dans le temps, d'une "culture" (Aurignacien, Gravettien...) à la suivante ou même s'il y a un saut de dimensions au cours du Solutréen entre les feuilles de laurier et les pointes à cran. Ce saut a été constaté en Espagne par L.G. Straus (1990) entre les pointes à base concave (moyennes 6,34 cm et 9 g) et les pointes à cran (moyennes 4,94 cm et 3 g), les largeurs des pointes à base concave sont près du double de celles des pointes à cran. L.G. Straus propose des emplois différents, comme pointes de lances ou javelots (spears ) ou même couteaux d'une part, pointes de sagaies ou de flèches (darts or arrows ) de l'autre. Il ne semble d'ailleurs pas que  toutes les feuilles de laurier (beaucoup sont très grandes) aient été des pointes d'armes : Geneste et Plisson (1990 b) signalent que seules les plus petites portent des stigmates et fractures d'impact. On retrouve d'ailleurs une distribution bimodale plus tard pour les pointes à dos courbe à Rekem (Caspar et DeBie 1996) où de plus les "pointes" les plus larges ne portent que des traces de boucherie. Qu'il s'agisse de flèches d'arc, de sagaies de propulseur ou de javelots à lancer manuel, on ne peut donc assimiler toutes les "pointes" des diverses époques à une seule fonction d'armature de projectile. Il faudrait aussi savoir s'il y a variation dans l'espace, d'un groupe régional (une réelle culture, cette fois, au sens de groupe humain cohérent avec ses techniques et ses traditions) à son voisin et parent. Ces données seraient nécessaires aux expérimentateurs qui, sur le terrain, sans appareil mécanique autre que leurs bras armés de propulseurs et d'arcs reconstitués, lancent sur des cibles en grandeur réelle (Rozoy 1992 b), et parfois sur des animaux fraîchement sacrifiés, des reproductions d'armes préhistoriques, pour examiner ensuite au microscope les traces qu'elles portent (Cattelain et Perpère 1994, 1996). Il est très probable en effet que les portées atteintes, leur précision, leur pénétration dans l'animal, les traces sur les pointes ou les lésions sur les os (Morel 1993, 1997) seront différentes en ce qui concerne le propulseur pour des hampes de 13 mm de diamètre, utilisées actuellement dans les concours, qui pèsent 160 g, ou de 18-20 mm et plus (pesant 300 à 400 g) comme le suggère la figure 2, pour une fois en grandeur réelle.

Il est bien possible qu'au Paléolithique supérieur ancien tout ou partie des pointes ait été placée sur des armes d'hast utilisées au contact de l'animal, sans lancer, des lances comme celles de Soungir ou de l'Aurignacien (Bosinski 1990). L'hypothèse est même avancée pour les plus grandes des pointes solutréennes par L.G. Straus (1990). Seules des expérimentations en grandeur réelle pourront nous informer, prenant en compte, outre la puissance d'impact, mesurable avec des machines (Carrère 1990, Stodiek 1993, 1997, Geneste et Plisson 1990 a), la précision et d'autres facteurs obtenus par des lanceurs humains : voir la planche 105 dans Stodiek 1993, une sagaie sur douze dans le renne à 18 m et 7 sur 14 dans le loup à 12 m, quelques progrès ont été faits depuis, fort heureusement ! Mais combien de compétiteurs seront-ils capables de toucher un ours à 28 m avec des sagaies de 350 g ? Et quelle sera la pénétration ? La constitution récente en France d'un Institut de Recherche Archéo-Cynégétique (I.R.A.C.), qui se veut un instrument de contact entre les expérimentateurs de terrain (déjà groupés en Belgique au sein du CEDARC et du CETREP) et les chercheurs en laboratoire, pourra, parmi d'autres organismes, servir la relance vers la recherche des compétitions d'armes préhistoriques dont le développement ludique impétueux ne doit pas faire oublier que la justification fondamentale demeure d'ordre scientifique. Ainsi approchera-t-on, en précisant les changements techniques dûs aux inventions, les mécanismes  des changements. Reste la cause.

"Une adaptation des industries aux variations climatiques". Ce postulat ancien, jamais démontré et très souvent pris en défaut, est repris récemment par B. Bosselin et F. Djindjian (1994), F. Djindjian et B. Bosselin (1994) et B. Bosselin (1996) pour expliquer (sans se pencher sur le mécanisme ) la cause  des changements assez importants constatés par eux au sein du Gravettien. Ces auteurs maintiennent leurs très sérieuses études sur le plan des seules industries lithiques, sans aucune évocation de l'usage des burins et donc des oppositions entre pointes de traits en pierre ou en matières osseuses. La concordance assez précise des faits typologiques et climatiques, très soigneusement documentée et discutée, paraît difficilement contestable.

La déduction relative aux causes n'en est pas moins discutable, car les contre-exemples sont légion (Rozoy 1996). Or la coïncidence des phénomènes (climatiques et typologiques), nécessairement encore un peu approximative vue la durée importante des épisodes en question, n'est qu'un indice, une présomption de causalité, en aucun cas une démonstration. Il manque ici deux éléments : le mécanisme en cause, la généralité du fait. Certes la preuve absolue du mécanisme est difficile, mais on pourrait tout au moins émettre des hypothèses et chercher les faits qui pourraient les confirmer ou infirmer. Cela supposerait de remonter des outils et armatures aux engins et aux méthodes de chasse, comme proposé ci-dessus. Trop peu de chercheurs s'y emploient. Quant à la généralité, elle est très largement en sens inverse (détails dans Rozoy 1996). Souvent - en particulier pour les trois changements techniques du Mésolithique (Rozoy 1989, 1993) - de telles coïncidences, que l'on avait cru constater lorsque les périodes climatiques et les industries étaient déterminées très globalement, se sont trouvées inversées quand on est parvenu à préciser les unes et les autres, et notamment leurs débuts, auxquels, comme y insistait F. Bordes (1959), on ne prête souvent pas assez d'attention. D'ailleurs Bosselin et Djindjian, dans leur remarquable remise en ordre du Gravettien, écrivent page 7 qu'au "Gravettien indifférencié", donc avant   l'amélioration du climat, le nombre de pointes en silex (Gravettes + Font-Robert) est moindre qu'au Fontirobertien (25 % au lieu de 37 %), avec "apparition de quelques burins de Noailles" et "augmentation sensible des burins". Autrement dit, il y a déjà moins de pointes en silex et plus de pointes en matières osseuses. Comme pour les trois changements techniques du Mésolithique, le changement  technique en cause au Noaillien a débuté avant le changement de climat, ce qui ruine complètement la pseudo-démonstration. On peut se demander, comme pour le Mésolithique (Rozoy 1989), si ce sont les changements d'industries qui ont fait modifier le climat ! Il y a beaucoup de changements climatiques et la lenteur des transformations typologiques (surtout les mineures) est telle qu'en omettant les débuts on trouvera toujours un changement climatique intervenant à point nommé pour paraître confirmer l'idée préconçue de détermination par le climat. On est curieux aussi de ce que donneraient les analyses informatiques si l'un des axes retenus groupait les éléments ayant le même rôle dans la chasse (pointes à dos, Font-Robert, fléchettes (Perpère 1992), et peut-être "microlithes", mais hors lamelles à dos) pour les opposer aux burins, dont le rôle principal, quoique non unique, est dans la fabrication des armatures en matières osseuses. Peut-être les oppositions entre les facies du Gravettien seraient-elles plus nettes encore, en tous cas plus interprétables ethnographiquement. De toutes façons, même si le climat était en cause, le problème resterait posé du mécanisme de détermination.

On retrouve la même contradiction à propos de l'évolution technique du débitage, du Magdalénien au Tjongérien, citée ci-dessus : P. Coudret et J.-P. Fagnart (1997) précisent honnêtement que "cette tradition technique apparaît un peu avant le début de cette oscillation" (Alleröd - Rozoy), ce qui ne les empêche pas d'écrire quelques lignes plus loin, sans doute par suite de vieilles habitudes, que "les groupes à Federmesser  représentent la réponse adaptative des chasseurs du Paléolithique final face à un environnement de plus en plus boisé (...)"! Puisque la tradition technique a commencé avant  le changement climatique, il serait plus conforme aux faits d'écrire que l'oscillation d'Alleröd représente la réponse adaptative du climat au changement de technique des chasseurs ! On pourrait alors en déduire des implications philosophiques majeures : l'esprit plus fort que la matière, le climat se pliant aux besoins de l'homme (fig. 9)... Ces considérations originales auraient au moins le mérite d'être conformes à la succession des faits, ce qui n'est pas le cas de l'affirmation traditionnelle inverse. On pourrait aussi se demander pourquoi les groupes qui vivaient aux époques précédentes dans des environnements boisés (dans des régions plus chaudes) n'y ont pas utilisé l'arc et la flèche... Pour certains, ce dogme de la détermination climatique des changements d'industries est sacré parce que l'antithèse en serait une intervention divine que même les croyants ne postulent plus (Dieu ayant pu créer les lois naturelles et les laisser agir ensuite), ou l'expression d'un vitalisme   non moins inadmissible (Binford 1968, p. 322) car il n'explique rien (comme la "vertu dormitive" de l'opium). Mais ce déisme ou ce vitalisme ne sont pas les seules alternatives à la prétendue détermination climatique des changements. Il y a des hypothèses scientifiques à substituer à cette pétition de principe. Ce mythe du changement de climat, seule cause des changements d'industries, calque l'homme sur les animaux. C'est un reste attardé du mécanicisme positiviste, sa persistance est grave parce qu'elle minimise ou occulte le rôle du mécanisme réel : l'invention. Il serait grand temps que les chercheurs abandonnent une bonne fois pour toutes ce postulat infondé, contraire aux faits, et se décident enfin à chercher les causes et les mécanismes de ces changements en remontant des pointes de traits aux armes, à la technique de chasse et à l'esprit inventif des chasseurs.

Les inventions sous la pression permanente du milieu sont le vrai mécanisme  de l'évolution culturelle. Chaque invention est la cause  d'un changement déterminé, la succession des inventions constitue le mécanisme.  Ce ne sont pas seulement les variations du climat, provoquant celles de l'environnement végétal et animal, qui font pression sur l'homme. La pression du milieu est continuelle, ne cesse jamais, même si ce milieu est momentanément stable. Comment peut-on oublier que la dangerosité de l'aurochs ou du bison, que la peste à moustiques provoquant les migrations des rennes, que le froid, la neige, l'inondation du dégel, la vitesse de course des animaux, que tous ces facteurs et tant d'autres s'imposent en permanence et réclament de nos ancêtres une adaptation continuelle ? Contrairement aux animaux, trop spécialisés, qui s'adaptent somatiquement ou qui déménagent, l'homme, non spécialisé, s'adapte à tous climats et dispose en outre de l'invention qui lui permet d'améliorer son sort. Il reste à comprendre pourquoi  ces inventions ne surgissent qu'à une cadence relativement lente.

Or il y a deux conditions impératives à l'adaptation par invention : A. Il faut être capable d'inventer au niveau considéré. B. Il faut que tout le corps social suive. L'organisation sociale, adaptée par et pour les personnes moyennes, est foncièrement conservatrice. Elle est apte à enseigner, répandre et utiliser des nouveautés point trop révolutionnaires, que les cerveaux moyens n'auraient pu découvrir, mais qu'ils peuvent comprendre et appliquer, à condition que l'on ne sorte pas trop des sentiers battus. Elle constitue le très utile volant d'inertie assurant la pérennité des procédés techniques et leur assimilation par la grande masse des gens. L'organisation sociale ne peut en aucun cas inventer, créer des mécanismes personnels, car elle n'a que les capacités communes des personnes moyennes, et par définition l'invention n'est pas commune. Loin de promouvoir les nouveautés, le corps social les rejette longtemps (les inventeurs en savent quelque chose...). L'invention n'est adoptée et généralisée que si un nombre suffisant de personnes moyennes a pu déjà se convaincre de son utilité et s'en rendre maître. Cela dépend donc du niveau mental atteint par l'ensemble de la société, ce qui suppose la poursuite de l'évolution biologique du cerveau humain (Rozoy 1996, 1997 e). F. Bordes (1959, p. 108), sans se prononcer sur l'évolution biologique, avait déjà insisté sur ce niveau mental, en donnant pour exemple le propulseur et l'inadaptation des Acheuléens à s'en servir.

L'invention est donc inséparable de l'éducation. Le rôle de la tradition, de l'enseignement et du bain social dans l'évolution culturelle est incontestable et important. Il n'explique pas tout. Encore faut-il que le corps social soit éducable ! Un excellent exemple est fourni par l'arc et la flèche. D'après les pointes de projectiles (fig. 4), l'arc a été inventé plusieurs fois, en particulier en Espagne dans le Solutréen du Parpallo. Puis il a disparu sans avoir diffusé : le corps social n'était pas à même de s'en saisir de façon générale. Il faudra attendre plus de 8 000 ans pour qu'une réinvention diffuse et soit généralisée, d'où le changement total des outillages. Ce délai est largement supérieur à celui de l'effet social des inventions, alors de l'ordre de 500 à 1000 ans, comme on le voit lorsque l'arc va diffuser à la suite de sa réinvention : en quelques siècles le pays est occupé en entier, en moins d'un millénaire les campements sont devenus plus petits, plus nombreux, le style de débitage a changé. On retrouve ici la constatation, qui "ne paraît pas révocable", de l'équipe de J. et N. Chavaillon (1978) sur 1,5 million d'années de Paléolithique inférieur : "Les premières modifications affectent l'équipement technique, et les transformations dans le genre de vie interviennent après". Mais cela ne prend pas si longtemps. Un délai de 8 000 ans ne peut correspondre qu'à la non-diffusion de l'invention par incapacité de la masse à suivre l'inventeur, il faut attendre que l'évolution biologique du cerveau ait élevé le niveau moyen au point voulu. Le milieu, dont la pression permanente provoque et conditionne l'évolution culturelle par invention, comprend donc, et comprendra de plus en plus, le milieu intérieur de l'homme, milieu psychique et social, dont la rétroaction sur la cérébralisation est de plus en plus manifeste.

Les inventions essentielles sont quasi-simultanées dans des territoires non communicants : Europe, Asie, Amérique. Ainsi la technique Levallois (Bordes 1970, p. 19), le débitage de lames, l'arc, la production. Cette simultanéité a été soulignée par F. Bordes (1959, p. 109) qui distingue trois grands cycles culturels : Paléolithique inférieur et moyen, avec des "Moustériens" divers dans chaque continent; puis Paléolithique supérieur et Mésolithique, cycle lié au lancer de projectiles ("une autre révolution"), le Mésolithique étant "répandu largement sur le monde entier"; cycle de la production, non moins universel. Ce dernier est apparu très tard, même dans les régions où la production eût été possible de longue date. F. Bordes ne se prononçait à nouveau pas sur un lien avec l'évolution biologique. Mais cette simultanéité, qui existe aussi pour l'apparition de l'art (Rozoy 1997 e), n'admet pas d'explication purement culturelle. La cause  fondamentale est donc dans la poursuite de l'évolution biologique cérébrale de notre espèce.

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