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Docteur Jean-Georges Rozoy


Résumé des abréviations utilisées dans les articles : consulter la liste.

1958

Dr J.-G. Rozoy

Note sur une méthode de marquage



Il peut paraître puéril d'insister sur l'absolue nécessité de l'identification des pièces préhistoriques (en particulier des silex) par marquage sui la pièce elle-même. Cependant, l'expérience prouve encore quotidiennement que la grande majorité des pièces ne porte aucune marque valable, et le plus souvent aucune marque du tout. On trouve couramment dans des musées des pièces importantes (sans parler des éclats...) accompagnées d'étiquettes, ou mises dans des boîtes marquées, mais dont elles peuvent trop facilement être séparées à la faveur d'un accident (déménagement, réparations, public tripoteur, vol, guerre... hélas !). Quant aux collections particulières, mieux vaut n'en pas parler. Les meilleures valent les bons musées, mais elles sont bien rares. Beaucoup sont tenues par des amateurs qui pourraient fort bien faire si on leur en montrait les moyens. Mais les indications à porter sur la pièce sont trop longues, et de ce fait on y renonce généralement : faute de temps, faute de place.

D'autre part, les inscriptions faites dans les Musées, si elles sont sans doute utiles (et réglementaires...), n'identifient la pièce que par rapport à un inventaire dont elle peut être séparée (voir circonstances citées plus haut, dont la liste n'est hélas pas limitative!). Cette méthode, si elle est possible (sans plus) dans les grands Musées comme Saint-Germain, n'est certainement pas recommandable pour les collections particulières, dont l'avenir presque certain est de changer de lieu de conservation, peut-être à plusieurs reprises, et souvent d'être dispersées aux enchères publiques (l'Administration des Domaines est en cette matière particulièrement nocive dans sa recherche du plus haut prix). De toutes façons, la date d'entrée au Musée, le numéro de la collection, le numéro d'inventaire, etc., s'ils peuvent être des repères utiles, ne sont aucunement des documents scientifiques. Ils sont peut-être nécessaires, mais certainement pas suffisants. Mais en réalité, l'obstacle fondamental à la présence de renseignements valables sur la pièce, c'est la longueur et l'imprécision de l'inscription à porter.

La méthode proposée consiste à inscrire sur l'objet le lieu précis de la trouvaille, exprimé en un langage conventionnel très bref (8 à 13 signes) et cependant facilement compréhensible, même pour ceux qui ne connaissent pas la méthode. Il est possible de désigner sans risque de confusion un hectare (ou même un are ou centiare) du sol français.

Certes, ce procédé sera insuffisant pour les pièces recueillies en stratigraphie, lors de fouilles — encore qu'il puisse constituer une base pour une inscription plus complète. Mais les gisements de surface se comptent par milliers, et c'est à leur usage principalement qu'il a été mis en chantier.

Le repérage précis de tout hectare du sol français peut s'opérer en utilisant le recoupage de deux procédés actuellement en voie de généralisation dans divers domaines administratifs et scientifiques : le code géographique de l'Institut National de la Statistique, déjà utilisé par la plupart des administrations (et pour le numérotage des automobiles, de la Sécurité Sociale, etc.) — et les coordonnées Lambert, figurant sur les cartes de l'Institut National Géographique, et déjà largement utilisées dans les textes des publications archéologiques. Ces deux codes sont absolument fixes, ils servent de base à quantité d'utilisations et l'on peut être absolument certain que nos descendants les retrouveront identiques dans un siècle ou deux.

Dès lors, on commence par déterminer la commune où fut retrouvé l'objet, au moyen du code géographique : chaque département y porte un numéro de deux chiffres (Seine : 75 - Marne : 51 - Ardennes : 08) qui dépend de son rang alphabétique dans la liste des départements — voir les automobiles. Dans chaque département, les communes sont rangées par ordre alphabétique également et portent un numéro de trois chiffres. Chaque commune de France est donc désignée par un groupe de six caractères, (en comprenant un signe de ponctuation) : Charleville (Ardennes) devient: 08-105, et Mézières : 08-290, Ville-sur-Lumes : 08-483. Il faut soigneusement maintenir les zéros : Aiglemont : 08-003, car ils évoquent immédiatement la méthode employée, et permettent aux non-initiés de s'y retrouver.

Le lieu de trouvaille est ensuite repéré au moyen des coordonnées Lambert, dont il s'agit seulement d'abréger l'expression. J'avais d'abord envisagé de numéroter chaque kilomètre carré de la carte au 50 000ème par des lettres portées en abscisses et ordonnées (A à Z en abscisses, A à V en ord.). Mais cela est inutilisable parce que la nouvelle carte de France ne couvre qu'un quart (à peine) du territoire, et ne sera achevée que dans 25 ans — si du moins les crédits y affectés ne sont pas entre temps «bloqués», ou « gelés », etc... Et il est hors de question d'utiliser l'ancienne carte, qui est progressivement retirée de la vente. De plus, ce moyen est beaucoup trop conventionnel, et suscite des difficultés pour le numérotage des rangées et colonnes en bord de carte, en raison de l'obliquité des coordonnées par rapport au cadre (méridiens). Je ne le cite que pour mémoire.

Le procédé le plus simple, et le plus facilement compréhensible par tous, consiste à utiliser les coordonnées Lambert en supprimant le chiffre des centaines, et en n'exprimant que ceux des dizaines et unités, à l'exclusion des décimales. De cette façon, cinq caractères (deux chiffres, un tiret, deux chiffres), désignent un point, et non une surface comme nous le préférerions. Ainsi, un objet trouvé dans le kilomètre carré délimité par les coordonnées Lambert 777-778 et 231-232 sera repéré 77-31, la suite de l'inscription devant représenter les décimales et assurer en même temps la définition de surfaces au lieu de points.

Il suffit ensuite de diviser chaque kilomètre carré en dix bandes et dix colonnes désignées par les lettres A à J; chaque hectare portera donc un groupe de deux lettres, tel BF ou GD, qui désigne en quelque sorte les décimales à ajouter aux cordonnées fournies. Ainsi le cercle de pierres de Ville-sur-Lumes (Ardennes), lieu-dit « Les cailloux », se trouve dans un hectare désigné : 08-483 77-31AI et nous pourrons marquer de cette façon les éclats de silex que l'on y trouve (M. Viot, qui en est l'inventeur, ne désespère pas d'y trouver aussi des pièces intéressantes).



On peut également subdiviser plus avant, en ares (et même centiares si la précision des mesures le permet) en appliquant à chaque hectare la même division en bandes et colonnes, numérotées cette fois, pour varier et éviter les confusions, de 0 à 9 (donc ares de 00 à 99), toujours en commençant par les abscisses et par les chiffres les plus bas.

On pourrait évidemment supprimer la première partie de la notation, qui désigne la commune, et rétablir les chiffres des centaines des coordonnées. On aurait ainsi huit signes au lieu de onze. Mais il y a en France trois systèmes de coordonnées Lambert (quatre avec la Corse), et cela créerait des ambiguïtés. De plus, le recoupage de deux méthodes différentes de désignation est un avantage, car il permet de corriger des erreurs de lecture. Toutefois ce procédé pourrait être utilisé pour les plus petites pièces d'un gisement. D'autre part, l'inscription en clair sur les pièces les plus grandes est évidemment toujours recommandable, elle permet de gagner du temps en évitant une recherche (même facile) dans les codes et sur les cartes.

Par contre, l'utilisation des décimales des coordonnées ne me paraît pas souhaitable, car en raison des virgules elle est plus longue, et de plus elle ne fournit que des points. Les surfaces sont bien préférables.

Dans le Nord-Est il faut éviter l'ancien système Lambert Nord de guerre en voie de disparition.

En cas de gisement imprécis, on peut toujours employer une marque partielle, désignant la commune, ou le kilomètre sans l'hectare, ou deux hectares (ou ares) extrêmes. On peut enfin combiner le nom de la commune en code, avec celui du lieu-dit en clair. Cette solution a d'ailleurs l'avantage de faire apparaître la langue française, ce qui peut devenir utile si l'objet sort de France.

La méthode proposée ne peut évidemment être une panacée, elle ne palliera ni l'insuffisance des crédits, ni le vandalisme de certains collectionneurs qui écrèment les stations. Elle n'a pour prétention que de fournir aux hommes de bonne volonté (ils sont plus nombreux qu'on ne le dit) un instrument commode, et de sauver ainsi pour l'étude le plus grand nombre possible de vestiges de nos lointains ancêtres.


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