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Docteur Jean-Georges Rozoy


Résumé des abréviations utilisées dans les articles : consulter la liste.

1983

Dr J.G. ROZOY

LE MESOLITHIQUE ENTRE RHIN ET MEUSE


Actes du Colloque sur le Paléolithique supérieur final et le Mésolithique dans le Grand-Duché de Luxembourg et dans les régions voisines (Ardenne, Eifel, Lorraine) tenu à Luxembourg les 18 et 19 Mai 1981 (19 articles dont 1 en Anglais).

Édités par A. Gob et F. Spier (F. Spier, 35, rue du Cimetière, Luxembourg). Publication de la Société Préhistorique Luxembourgeoise. Luxembourg, 1982 — 30 cm, 400 pages dont 131 d'illustrations. Prix : 1 250 F Luxembourgeois (id. F Belges) au CCP. de la S.P.L. : Luxembourg 63.0.98 — 48 (S.P.L., 10, rue Gutenberg -Lux.).


La jeune Société Préhistorique Luxembourgeoise, sous l'impulsion de son Président F. Spier, a réussi dès sa naissance un double exploit : unifier la quasi-totalité des chercheurs du pays, et tenir un remarquable colloque international permettant de faire le point sur cinquante années de recherches régionales. C’est en effet en 1932 et 1935 que Nicolas Thill effectua ses fouilles dans la région d'Œtrange (faune pléistocène et industrie du Paléolithique supérieur) et à Loschbour (squelette mésolithique, aujourd'hui daté par le 14-C). Rappelons que ce squelette se rapproche anthropologiquement de ceux du Cuzoul de Gramat et de Téviec. La recherche a connu depuis, en particulier du fait de la guerre et de l'occupation, des fortunes variables, et la plupart des sites du Luxembourg même ne sont encore connus que par des ramassages de surface ; il est vrai qu'un carroyage serré est depuis quelque temps en application sur certains d'entre eux, ce qui est à même d'atténuer légèrement les inconvénients bien connus de cette situation, et surtout d'indiquer les points à fouiller. Après avoir fait (brillamment) leurs classes auprès de chercheurs voisins, nos collègues luxembourgeois ont depuis plusieurs années maintenant entrepris des fouilles scientifiques qui ne manqueront pas, d'ici peu, d'ouvrir un nouveau champ des connaissances.

La situation régionale n'est, pour autant, pas sans solides points d'appui : à l'Est et au Nord-Est, l'Allemagne de l'Ouest a fait l'objet des travaux de S.K. Arora, au Nord-Ouest une partie de l'Ardenne belge (la vallée de l'Ourthe) a été étudiée par la thèse de A. Gob, avec plusieurs excellentes fouilles de Straet, Pirnay, Lausberg et d'A. Gob lui-même (plus loin, la Basse-Belgique avec les fouilles de P. Vermeersch) tandis que M. Otte et M. Dewez précisaient le Paléolithique supérieur. A l'Ouest on trouve l'Ardenne française avec mes propres travaux (et plus loin, le Tardenois). Au Sud, enfin, la Lorraine, où les études sont en plein renouvellement ; et plus loin, l'Alsace avec les stratigraphies de A. Thévenin. Toutes ces régions étaient, bien entendu, représentées au Colloque et des articles bien fournis en présentant, dans l'ouvrage, sinon l'intégralité, du moins des aspects extrêmement variés et complémentaires, depuis la typologie (J. Hinout et A. Decormeille) et la chronologie classique (A. Thévenin) jusqu'aux études de répartition géographique (P. Gendel, en anglais) en passant par la faune du gisement de Loschbour et par les méthodes de taille si finement étudiées par L. Pirnay, expérimentateur hors ligne.

Pour le Luxembourg même, six chercheurs : J. Herr, M. Lamesch, F. Marx, F. Spier, N. Theiss, P. Ziesaire (certains au nom de plusieurs collègues chacun) présentent, outre de très nombreuses trouvailles isolées ou presque, plus de 20 sites ayant fourni des séries relativement ou même bien (très bien) fournies, allant jusqu'à 300 outils retouchés ; dans la plupart des cas la pollution néolithique paraît faible ou nulle, parfois elle est notable ou importante. Sans pouvoir donner lieu, évidemment, à des études statistiques ou chronologiques sûres, ces stations permettent toutefois certaines constatations qualitatives d'un intérêt notable.

Tout d'abord, on note que la densité des stations connues dépend à l'évidence de deux facteurs, tous deux actuels : l'étendue des défrichements (très peu est connu de la zone forestée) et la distribution des chercheurs. Pareille constatation confirme pour le Luxembourg ce que l'on commence à connaître dans toute l'Europe : la sensible égalité de répartition des industries épipaléolithiques (= mésolithiques), l'occupation du territoire paraissant avoir été totale, à l'échelle du canton ou même de la commune, et sans ces fortes inégalités évidentes pour le Paléolithique supérieur (rappelons que sur 400 stations magdaléniennes connues il y a 10 à 20 ans, 300 étaient dans le Sud-Ouest de la France, aucune en Bretagne, etc., les découvertes nouvelles confirment dans l'ensemble).

On note encore, d'après l'allure des armatures microlithiques, partie la plus sensible et la plus évolutive de l'outillage, que les stades ancien, moyen et récent de l'Épipaléolithique sont représentés. Contrairement au cas de l'Ardenne voisine, où très peu de trapèzes typiques et de débitage Montbani sont connus, ces éléments caractéristiques du stade récent (= Le « Montbanien » de Kozlowski et d'A. Gob) sont bien représentés, avec de la retouche Montbani bien caractérisée, des pointes à base ronde et des feuilles de gui, aussi des armatures à retouches inverses plates. D'autres stations, bien entendu, fournissent exclusivement le débitage de Coincy (ou apparenté) avec des armatures des stades ancien ou moyen (que seule la fouille permettra peut-être de séparer), principalement des pointes triangulaires assez courtes de style germanique, de petits scalènes et des pointes à troncature oblique. Les segments paraissent rares.

Les particularités stylistiques des armatures, comme le fait de la pénétration des éléments classiques du stade final, orientent vers l'idée d'un groupe de population distinct de celui (ou de ceux) de l'Ardenne. Pour le mettre en évidence, l'étude globale avec les outils communs, le débitage et les rapports nucléus/armatures seront indispensables ; en effet la méconnaissance des éclats retouchés et des « outils de circonstance » aboutit régulièrement à l'unification sur de très larges espaces (« Beuronien », « Montbanien », etc.) c'est-à-dire que l'on ne reconnaît plus que les grands stades chronologiques.

Le gisement le plus important demeure évidemment celui de Loschbour (où la S.P.L. a depuis repris les fouilles en 1982). A. Gob en donne une bonne étude archéologique, montrant que la couche d'Epipaléolithique récent qui a fourni le squelette était bien individualisée. Elle a donné des outils en os et en ivoire, des lames de débitage Montbani, quelques armatures dont deux pièces à retouches couvrantes, mais pas de trapèze. Le 14.C indique 7 115 ± 45 BP (GrN 7 177). La faune, bien étudiée par J.-M. Cordy, est entièrement sauvage, avec dominance (numérique, sinon en poids !) du sanglier sur le cerf et l'aurochs. Notons à ce sujet que contrairement à ce qu'affirme A. Gob le cerf en Suisse n'est pas plus abondant (à Birsmatten H2 : 200 vestiges contre 204) que le sanglier : son abondance ne s'affirmera qu'au 5e millénaire, en rapport évident avec l'épaississement de la forêt. Il n'y a donc pas, semble-t-il, de conclusions « ethnographiques » à tirer de cet élément, au demeurant trop isolé.

Pour la Belgique voisine, les époux Lausberg et L. Pirnay présentent sobrement leur remarquable fouille de l'Ourlaine, site de la fin du stade ancien (14.C autour de 9 000 BP) avec un taux d'armatures extrêmement élevé pour la région (64 %) dont 20 % de segments (Il y a 133 microburins pour 100 armatures). M. Otte étudie le Paléolithique final de Brou (Tjongérien) et P. Vermeersch, faisant le point de 15 années de recherches en Basse-Belgique, conclut qu'elles ont plus servi à poser les problèmes qu'à les résoudre (il y a un tableau avec 15 dates 14. C).

Pour l'Allemagne, H. Löhr fait le point de l'« Epipaléolithique et le Mésolithique de la région de Trêves » et pour la Lorraine, P. Cuvelier et Chr. Jeunesse exposent les sites mésolithiques du plateau de Haye où dominent les pointes triangulaires courtes.

L'invitée lointaine était Annie Masson qui fit un exposé très remarqué sur « les échanges et approvisionnements en silex à l'époque magdalénienne » (dans le Massif Central français). Par sa rigueur scientifique et par les larges aperçus qu'elle ouvrait aux participants du Colloque, cette communication a suscité unanimement la louange et a fait grand honneur à la recherche française. Espérons pour Annie Masson les meilleures conditions de travail possibles à l'avenir, car on a fort besoin de ce type de recherches un peu partout.

La présentation matérielle du volume est sobre et excellente, la typographie est très lisible et les illustrations (un tiers du total des pages !) de bonne ou très bonne qualité. Nous disposons donc maintenant d'une documentation de premier ordre sur le matériel découvert. Il faut certainement attribuer ce remarquable résultat non seulement au Président de la S.P.L. qui y a mis tout son cœur et sa compétence, mais aussi à l'intérêt qu'il a su susciter de la part du Président du Gouvernement, ministre des Affaires Culturelles, Mr Pierre Werner. Celui-ci a tenu à préfacer l'ouvrage auquel les autorités luxembourgeoises ont fourni, comme à l'excellent accueil des congressistes auquel nous avons été très sensibles, toute l'aide désirable. Le fait est assez rare pour mériter d'être ici souligné.

Souhaitons à nos amis luxembourgeois les meilleurs succès dans leurs recherches et la prochaine caractérisation du groupe d'archers qui a peuplé leur pays pendant cinq millénaires.


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