Haut
  • -10 000
  • -9 000
  • -8 000
  • -7 000
  • -6 000
  • -5 000
  • -4 000
  • -3 000
  • -2 000
  • -1 000
  • 0
  • 1 000
  • 2 000

Docteur Jean-Georges Rozoy


Résumé des abréviations utilisées dans les articles : consulter la liste.

1989

Dr J.G. ROZOY

LES OUTILS DES ARCHERS



Alleröd (Stade très ancien)

L'usage généralisé de l'arc et de la flèche qui met fin au Paléolithique entraîne un bouleversement total de l'outillage. Aux projectiles nouveaux il faut des pointes plus légères, ne dépassant pas 5 g, et plus nombreuses. Dès la fin du Magdalénien, on fait quelques pointes en silex, petites (p. de Laugerie-Basse, p. aziliennes), on essaie (Gare de Couze) la troncature oblique sur lamelles. Mais le choix se fixe sur les pointes à dos, en majorité microlithiques (longueur < 5 cm, épaisseur < 4 mm, poids 1 à 2 g). A l'Alleröd on en trouve des variantes dans toute l'Europe : p. aziliennes du S.O., p. de Tjonger et de Creswell (« Federmesser ») au Nord, p. d'Istres du Valorguien (Rozoy, 1978), p. à dos de Rochedane, etc. Les taux de ces armatures sont augmentés peu à peu, atteignant 20 % à la fin du Tjongérien comme du Valorguien. Les lamelles à bord abattu sont abandonnées partout. Il y a dans chaque région une seule classe d'armatures.

Les outils communs changent aussi : l'abandon progressif des pointes en bois de cervidés entraîne celui des burins. Le pourcentage apparent des grattoirs (maintenant courts) en est très augmenté. Les styles du débitage et des outils sont encore proches de ceux du Magdalénien, mais dans le Tjongérien il y a beaucoup de grattoirs sur éclats.

Dryas III

La microlithisation des armatures se poursuit dans chaque région, soit sur la base traditionnelle, soit par invention locale. Au Nord les Ahrensbourgiens réinventent la troncature oblique sur lamelles qui va constituer partout le fonds technique des armatures ultérieures. Au Midi les Montadiens font des segments de cercle longs de 8 à 12 mm. Dans le Sud-Ouest, dans l'Est, on miniaturise les pointes à dos précédentes. Les taux d'armatures sont variables selon les cultures, de 20 à 40 % et plus. Il n'y a toujours qu'une classe d'armatures en fonction par région, sauf dans l'Ahrensbourgien (p. à soie, p. à troncature oblique, triangles, trapèzes atypiques). Les outils communs demeurent dominés par les grattoirs (courts) dans plusieurs régions, mais le Montadien les abandonne au profit d'éclats retouchés ou denticulés. Les styles deviennent dans le Midi très grossiers.

Préboréal- Boréal (Stades ancien et moyen)

La technique de troncature oblique sur lamelles (G.E.E.M., 1969), avec ou sans le déchet « microburin », avec ou sans le caractère « géométrique » qui n'a aucune importance, devient la règle absolue et il y a partout deux ou plusieurs classes d'armatures en usage en même temps. Chaque petite région (140 km) a ses particularités et son évolution propre. Des traits généraux toutefois : triangles isocèles plus abondants au Préboréal avec beaucoup de pointes à troncature oblique (stade ancien), triangles scalènes l'emportant généralement au Boréal (stade moyen), courts et pygmées dans le Midi, plus longs dans la moitié Nord, avec ou sans petite troncature concave, avec (ou non) des pointes à base transversale, des segments de cercle, des lamelles à bord abattu, tronquées ou non (une recréation). Ces multiples classes d'armatures, qui se remplacent les unes les autres ont la même fonction, ce sont des modes de détail autour d'un thème central.

Les taux d'armatures sont très divers selon les cultures pour plusieurs raisons : la « manie des armatures » des Tardenoisiens, mais aussi l’emploi par eux d’outils périssables, la manie des éclats retouchés des Sauveterriens, mais aussi leurs localisations d’activités, les taux très élevés d'armatures (85 % et plus) dans tout le groupe des Causses, qui paraissent culturels, etc.

Le style de débitage des lamelles est au Nord celui de Coincy ou ses variantes, au Midi celui plus rude de Rouffignac (et d'autres), les styles des armatures sont eux aussi très divers. Il y a peu d'outils en os ou bois de cerf. Parmi les outils communs, les grattoirs sont presque totalement abandonnés, la moitié Sud de la France fait des éclats retouchés ou denticulés informes, souvent massifs, les Tardenoisiens n'en usent que peu, leurs outils de silex sont surtout des lamelles retouchées ou tronquées, les outils microlithiques y sont 80 % et plus au total. Les outils communs changent peu au sein d'une même culture, mais beaucoup d'une culture à sa voisine : ainsi les Ardenniens en font 80 % et plus, contre 40 à 50 % pour leurs voisins tardenoisiens, et ce ne sont pas les mêmes (v. Rozoy, 1978). Aussi les chercheurs qui ne regardent que les armatures trouvent-ils des groupes culturels beaucoup plus vastes que ceux qui utilisent tout l'outillage.

Stade récent

Les trapèzes typiques, le style de débitage de Montbani et les lames et lamelles Montbani (Rozoy, 1969, 1978) apparaissent dans toute l'Europe avant le début de l'Atlantique, vers 5850 BC. L'origine des trapèzes et du style de Montbani est en Belgique, les retouches Montbani viennent du Tardenois (Rozoy, 1978-1988). Le tout se répand très vite, probablement nécessité par un fort progrès dans la technique du tir à l'arc. Les armatures du stade moyen (sous des formes évoluées) sont toutefois associées aux trapèzes dans la plupart des régions pendant près de 1 000 ans. De grandes pointes à troncature oblique sont réinventées. Les trapèzes sont très divers selon les cultures et leurs formes évoluent continuellement, comme auparavant pour les triangles et armatures apparentées. Quelques cultures (Beaugencien, Ardennien) refusent les trapèzes et les remplacent par d'autres types. Aux stades récent et final on semble faire usage un peu plus d'outils en os ou bois de cerf, et il y a de gros poinçons en défense de sanglier. Les Birsmattiens utilisent des harpons en bois de cerf, d'où un nombre plus faible d'armatures (à la limite celles-ci peuvent manquer). Les outils communs sont variés selon les régions, comme aux stades précédents avec lesquels ils montrent la continuité, et comme alors ils permettent au mieux la distinction des cultures.

Stade final (5ème millénaire)

Des armatures du stade moyen, il ne reste que de rares pointes à retouche couvrante dans le Tardenoisien-Nord, mais l'évolution des trapèzes aboutit à de nouvelles formes, dont de grands scalènes et divers types de pointes. Dans toute l'Europe, le stade final est marqué par le développement de retouches inverses plates (non figurées) sous certaines armatures (et non ou peu sous d'autres), pratique qui prend naissance en Belgique (Rozoy, 1988). Dans la moitié Sud de la France, on fait, tout à la fin, de petites flèches tranchantes (de Montclus et du Châtelet) qui passeront, plus grandes, dans le Néolithique. Les taux de lames et lamelles Montbani peuvent dépasser 50 %, mais dans certaines cultures elles ne pénètrent pas ou tard. Comme au stade récent, et en continuité avec lui, les outils communs sont divers et leur prise en compte est nécessaire à la distinction des cultures régionales.

La néolithisation s'opère assez rapidement vers 4000 BC (plus tôt sur la côte méditerranéenne : 5500 BC) par acculturation sur fonds local (Rozoy, 1988).

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

Tjongérien - Milheeze 1a

Ahrensbourgien - Geldrop III-1.

Tardenoisien moyen - Piscop (M1).

Téviécien récent - Kerhillio.


Résumé des abréviations utilisées dans les articles : consulter la liste.

© Jean-Georges Rozoy - Tous droits réservés 2016