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Docteur Jean-Georges Rozoy


Résumé des abréviations utilisées dans les articles : consulter la liste.

1990

Dr J.-G. Rozoy

LES PLAQUETTES GRAVÉES MAGDALÉNIENNES
DE ROC-LA-TOUR 1



Le site magdalénien de Roc-La-Tour 1 est un gisement de plein-air sur un bord de plateau schisteux de l'Ardenne, à 6 km de la frontière franco-belge (fig. 1). Une étroite bande de quartzite (100 à 200 m) a entraîné la formation de tores résiduels avec à-pics et points de vue naturels. À l'altitude de 410 m, Roc-La-Tour domine la vallée de la Semois de 275 m par une pente à 30°. La visibilité y est totale (360°), le sol y est plus sec que sur le schiste environnant, le point d'eau est au Roule à 600 m (Rozoy, 1988, fig. 2), avec une dénivellation de 60 m ; la localisation permet une circulation commode par le plateau pour accéder à des biotopes nombreux et variés avec un minimum de fatigue. Le sol est siliceux et ne conserve pas les os ; les pollens et le radiocarbone sont pollués par des infiltrations depuis la surface très proche (10 à 40 cm), mais les fentes de gel constatées et d'autres considérations font conclure à une datation au début de l'épisode de Bölling avec sur le site des passages multiples, s'étageant probablement sur plusieurs siècles.

Roc-La-Tour 1, qui a fourni sur 110 m2 plus de 1 600 outils retouchés (et plusieurs dizaines de milliers de déchets de taille), et où toutes les activités habituelles des Magdaléniens sont attestées, apparaît comme un "camp de base" important, le second dans la région après Chaleux. Il fait partie du groupe magdalénien de l'Ardenne, dont les treize autres stations actuellement connues (plusieurs également datées du Bölling) sont en Belgique en fonds de vallées, à l'entrée de grottes en terrains calcaires (Chaleux, le Frontal, Goyet, Montaigle, etc. ; Otte, 1984 ; Rozoy, 1988 ; et fig. 1). On le sait depuis cent ans (Dupont, 1872), le groupe humain qui a fréquenté l'Ardenne est le même que celui ayant laissé les sites au S-E de Paris (à 300 km) : il y a eu transport de différents matériaux depuis les régions de Paris (Grignon), de Reims (Gourtagnon) et de Vouziers (fig.1), et les industries lithiques sont identiques en quantités et en qualités. Par contre, le groupe de la vallée du Rhin, avec Gönnersdorf (à 150 km), est différent, les qualités et quantités des outils sont autres, il n'y a aucun indice de communication (Rozoy, 1988).

LE DALLAGE DE PLAQUETTES

Les Magdaléniens ont apporté à Roc-La-Tour 1, pour aménager leur habitat, des centaines (des milliers) de plaquettes de schiste (et de grès-psammite, à raison de 10 % environ) provenant du Dévonien local (étages Devillien et Revinien). Ils les ont trouvées à proximité, les plus proches à une centaine de mètres, mais certaines variétés (Revinien) viennent d'un kilomètre au moins (lieu-dit « Le Gros-Ghêne » avec une dénivellation de 100 m). Beaucoup, sinon toutes, portent des traces évidentes d'érosion et sont par là identiques à celles que l'on peut ramasser sans peine dans les lits des ruisseaux, notamment au Gros-Chêne, ou encore dans la Gire, à 2 km à niveau, ou au Roule au point d'eau. Nous les trouvons très fragmentées par le piétinement d'époque ou postérieur, par les chutes de rochers et la croissance des arbres, et devenues grandes comme la main pour la plupart ; mais on peut parfois reconstituer des plaques d'origine de 40 x 40 cm environ, épaisses de 1 à 2 cm et (plus rarement) jusqu'à 5 cm. Nous avons enregistré plus de 6 000 fragments (sans compter les débris de moins de 2 cm) qui correspondent à un millier ou deux de plaques initiales de diverses dimensions, de 5 à 50 cm, pesant au total une ou deux tonnes (l'étude détaillée n'est pas terminée). Il y a des éléments très petits, et même du gravier, qui montrent que l'apport a parfois été fait en masse, dans des récipients tels que sacs ou paniers.

La dispersion des plaquettes dans le site est sensiblement proportionnelle à celle des outils et déchets de silex, ce qui se comprend aisément en fonction de passages répétés. On en a trouvé jusqu'à huit couches superposées en certains points, au-dessus de fissures ou de dépressions du plancher rocheux entretenant une franche humidité. La disposition initiale a été bouleversée par les mouvements du sol (gel et dégel, chutes de pierres, animaux, racines) et il est impossible de la reconstituer, mais il apparaît que ces apports ont pu former un dallage du sol, complétant celui dû aux roches existantes initialement. La fonction essentielle de ce dallage était très probablement de s'opposer aux remontées d'humidité, et par là d'assainir le lieu de camp.

Une petite partie des plaquettes portent des traces de gravure. On en compte environ 10 % dans l'ensemble, soit quelque 600 fragments (non compris les débris de moins de 2 cm), Toutefois, le schiste revinien, de bien meilleure qualité (plus fin, plus lisse, plus dur, et s'écaillant beaucoup moins), est gravé à près de 50 %. Il y en a peu (peut-être 5 % du total) ; il fournit cependant la moitié des figures lisibles, en particulier tous les palimpsestes, et donc un beaucoup plus grand nombre de dessins au total. La destruction des pièces gravées sur le schiste devillien, plus fragile, ne peut expliquer à elle seule la disproportion, et on peut penser que le Revinien a été apporté spécialement pour graver, tout au moins en bonne partie. Il a en tous cas été choisi préférentiellement.

LES GRAVURES

Les traits gravés sont en général très fins (le plus souvent de 100 à 200 p, rarement les plus accusés atteignent 350 ou 400 p) et, dès que le support est un peu irrégulier, ce qui n'est aucunement exceptionnel, ils sont très difficiles à percevoir, beaucoup n'ont été identifiés qu'après le lavage, à la suite d'un examen spécial en lumière rasante. Dans leur état actuel, les Magdaléniens n'auraient pu les voir, ni surtout percevoir l'ensemble de chaque figure (et d'autant moins qu'il n'y avait alors pas, dans certains traits, le sédiment jaune clair, probablement du loess, qui les fait mieux ressortir). Il est évident que, lors de l'exécution du dessin, les traits apparaissaient beaucoup mieux que maintenant. On le comprend aisément lorsque l'on prend une plaquette non archéologique (il y en a des millions à disposition, notamment dans les ruisseaux) pour expérimenter, soit avec n'importe quel caillou siliceux (qui ne manquent pas non plus), soit avec un silex, qui fournit des traits plus fins, correspondant exactement à ceux que nous retrouvons. Le tracé est alors rendu très visible par la poudre de schiste détachée, qui paraît blanchâtre, et il n'y a aucun problème de perception. Dès qu'on y passe la main, et surtout si l'on lave, fût-ce avec un doigt mouillé de salive, cette poudre disparaît et l'on ne voit plus rien, tout au moins sans une attention soutenue : celle que nous déployons aujourd'hui pour celles des plaquettes où il n'y a pas (ou plus, après lavage intempestif) de sédiment dans les traits. Les gravures n'étaient perçues que peu de temps, au moment même de leur création, cela est bien clair pour nous. On ne peut, dans notre cas du schiste, penser à des figures transportées dans des sacs, ou même conservées pour réutilisation du même dessin. En revanche, cela explique parfaitement les palimpsestes : on ne gravait pas sur des figures précédentes perceptibles, mais sur une plaque de bonne qualité qui avait déjà servi, et où l'on ne voyait plus rien. Tout au plus, pouvait-on réutiliser de rares traits plus appuyés que les autres, par exemple ceux de la patte antérieure du cerf sur la plaque 1993 qui ont resservi pour la tête d'ours.

Parmi les gravures (que le support soit intact ou plus ou moins fragmenté ou exfolié), on peut distinguer deux catégories principales : les tracés rectilignes, généralement associés entre eux, et parfois plus ou moins convergents, et les tracés curvilignes ou anguleux, dont le degré de complexité est des plus variables. La seconde catégorie paraît répondre incontestablement à la volonté d'établir sur le support des traits, figuratifs ou symboliques ou de quelque genre volontaire que ce soit. Par contre, on peut penser que les traits rectilignes dérivent, au moins dans certains cas, de l'emploi de la plaquette-support comme planche à découper, et qu'il n'y a donc alors aucune intention graphique, Toutefois, lorsque les traits rectilignes sont bien parallèles (et parfois régulièrement espacés), comme sur la pièce 3817 (fig. 4), ou encore lorsqu'ils forment un quadrillage lâche, mais assez régulier, il faut bien conclure à nouveau à une action intentionnelle. En définitive, les traits volontaires apparaissent comme étant nettement les plus nombreux, et de loin. Parmi les tracés paraissant volontaires, on peut distinguer trois catégories très inégales : les figures plus ou moins réalistes, auxquelles se rattachent des fragments mutilés demeurant au moins partiellement reconnaissables, ainsi que des éléments volontairement incomplets ou inachevés. Puis, les signes abstraits, qui ne sont identifiables que par leur répétition : ce sont essentiellement, en l'état actuel de la recherche, les zigzags et les cercles, Enfin, le troisième groupe est malheureusement le plus abondant, et de loin, par suite des injures du temps ayant entraîné la fracturation et surtout la desquamation des plaquettes : ce sont les tracés qui ne sont plus identifiables. On peut certes postuler que la plupart des lignes courbes appartenaient très probablement à des figures réalistes, mais cela ne change pas grand-chose à leur destruction et à notre incapacité à les interpréter.

TECHNIQUES DE RELEVÉS

Les relevés actuels ont été effectués par divers membres de l'équipe, notamment V. Gaüzès, mais surtout par Mme C. Rozoy (et exceptionnellement par J.-G. Rozoy), à l'échelle 1. Nous avons utilisé la lecture directe et le décalque à travers des cellophanes souples parfaitement transparentes, et des éclairages rasants, avec report ultérieur sur calque, puis, bien entendu, comparaison constante avec l'original, avec mesure des intervalles entre les traits, etc. La loupe binoculaire (x 25 ou parfois x 50) a été largement utilisée pour préciser les continuités des traits dans les entrecroisements, pour déterminer (lorsque cela est possible) l'ordre de superposition des éléments, et aussi pour distinguer des pseudo-traits dûs à des structures internes du schiste (notamment des fossiles, en particulier Nereites et Oldhamia radiata), à des veines de quartz incluses, etc, Nous n'avons pas employé la technique des empreintes, parce que nous étions presque assurés de détériorer les plaquettes si nous l'avions utilisée : le schiste devillien n'aurait certainement pas résisté, et, même pour le Revinien, plus solide, nous avons préféré demeurer prudents. Quant à la photographie, elle ne permet pas de mettre en évidence la plupart des tracés, qui sont beaucoup trop fins, et en outre, le plus souvent, noyés dans les anfractuosités du matériau : il faut parfois utiliser autant d'incidences lumineuses qu'il y a de traits, sinon plus, Tous les relevés ont été discutés par au moins deux personnes (le plus souvent G. et J.-G. Rozoy, mais on a utilisé également les conseils donnés par divers collègues, en particulier lors du Colloque de Foix). Les relevés ont été revus après un délai permettant de s'abstraire des préjugés éventuellement formés lors de la première analyse. Bien qu'il soit humainement impossible de parvenir à une objectivité totale (Begouen, Briois, Clottes et Servelle, 1985, p. 71), nous avons fait tout notre possible pour réduire l'inévitable part de subjectivité.

Il sagit donc bien de relevés, et non de croquis de lecture, comme certains auteurs en publient parfois sans prévenir. Nous nous réservons toutefois d'améliorer encore cette technique, notamment pour le déchiffrage des palimpsestes, en utilisant un appareil d'optique en cours de conception, pour obtenir sur une plaque de verre une image à double grandeur, sans aucun risque d'altération des objets, et permettant de façon instantanée de multiples éclairages.

LISTE DES ÉLÉMENTS IDENTIFIÉS

Le tableau 1 énumère en résumé les représentations (naturalistes ou abstraites) actuellement identifiées. La poursuite du travail enrichira vraisemblablement cette liste, soit par de meilleures lectures (en particulier pour les palimpsestes), soit aussi par la réunion de fragments de la même plaquette, permettant une identification auparavant impossible. Toutefois, il n'y a pas à se bercer d'illusions : la grande majorité des 600 pièces portant des traces de gravure demeurera pratiquement inutilisable, et les éléments actuellement disponibles constituent certainement plus des trois-quarts (voire plus des neuf dixièmes) de ce qui sera, en définitive, exploitable. Encore cette estimation est-elle purement numérique, les éléments à retrouver paraissent devoir être qualitativement beaucoup moins importants (à l'exception, peut-être, de ceux à extraire des superpositions).

La liste est établie par sujets. Les numéros indiqués sont les numéros d'inventaire portés par les pièces-supports, et qui permettent de localiser celles-ci sur les plans. Plusieurs figures ou signes existant parfois sur la même plaquette, le numéro de celle-ci apparait alors pour chaque sujet. Les identifications zoologiques sont fournies sous toutes réserves, on se reportera à ce sujet à un article précédent montrant quelles sont les difficultés, voire les impossibilités, d'une telle détermination (Rozoy, 1985). On a aussi jugé utile d'indiquer sommairement l'état initial probable des figures. Toutes, presque sans exception (peut-être le félin 4967), sont brisées, très probablement par les Magdaléniens eux-mêmes, et volontairement. Mais on peut, la plupart du temps, estimer si le sujet avait initialement été représenté entier ou fragmentaire. Le lecteur se reportera pour les détails aux descriptions qui suivent.

La liste comprend actuellement 25 figures, dont une seule humaine (et réaliste, tout au moins pour ce qui nous en est parvenu). Les 5 tracés extraits de la plaque reconstituée 2297-1170-3004 sont seulement des ébauches, en somme des exercices. Compte tenu encore de l'animal douteux de la très petite plaquette 1510, il reste 19 représentations figuratives et plus ou moins déterminables. Il y a 4 chevaux, dont 3 ne sont présents que par les têtes (2 par suite de bris, l'autre d'origine) ; le quatrième (3241-3363) est petit, maladroit, et semble d'ailleurs incomplet. Puis 3 bisons (dont au moins 2 semblant avoir été entiers initialement), 3 cervidés (une tête et 2 entiers ou présumés tels), 3 carnivores (loup entier, têtes de lynx et d'ours), 2 animaux actuellement indéterminés (une tête isolée et peut-être un canidé), 3 pattes isolées et, enfin, la partie conservée réaliste de l'humain - lui aussi brisé - mais qui paraît avoir été entier initialement.

Les signes abstraits sont nombreux, encore la liste en est-elle certainement très incomplète, les premiers efforts ayant porté sur les figures intelligibles, L'examen soigneux des 600 plaquettes avec traces de gravures permettra d'en retrouver, peut-être autant qu'il en est connu actuellement. Il y a aussi le problème de leur identification, qui n'est pas toujours évidente. Nous connaissons pour l'instant 17 zigzags sur 8 plaquettes différentes, un double chevron assez proche d'un zigzag sur le palimpseste 1993, et 29 cercles, tous sur le même palimpseste 1269-3610 qui porte aussi deux des zigzags. On a noté encore dans la liste des groupes de traits parallèles et perpendiculaires qui ont paru trop organisés pour provenir de l'emploi en planche à découper, la suite de l'examen en trouvera certainement d'autres. En l'état actuel, on peut remarquer l'association fréquente des zigzags et des chevrons avec des têtes d'animaux ; les trois zigzags du petit fragment 1510 (où la figure animale est douteuse) sont autrement disposés, mais on ne sait ce qu'il y avait sur les parties manquantes ; il y a aussi celui de l'écaille 1388, mais les dimensions minimes de cet objet ne permettent évidemment pas d'exclure une association. Les cinq zigzags groupés du fragment 2404 sont nettement associés à des traits figuratifs, mais là encore on ne peut ni exclure ni affirmer qu'il s'agisse de tête(s). Les deux du palimpseste aux cercles attendent le déchiffrement de leur accompagnement, ceux du cerf sont derrière lui, les autres sont avec des têtes.

Les chevaux

Les chevaux, animaux les plus représentés dans l'art paléolithique, et tout particulièrement magdalénien (Leroi-Gourhan, 1965 ; 1984a), sont aussi les plus abondants à Roc-La-Tour 1. On en trouve deux évidents et deux autres plus discutables.

La tête de cheval 1372-740 (fig. 2), isolée par bris du support, a été découverte en deux fois, lors de deux campagnes de fouilles différentes, et à plus de 1m de distance. Les deux fragments n'ont en outre pas la même apparence (patine différente), et la perception de leur raccord n'est, de ce fait, intervenue que tardivement, après l'identification (par D. Billoin) de l'oeil sur le fragment 740, le premier trouvé, dont la confrontation au morceau 1372 s'imposait dès lors. Il s'agit de schiste revinien, plus mince qu'il ne l'est à l'ordinaire (moins d'un centimètre) ; la plaque 740 paraît avoir été chauffée, si bien qu'on l'avait tout d'abord classée avec le Devillien. La gravure est très fine ; on note en outre quelques traits parasites parallèles, que l'on devrait peut-être ajouter à la liste qui en est fournie dans le tableau 1. L'oeil et le naseau sont figurés, l'oreille aussi, mais son extrémité est emportée par une cassure. Le contour supérieur de la tête est formé par des tracés rectilignes multiples, tandis que la limite inférieure est représentée au moyen de nombreux petits traits obliques figurant le pelage, ce qui est réaliste pour cette partie. Des lignes analogues au-devant de la tête semblent représenter le souffle de l'animal, qui est bien perceptible par temps froid (moins de 10°, alors la règle générale). L'ensemble de cette tête est particulièrement allongé, au-delà de la réalité anatomique, et cela donne un aspect spécial qui peut évoquer la rapidité de la course (Cf. à ce sujet, Welté et Lambert 1986).

Le petit cheval 2027 (fig. 3), lui aussi une tête isolée par bris, également sur schiste revinien mince, est d'un tracé simple et vigoureux. Sept ou huit traits dessinent parfaitement l'encolure, la ganache, le naseau, le front et l'oreille. L'oeil n'est pas représenté. Il y a bien là de très légères traces appartenant à la structure du matériau, mais il est douteux qu'elles aient pu être prises en compte par l'artiste, d'autant plus qu'elles se prolongent au-dessus du front. Le profil, souligné actuellement par le sédiment jaune incrusté dans les incisions, comme il l'était lors de la création par la poudre de schiste détachée par le silex, est immédiatement reconnaissable, quoique d'un caractère bien différent du précédent.

Le mufle 3817 A (fig. 4) apparaît sur un fragment de plaque de schiste devillien vert uni, assez tourmenté par suite de cassures anciennes : il y a plusieurs plans successifs (au moins 8, en ne comptant que les principaux). Des traits gravés existent sur les plans 3 à 7 (d'avant en arrière), ce qui montre que la plupart des cassures sont antérieures à l'activité artistique, sinon à l'apport dans le site (les plans 1 et 2 seuls portent des traces d'érosion naturelle). Le mufle en question figure sur le plan 6. Comme des traits gravés se continuent, immédiatement au-dessous, sur les plans 3 à 7, il est à peu près certain que le mufle n'a jamais été plus complet que ce que nous en percevons. La bouche est apparente, l'oeil est figuré, ainsi qu'un de ces traits que l'on a jadis désignés comme éléments de harnachement, mais qui, en fait, représentent des détails du pelage ; ce trait, qui se prolonge en avant du museau, pourrait aussi être considéré comme un de ces nombreux traits parasites que l'on connaît bien, sans toutefois en saisir la signification. La détermination de l'espèce demeure douteuse.

Le petit animal A (fig. 5) au centre de la très grosse plaque 3241-3363, qui pèse 8,8 kg et n'était donc pas maniable, est difficile à lire sur du schiste devillien vert uni (avec quelques dépôts géologiques brunâtres en surface), toutefois moins fragile que le précédent ; mais si la couleur est unie, la surface ne l'est pas du tout, elle est entièrement parsemée de petites crêtes marquant les lignes où la surface recoupe les plans de clivage du schiste. La lecture en est rendue plus délicate encore par la cassure de la plaque (pourtant épaisse de plus de 5 cm) et surtout par des traits parasites tout-à-fait localisés sur l'animal, ce qui rend probable leur caractère intentionnel (ils sont cependant limités à la région moyenne du corps). La partie postérieure de ce corps est effacée par l'érosion, ainsi que l'avant du mufle. Le profil de la tête est bien marqué, et même redoublé, avec une ganache qui tend à faire conclure qu'il s'agit d'un cheval, et une oreille confirmant ce point de vue. Deux traits parallèles sous cette tête semblent représenter une patte allongée horizontalement, l'animal aurait donc été figuré en plein mouvement de course. Mais l'identification demeure très discutée.

Les bovines

Les bovinés, seconds animaux en abondance dans l'art pariétal paléolithique, figurent aussi en bonne place à Roc-La-Tour I, avec un bison certain et deux autres probables. Les nombres sont évidemment beaucoup trop faibles pour des conclusions affirmatives, mais tout au moins n'y a-t-il pas de contradiction avec les répartitions d'ensemble connues.

Le bison 3777-7018-3907 (fig. 6), gravé sur du schiste revinien d'excellente qualité, est anormalement écaillé en surface, et le fragment 3907 paraît avoir été chauffé, comme celui (740) du cheval décrit ci-dessus.
Nous avons trouvé de cette plaque trois gros fragments comportant trois côtés d'origine avec l'usure et les dépôts géologiques caractéristiques, seul le côté droit est une cassure géologiquement récente, postérieure à la gravure qu'elle interrompt, et très probablement volontairement provoquée par les Magdaléniens, car la plaque, épaisse de 15 mm, est très solide et aurait dû résister aux actions naturelles. Les morceaux ont été trouvés dans les carrés H 49 Sud, et H 47 Est, c'est-à-dire avec une distance de 1, 70 m entre les deux plus gros. La gravure, comme il est courant, avait été conçue de façon à occuper l'ensemble de la surface disponible, tout au moins pour ce que nous pouvons en percevoir avec les trois côtés conservés (et l'on peut alors présumer qu'il nous manque assez peu de surface entre les parties retrouvées et le quatrième côté).

L'arrière-train est fort bien dessiné, d'un trait ferme (avec toutefois une reprise au point d'inflexion), les deux membres postérieurs sont tout aussi nets, la cuisse de l'un étant vue par transparence ; le sabot le plus en avant est précisé, l'autre n'est qu'esquissé. La queue (dont la base frôle le bord de la plaque) est figurée par cinq traits, autour desquels une multitude de petits tracés rectilignes, beaucoup plus fins, sont présents, certains empiétant sur le corps de l'animal, et d'autres paraissant former des chevrons. On voit le début de la ligne ventrale, interrompue par l'écaillement. De petits groupes de traits fins existent sur le corps, on peut penser qu'ils figurent le pelage, mais il semble plutôt que ce soient encore des traits parasites. De la ligne dorsale est conservée une plus grande longueur, qui permet la perception de la bosse caractéristique du bison, pour une fois figurée sans l'exagération habituelle ; elle est surlignée par un petit quadrillé oblique en dehors du contour, pour représenter le pelage de cette protubérance. D'autres traits beaucoup plus fins et plus longs prolongent cet ensemble vers le haut.

Enfin, sur le fragment 3907 récemment identifié, on voit les deux extrémités des pattes avant du quadrupède, dessinées par deux ensembles de traits verticaux. Malgré le mauvais état de cette partie, on voit la base horizontale d'un sabot et on devine (difficilement) la trace de l'autre dans des écaillements peu profonds.

Par son caractère absolument statique, ce bison contraste avec plusieurs autres figures très dynamiques du même gisement. Toutefois, la zone de la tête et de l'encolure est absente, détruite par écaillement, et il semble peu probable qu'on puisse la retrouver parmi les plaquettes restant à identifier, puisque tout le Revinien a été rangé séparément et examiné très à fond, en raison de sa rareté et de son excellente qualité. Ces parties soit ont été réduites en poudre, soit plus probablement ont abouti hors de la zone fouillée, par exemple dans les témoins dus aux arbres et aux rochers, ou surtout dans ce qui a été emporté par la solifluxion et l'érosion, et qui représente peut-être autant ou plus que la surface fouillée.

Le second bison potentiel, qui n'est pas trop certain (fig. 5), figure sur cette même grosse plaque 3241-3363 où se trouve un cheval déjà décrit ci-dessus- Ce "couple cheval-bison" aurait bien plu au regretté A. Leroi-Gourhan ; mais, en fait, s'agissant des deux animaux les plus courants, leur rapprochement ne dérive peut-être que du hasard. Le tracé est passablement effacé et difficile à lire et il y a aussi, bien entendu, des traits parasites qui ne facilitent rien. On distingue une croupe et une ligne de dos, celle-ci semble assez fortement ascendante, ce qui décèle l'espèce, car seul le bison présente une telle forme avec ce type de croupe (le profil du mammouth est tout autre, notamment les pattes). La ligne de ventre est perceptible également, ainsi que la queue et une patte arrière en mouvement, mais toute la partie antérieure est écaillée, ce qui n'est peut-être pas un hasard. On y perçoit une ligne courbe, qui pourrait appartenir à une corne, d'autres traits en avant, qui pourraient figurer une patte, en mouvement comme le membre postérieur, mais aussi des traits parasites qui brouillent le peu que l'on peut (très difficilement) percevoir à la périphérie de cette zone abîmée.

Le troisième bison probable est sur la petite plaquette cassée 3783, en schiste devillien vert moucheté fragile (fig. 7). On en voit surtout la tête : l'oeil est très précisément dessiné, le museau est figuré sur un plan différent de celui qui porte l'oeil et le front (plan inférieur), le naseau droit est figuré. Au-dessus de cette tête, tout au bord de la cassure de la pièce, on voit les extrémités inférieures de quatre traits faisant partie de la représentation de la crinière, ce qui permet d'affirmer l'espèce. Au-dessous de la tête, on voit le poitrail et l'amorce de la patte avant. Trois autres traits rectilignes se recoupent sur le corps, il n'est pas évident qu'ils fassent, ou non, partie de l'animal : représentation du pelage ou traits parasites ?

Les Cervidés

Moins nombreux que les bovinés dans l'art pariétal, les cervidés (Cerf, Biche et Renne) les dépassent en nombre dans !'art mobilier, du moins en Aquitaine (Novel, 1986), du fait de la beaucoup plus grande abondance du Renne sur les objets décorés que sur les parois. Ils figurent aussi en bonne place à Roc-La-Tour 1 avec trois représentations, toutes trois incomplètes, dont deux par bris certains (mais l'une était nécessairement partielle au départ), la troisième peut-être aussi par suite d'une fragmentation qui a toutes chances d'avoir été volontaire.

Le cervidé 1993 (fig. 9), qui fait partie d'un palimpseste, est, toujours par cassure, réduit à son seul train arrière. La cassure à gauche, qui paraît patinée et roulée, est en réalité postérieure à la gravure, car elle en interrompt certains traits. L'animal peut donc avoir été représenté entier. C'est une figure dynamique, les pattes sont en position de marche. Elle est faite sur une plaque de schiste revinien d'excellente qualité, qui porte à sa partie supérieure (donc dans le milieu de la plaque d'origine) des traces de lissage, comme celle du loup que l'on verra plus loin. Le trait est ferme, assez profondément incisé (plus qu'à l'ordinaire à Roc-La-Tour 1), ayant même, derrière le jarret postérieur, dont le tracé a été repris, provoqué le détachement d'une écaille, ce qui est rare sur ce matériau. Le trait antérieur de ce jarret s'arrête avant la rencontre de celui de la cuisse opposée, contrairement au cas du boviné 3777 où l'une des cuisses était vue par transparence ; toutefois, le trait postérieur de ce même jarret postérieur se poursuit au-delà du trait de la fesse, du moins il le semble, car il n'est pas toujours facile de déceler quel trait appartient à quel animal. Les parties inférieures des pattes sont figurées de façon très réaliste, sauf les sabots. Le bord naturel de la plaque tient lieu de ligne de terre (il y a érosion au niveau de la patte postérieure, mais on perçoit que les traits allaient, là aussi, jusqu'au bord).

On distingue le début de la ligne du ventre, qui est figurée deux fois, l'une rectiligne et presque horizontale (trait assez fin et redoublé, ou, plus exactement, fait par une pointe bifide), l'autre remontant nettement, ce qui est plus conforme à l'anatomie (et l'artiste a alors repris la naissance de la cuisse avec la pointe bifide). Cette pointe bifide a servi aussi à amorcer le museau de la tête d'ours qui s'appuie sur le trait antérieur de la patte de notre cerf ; ces deux figures ont donc été faites, au moins en partie, au moyen du même outil, et probablement par le même dessinateur et au même moment. Cette pointe a aussi été utilisée pour un trait parallèle à la patte postérieure de l'herbivore, en avant de celle-ci, trait qui appartient probablement à une troisième figure. Sous la ligne de ventre, on voit le sexe du cervidé, qui se superpose à la lèvre inférieure de l'ours, celui-ci est nettement séparé de l'herbivore.

Sur ce palimpseste, qui avait servi d'outil avant la gravure (traces de martelage et poli d'usure en bas, à droite), outre la tête d'ours (décrite plus loin), il y a aussi, en superposition à la patte postérieure du cervidé, une patte plus grosse terminée par un sabot bien détouré (fig. 9) ; derrière l'ours, un autre sabot, un signe en double chevron, et en haut de la plaquette, près de la cassure, des traits appartenant à d'autres figures mutilées rendant l'interprétation délicate. (Le relevé actuel, quoique assez fidèle, est incomplet, cette plaquette nécessitera une étude plus approfondie ultérieurement ; toutefois, il a paru intéressant de publier déjà ce relevé dans le cadre d'un premier recensement des sujets identifiés à Roc-La-Tour 1). Il faut signaler encore des raclages, en particulier sur le train arrière du cervidé, qu'ils atténuent un tant soit peu, et deux zigzags.

Au revers de cette plaque (fig. 10), il y a des traits rectilignes entrecroisés qui peuvent provenir d'un usage en planche à découper, une série de traits rectilignes parallèles (au moins trois paires de traits), une autre série de trois traits parallèles dans un autre sens (près de la cassure, il peut donc y avoir eu deux paires) et une ligne sinueuse qui pourrait être un tracé cervicodorsal (fig. 10). Certains traits, notamment parmi les parallèles, sont faits avec une pointe bifide, probablement la même que sur l'autre face.

La tête de cervidé 4925, sur une plaquette de schiste devillien vert uni dont une partie de la surface est assez inégale, est plutôt fruste (fig. 14). Les traits sont fins, souvent très superficiels, l'artiste s'est contenté du contour, qui est un peu gauche ; la partie antérieure du cou est figurée par quatre lignes subparallèles, les autres contours sont simples ; le départ de la ligne du dos a été omis. Le museau est tombé sur une zone biaise (et tourmentée) de la plaquette, ce qui a amené à tracer trois petits traits en avant du naseau, qui est bien figuré. L'oeil et l'oreille sont représentés très sobrement. Les bois sont dessinés chacun par deux traits, devant leur naissance la ligne du front se prolonge par un trait ondulé qui représente les andouillers. À cette tête sont associés deux zigzags : l'un derrière le bois gauche (on pourrait le prendre pour une représentation des cors), l'autre en avant du front (ce qui permet d'éviter cette erreur). Ces deux zigzags recoupent les andouillers sans se confondre avec eux. Il ne paraît pas possible de se prononcer sur l'espèce de cervidé représentée.

L'animal 7233 (fig. 13), est dessiné sur une très grosse plaque de schiste devillien vert uni, avec un dépôt brunâtre à la surface supérieure (la seule gravée). Les traits, qui ont enlevé cet enduit, apparaissent en clair sur le fond plus sombre. Cette plaque est en outre de relief très tourmenté : il n'y avait qu'une plage à peu près lisse (au centre), qui a été choisie pour la gravure. L'objet est peu maniable, il pèse 4 600 g en l'état actuel, avant son bris, il devait faire quelque 5 à 6 kg. Comme il est très épais (et plus en son milieu qu'à la périphérie), il n'a pu être qu'écorné, il manque tout l'angle inférieur gauche, ce qui ne prête pas à conséquence à notre point de vue. Mais, beaucoup plus grave, les violences subies l'ont aussi écaillé, une plaquette de près de 1 cm d'épaisseur est partie près du centre, elle portait la tête de l'animal. Il est très probable qu'il s'agit d'une action intentionnelle des Magdaléniens, car ce genre de plaque très solide aurait normalement dû résister aux actions naturelles.

Il nous reste presque toute la bête, qui était certainement représentée entière. C'est un dessin par contour, au trait simple, se composant des quatre pattes grêles, de la ligne du ventre et de la partie conservée de la ligne de dos. Trois des sabots sont figurés, en position de marche, celui de la patte antérieure aurait dû prendre place dans une zone très tourmentée impossible à graver. Autour des deux pattes postérieures se trouve un ensemble de traits qui pourrait représenter non pas un moyen de contention (le trop fameux chevêtre), mais plus probablement un engin de chasse permettant d'attraper le gibier (lasso, bolas ou analogue). Mais, si l'on retient cette interprétation, il faut penser que le chasseur a d'abord dessiné le piège, et ensuite le gibier venu s'y prendre, car les traits figurant les cordes sont antérieurs à ceux des pattes. En l'absence de la tête, il ne paraît pas possible de déterminer l'espèce, mais il doit s'agir d'un cervidé.

Les Carnivores

Le loup 4153 (fig. 15) figurait sur une grande plaque de schiste revinien qui avait été lissée auparavant (sans que l'on puisse affirmer un lien entre ce lissage et la gravure). La pièce, robuste (environ 40 x 40 cm, épaisse de près de 2 cm), a été brisée et les fragments dispersés : nous en avons trouvé trois (se raccordant) dans les carrés I 52 Est, H 53 Ouest et I 53 Sud, les autres morceaux ont dû être jetés au loin, en tous cas au moins à 3 m car il nous a été impossible de les retrouver. Les deux parties non gravées étaient verticales, de part et d'autre de la base du tronc d'un chêne, à 1 m environ de la pièce gravée : si l'on avait fouillé deux cents ans plus tard, on aurait peut-être formé des conjectures sans objet à propos de leur position dressée autour d'un espace vide...

Du loup ne subsiste que la moitié antérieure, qui est fort belle. Cette amputation, très probablement volontaire, a pu amener certains collègues à douter de l'identification : on a même parlé de cervidé (donc biche, vu l'absence de bois). Mais les comparaisons avec divers dessins de loups du XlXe siècle, comme avec des photographies de cet animal, sont tout-à-fait persuasives. L'animal est figuré marchant, la patte droite levée. Ces pattes sont d'ailleurs très schématiques, plus minces encore qu'au naturel ; mais il ne s'agit pas ici des bestiaux disproportionnés du Style III de Leroi-Gourhan (1965), plutôt d'une stylisation, encore très peu poussée. Le poil du poitrail hérissé, la crinière levée, la gueule entr'ouverte, les oreilles pointées en arrière, tous ces détails concourrent à donner du prédateur une image redoutable.

Devant la tête se trouve un zigzag, analogue à de nombreux autres déjà constatés à Roc-La-Tour 1 ; c'est certainement un signe abstrait, ici plusieurs fois associé à des têtes animales. Outre les traits (horizontaux et bien parallèles) du lissage, qui sont antérieurs à la gravure, on remarque d'autres lignes qui ne leur sont pas exactement parallèles, qui sont nettement plus accentuées, et qui sont groupées par deux, comme déjà constaté sur d'autres plaquettes. Deux de ces paires de lignes traversent la crinière, et l'on peut y voir qu'elles sont postérieures à celle-ci ; il y en a une troisième paire audessus. Une autre paire de traits rectilignes est sur l'autre fragment « non gravé », en biais, à 15 cm devant le loup, accompagnée d'un trait unique. Enfin, ily a d'autres traits « parasites », qui dans ces conditions seràent peut-être mieux qualifiés de " commensaux ". L'un d'entre eux, notamment, se projette en partie sur la patte avant, qu'il semble prolonger démesurément sur le fragment gauche « non gravé ». Deux autres forment sur le corps de la bête comme un grand chevron ; près de la partie supérieure de celui-ci, à la limite de la cassure, se trouvent deux autres traits, l'un doublant la partie supérieure du chevron, l'autre à angle très aigu avec lui. On ignore, bien entendu, si ces tràts ont une signification, et plus encore laquelle.

L'ours 1993 n'est représenté (volontairement, puisque derrière lui est un bord géologique ancien) que par sa tête, qui s'appuie sur la ligne antérieure des pattes du cervidé (fig. 9). Cette ligne était nettement marquée, mais surtout de nombreux éléments des deux figures ont été exécutés avec la même pointe bifide, ce qui montre que les diverses représentations (cervidé, tête d'ours, patte isolée) ont été faites en même temps. Ce n'est donc pas vraiment (tout au moins en ce qui concerne ces trois éléments) un palimpseste, mais plutôt un ensemble complexe de dessins. L'ours est figuré la gueule ouverte, c'est encore une figure dynamique ; deux traits parallèles lui barrent le museau, si c'était un cheval, d'aucuns en tireraient argument pour remettre à l'honneur la vieille idée du harnachement ! Mais, comme c'est un ours, on ne peut tout de même pas parler de muselière... Un accident de la roche (qui semble avoir déjà existé à l'époque de la gravure) tient lieu d'oeil, l'oreille est dessinée par deux traits qui complètent un autre accident naturel, D'autres traits, très fins et antérieurs à tout l'ensemble, compliquent la perception dans cette zone (non relevés actuellement).

Le félin 4967 figure sur une plaquette de schiste devillien assez ardoisier, bleu-vert, uni, et très fragile (fig. 16). Les cassures de ce matériau s'arrondissent très vite, et il n'est pas possible d'affirmer (ni de nier) que la fracture de gauche de cette pièce est ancienne.
Les traits, toutefois, ne sont pas interrompus par le bord en question, mais s'arrêtent avant : il semble donc que la tête ait toujours été seule représentée. Le mufle et la gueule sont parfaitement dessinés, ainsi que trois poils de la moustache (que l'on avait tout d'abord prise pour une dent tout-à-fait exagérée). La ligne du cou n'est pas présente, et semble ne l'avoir jamais été. Pour la représentation de l'oeil, un relief naturel du schiste a été utilisé, mais en le détourant, ce qui nous assure de l'intention. Le front bombé est bien marqué, avec une oreille très développée en hauteur. Ce détail avait tout d'abord surpris, mais l'auteur a depuis trouvé une photographie d'un lynx prise sous un angle tel (de trois quarts) que l'oreille apparaît exactement sous cette forme. Compte tenu encore des poils qui dépassent de cette oreille, il semble que l'on puisse avancer l'hypothèse d'une représentation de cet animal. Devant l'oreille, il y a plusieurs taches et dépôts d'ocre rouge, qui en mélange à la poudre de schiste bleu-vert fournit des enduits violacés.

Animaux indéterminés

Plusieurs animaux déjà présentés ne peuvent être sûrement déterminés au niveau de l'espèce ou même du genre ; ainsi les chevaux (?) 3241-3363 et 3817, les cervidés 1993, 4925 et 7233. S'y ajoutent les 5 ébauches du palimpseste 2297-1170 (qui seront publiées ultérieurement) et encore une figure, n° 1510 (fig. 8), dont les caractères techniques sont nettement différents de ceux relevés sur toutes les autres dans le gisement, et dont on se demande toujours si elle n'est pas un jeu de la Nature. En effet, les traits qui sont à gauche sur le relevé sont beaucoup plus larges qu'à l'ordinaire (700p, et jusqu'à 1mm, contre 100 à 200p habituellement), et la série de lignes faiblement courbes au milieu et en bas évoque la forme d'un fossile qui serait inclus dans le schiste. Toutefois, l'examen à la loupe binoculaire (x 25) montre que tous ces traits recoupent bien (sur leurs deux flancs) les couches successives de la roche, et en les ayant arrachées latéralement, ce qui est un indice fondamental pour juger de leur nature d'origine humaine. Cet examen montre aussi que presque tous les traits sont garnis, et même généralement remplis, d'ocre rouge (dont le mélange avec la poudre de schiste bleue donne une résultante violine). Ceci prouve seulement que la pièce a séjourné dans un milieu très ocré, peut-être dans une poche ou un sac.

Cette plaquette 1510, en schiste devillien bleuvert uni, est visiblement un fragment d'une pièce plus importante, tous les bords sont des cassures non érodées, donc produites après les actions naturelles qui mettent nos plaquettes en forme, c'est-à-dire après le ramassage par les Magdaléniens, ce qui ne veut pas nécessairement dire après la gravure : celle-ci a fort bien pu être faite sur ce fragment tel qu'il se présente actuellement. Le schiste en question est très particulier, la surface n'en est pas seulement lisse, mais très brillante et comme argentée. Il y a très peu de pièces de cette qualité à Roc-La-Tour I, et il n'a pas été possible de trouver un quelconque raccord avec les autres fragments de la même nature. Les traits (si tant est que ce soit bien une figure) paraissent représenter un animal allant à gauche, avec une tête démesurée et une forte patte avant. Ce qui paraît être la ligne de ventre se continue avec la première d'une série de treize lignes courbes, qui pourraient figurer un pelage long, mais sans rapport avec les parties antérieures du présumé animal. La ligne de dos est très difficilement perceptible, elle n'a été vue qu'à la loupe binoculaire et, du fait de sa proximité avec le bord de la plaquette, elle n'est lisible que sur un de ses flancs, l'autre se continuant avec la surface érodée en cette zone ; elle n'est, en outre, pas garnie d'ocre comme le sont les autres traits.
La partie droite de la pièce est toute différente de la partie gauche : les traits y sont beaucoup plus conformes à ce que nous avons l'habitude de rencontrer, ils sont emplis d'ocre aussi, et ils forment essentiellement trois zigzags (un au centre et deux entremêlés à droite) auxquels se joignent d'autres traits que l'on ne parvient pas à interpréter, et qui paraissent n'avoir aucun rapport avec la partie gauche, Enfin, deux traits rectilignes et parallèles traversent la plaquette en plein milieu, comme on en a déjà observé sur d'autres figures, Cette plaquette très bizarre a été reproduite par principe, mais l'auteur n'entend pas se prononcer actuellement à son sujet, tout au moins en ce qui concerne l'animal, car les zigzags et les deux traits parallèles sont conformes à ceux des autres plaquettes tout à la fois par la technique et par le style, et ne peuvent donc être mis en doute.

Le profil 4101 (fig, 11 ), sur du schiste devillien particulièrement fragile, vert moucheté (c'est-à-dire contenant de petits cristaux de pyrite de fer), est une autre figure non sûrement déterminable. Il paraît à peu près entier, ou plus exactement n'avoir pas, initialement, comporté d'autres parties de l'animal que ce que nous pouvons encore percevoir. En effet, le trait inférieur de l'encolure s'arrête bien avant la cassure qui limite le fragment, dans une zone ne paraissant pas exfoliée, Il est toutefois difficile, sur un tel matériau, d'être très affirmatif, en particulier la place qui serait normalement celle de la patte avant est tout-à-fait au bord de la cassure, sinon au-delà. Le profil est des plus sommaires, on ne distingue ni naseau, ni oeil, mais il y a un tracé longitudinal. La place de l'oreille est érodée, mais l'examen aux grossissements 25 et 50 montre que cet endroit est enduit d'ocre rouge, comme d'ailleurs tout l'ensemble de l'objet. On y perçoit en outre de très faibles traces de traits : il faut donc conclure que l'écaillement a été produit à l'époque magdalénienne. Quel que soit le tracé retenu pour cette partie, le profil est toujours celui d'un canidé (donc loup ou renard, le chien n'est pas en cause à cette époque), ce qui porterait à 4 l'effectif des carnivores reconnus à Roc-LaTour 1, fait remarquable vu la rareté de ces prédateurs dans l'art quaternaire. On pourrait aussi discuter un phoque, ce qui n'est pas plus courant.

Les têtes et les pattes isolées

Sur la plaquette 3817, où nous avons déjà vu un mufle (de cheval ?), une autre tête isolée figure : du même côté que le mufle, mais en sens inverse, se trouve un autre mufle qui s'étend sur les plans 3 à 7 (fig. 4A). Le trait est ferme, franchissant sans complexe les marches qui séparent les plans, en bas, il rejoint le petit mufle décrit précédemment, mais l'évite (de très peu), ce qui suppose que les deux dessins ont été faits en même temps, car, une fois dispersée la poudre blanche provenant du tracé, les traits ne sont généralement plus assez visibles pour qu'on en tienne compte, et surtout ici où ils sont particulièrement fins. L'oeil est dessiné, en forme de triangle convexe. On ne voit pas d'autre élément anatomique, à vrai dire la structure de la plaquette ne se prêtait pas à leur représentation. Nous avons vu déjà deux autres têtes isolées, celles du félin 4967 et de l'ours 1993. Il y a aussi trois pattes isolées, deux sur la plaquette 1993 (une sur le cervidé et une sur l'ours ; fig, 9), l'autre sur le palimpseste 1269-3610 avec les cercles (non figuré)

L'anthropomorphe

La dernière figure à décrire (en attendant que la suite de l'étude en découvre peut-être d'autres dans les palimpsestes) n'est pas la moindre, puisqu'il s'agit de notre propre espèce, et que pour une fois elle est (pour ce que nous en avons) représentée de façon réaliste.
La plaquette 3605 est en schiste devillien vert uni, elle est cassée, bien entendu, et l'on n'a trouvé que la moitié du dessin (fig. 12). Les traits sont fins (100 à 200p de large) et leur lecture n'a pas été des plus faciles, mais elle est sûre (et vérifiée à la loupe binoculaire, x 25). Les deux jambes du personnage sont figurées de façon très vivante, bien que le mollet droit soit un peu maigre. La cuisse gauche n'est marquée que dans sa partie visible, il n'y a pas ce dessin par transparence que l'on a relevé sur le bison 3777. Les pieds sont, semble-t-il, munis de mocassins, en tous cas le détail n'en est pas figuré, Le sexe n'est pas apparent, et il est difficile de dire si on devrait le voir dans la partie conservée. À nouveau, il s'agit d'une représentation dynamique. Derrière le personnage sont des traits croisés, sensiblement verticaux, qui peuvent représenter une charge portée par le sujet, on peut même se demander s'il ne s'agit pas d'un faisceau de javelines. Une autre ligne, celle-ci horizontale, traverse presque toute la scène, elle est soulignée à gauche de hachures obliques.

On sait que les anthropomorphes, s'ils ne sont pas vraiment rares dans l'art quaternaire, sont généralement très caricaturaux, ce qui ne paraît pas être le cas ici - il est vrai que nous n'avons pas la tête, mais d'habitude les corps ne sont guère réalistes non plus, voir par exemple la plaquette d'Enlène 55.33.247, qui pourtant comporte des éléments de réalisme très cru, la célèbre plaquette au bison (et à l'accouplement) 55.33.1.434, ou encore la plaquette 55,33.257 (Begouen, Briois, Clottes et Servelle, 1985), ou, plus près de l'Ardenne, les 400 figures féminines de Gönnersdorf (Bosinski, 1974-1983), qui n'ont pas de pieds du tout. Notre sujet serait plutôt à rapprocher (bien que la tête manque) du splendide portrait de vieillard de la Marche (Airvaux et Pradel, 1984).

Les signés abstraits

L'étude approfondie des signes abstraits de Roc-La-Tour I, et plus généralement du groupe Pincevent-Ardenne, n'est pas l'objectif du présent article, ne serait-ce que parce que leur dépistage et leur dénombrement ne sont pas terminés, On a montré déjà au passage quelques zipzags, notamment près de la tête du loup (fig. 15), près de celle d'un cervidé (fig. 14) et derrière l'animal (?) grossier 1510 (fig. 8). Il faut signaler en outre le double chevron près de la tête de l'ours (fig. 9), et les 29 cercles figurant sur le palimpseste 1269-3610, qui sera publié ultérieurement. Mais les traits rectilignes qui sont fréquents sur nos plaquettes ne proviennent pas nécessairement d'usage en planche à découper. On ne peut toutefois leur attribuer une valeur symbolique que si l'on met en évidence une organisation définie. Les tràts pour lesquels une telle organisation n'a pu nous apparâtre peuvent avoir eu une valeur idéologique, ou non, la preuve en manque et on ne peut donc tien asrnner à leur sujet.

La face de la plaquette 3817 opposée à celle portant les deux mufles animaux décrits ci-dessus se caractérise par une succession de petites crêtes naturelles (espacées de quelques millimètres) correspondant à un plan de clivage du schiste qui recoupe les couches constitutives. Sur cette surface, qui paraissait ne pas se prêter à la gravure, on distingue cependant plusieurs motifs. Tout d'abord, une série de 12 traits parallèles (sub-parallèles) paraissant groupés par deux. Puis une autre série de traits, parallèles aussi, mais beaucoup plus serrés, et surtout beaucoup plus appuyés. Ce second groupe est localisé à la partie basse de la plaquette (à gauche sur la fig. 48), où la surface est lisse, il déborde très peu sur la partie ridée.

Il recoupe les extrémités des traits précédents à environ 65°. Il rappelle d'autres séries analogues observées sur diverses plaquettes de Roc-La-Tour 1. Le groupement par deux y est moins explicite, mais semble néanmoins présent. À droite de cette série, et dans sa continuation mais sur la partie ridée, sont deux lignes courbes parallèles moins profondément et moins largement incisées, Ces deux ensembles de traits rectilignes, qui paraissent indépendants, et qui ont tous deux des analogues multiples dans le même site, sont probablement des signes abstraits plutôt que des traces d'usage en planche à découper. En effet, celles-ci, d'après l'examen de la pièce en bois utilisée actuellement dans la cuisine de l'auteur, se caractérisent par le non-parallélisme des traits qui se recoupent en tous sens. Une expérimentation est en cours sur des plaques de schiste non archéologiques (et avec des couteaux en silex).

La nature idéologique des traits parallèles paraît confirmée par le fait que ceux-ci respectent la partie de la plaquette où figurent des traits courbes particulièrement difficiles à lire sur cette surface ridée, et que jusqu'ici l'on n'a pu interpréter. En définitive, leur nature n'est sans doute pas figurative, cela ne paraît pas être, comme on l'avait cru tout d'abord, une tête animale. Il y a un trait presque rectiligne qui suit le bord (peu marqué) de la plaquette, et un autre à peu près semi-circulaire, qui ne le rejoint pas tout-à-fait à ses deux extrémités. D'autres traits interviennent dans la surface ainsi délimitée, dont certains ont une morphologie comparable. Une écaille d'une des crêtes, très probablement naturelle, mais qui rentre plus que les autres, donne l'illusion d'un oeil, mais sans aucun aménagement perceptible. Un trait vertical barre la partie droite des deux ensembles et se raccorde en bas au plus grand par une courbe. Tous ces tracés ne figurent sans doute pas des mufles de quadrupèdes (on pourrait penser pour le plus petit à un poisson ou à un batracien, voire à une tête de serpent) et il est très douteux que ce soient des représentations. On ne perçoit aucune continuation d'un côté ni de l'autre et l'ensemble est donc complet, il s'agit peut-être d'un ou de plusieurs signes, mais on ne leur connaît actuellement pas de parallèles qui puissent les authentifier en tant que tels.

L'ART DANS LE GROUPE PINCEVENT-ARDENNE

Globalement, on retrouve les proportions connues dans l'ensemble de l'art paléolithique ; 8 chevaux, 4 bisons, 2 aurochs et 1 bovidé indéterminé, 5 cervidés (dont au moins 2 rennes), 2 capridés (dont au moins 1 bouquetin), 3 carnivores (tous trois à Roc-La-Tour, et il y en a peut-être un quatrième), 13 quadrupèdes indéterminés, 4 poissons (sur le même support), 1 insecte, 1 anthropomorphe.

Mais, surtout, on voit tout de suite la disproportion flagrante entre les deux parties de la région : l'Ardenne fournit la quasi-totalité de l'art et des signes : 40 figures réalistes, dont 15 en Belgique et 25 à Roc-La-Tour, et 53 signes (21 zigzags, 3 chevrons et les 29 cercles qui sont sur un seul support), dont 6 en Belgique (4 zigzags et 2 fois des chevrons), plus encore les traits parallèles sur 23 supports osseux, plusieurs plaquettes en calcaire, grès ou schiste et 14 dents en Belgique, et les traits parallèles et perpendiculaires relevés (très incomplètement pour l'instant) à Roc-La-Tour.

Pour le Bassin parisien, on ne trouve que les deux ou trois figures de Cépoy-la-Pierre-aux-Fées (Allain, 1974 ; 1978 ; site attribué au Hambourgien par d'aucuns !), que tête de cheval de Pincevent, et quelques signes sur des bâtons percés, aussi de Pincevent. Même en ajoutant les deux têtes du bois de renne de Saint-Mihiel (dont on ignore l'appartenance exacte à ce groupe ou au voisin), on est très loin des effectifs trouvés en Ardenne. On ne peut non plus faire trop état des 17 figures pariétales de Gouy, près de Rouen (Martin, 1972 ; 1984), non seulement parce que l'appartenance au groupe humain en cause est tout-à fait incertaine, mais surtout parce qu'il s'agit d'art sur parois. Or les grottes de la région ardennaise comprennent bon nombre de parties parfaitement susceptibles de conserver des gravures ou des peintures, et l'absence de celles-ci doit y être tenue pour un choix culturel en faveur des représentations sur plaquettes. La même difficulté de comparaison s'impose pour la grotte du Cheval, à Arcy-sur-Cure (Leroi-Gourhan, 1984). Notons qu'on ne signale pas d'art mobilier dans les trois grottes d'Arcy ayant fourni du Magdalénien.

De toutes façons, la disproportion des oeuvres d'art mobilier demeure, elle est d'autant plus frappante que les gisements du Bassin parisien sont nettement plus fournis en traces d'occupation que ceux de l'Ardenne : plus de 15 000 outils retouchés au Beauregard (Daniel, 1953 ; Cheynier, 1956 ; Schmider, 1971), en 5 ou 6 centres plus ou moins distincts (et il y a là des plaquettes d'exfoliation des grès, disponibles sur place) ; quelque 1 000 ou 2 000 outils (au moins) dans les multiples occupations d'Etiolles, où les croûtes des silex pouvaient se prêter à la gravure (Taborin, 1979 ; par exemple 351 outils pour le premier pointage provisoire de l'habitat U5, et il y a plus de vingt habitats) ; à peu près autant pour Pincevent : 1 100 outils dans la section 36 (Leroi-Gourhan 1972), 332 dans l'habitation 1 (Leroi-Gourhan, 1966), et il y a bien d'autres parties restant à publier ; là l'os est bien conservé ; 283 outils à Marsangy (inventaire partiel, Schmider, 1979) ; plusieurs centaines à Verberie (Audouze, 1981), etc. Pour l'Ardenne, Chaleux l'emporte avec 2 900 outils (Sonneville-Bordes, 1961), puis Roc-La-Tour en montre plus de 1 600, le Frontal : 87, les autres sites sont plus pauvres encore, ou les fouilles y sont trop anciennes, mais aucun n'est indiqué comme riche. La palme est remportée à ce sujet par Vaucelles (fouilles Cl. Bellier et P. Cattelain) où furent trouvés plus de 3 000 bois de renne portant des traces de travail... et 3 silex ! (la couche tjongérienne y est un tout petit peu plus riche, mais c'est du Magdalénien qu'il est question ici ).

En fonction des nombres d'outils de silex, généralement considérés comme de bons témoins des activités et des durées d'occupation, on s'attendrait donc à trouver plus d'art mobilier au Sud-Est de Paris que dans l'Ardenne ; c'est le contraire qui advient. Et nous savons, par les transports de matériaux et par l'identité des industries lithiques, qu'il s'agit des mêmes personnes, allant de l'une à l'autre région. Or, l'étude des bois de renne trouvés en Ardenne (Patou, 1988 ; Dewez, 1988) montre qu'il s'agit uniquement des bois des femelles, qui tombent en mai-juin, et sont de qualité médiocre. Ailleurs, les Magdaléniens emploient uniquement les bois des mâles, qui tombent en hiver et sont de meilleure qualité. L'emploi exclusif des bois des femelles montre que les chasseurs n'étaient pas en Ardenne en hiver. Cela confirme donc la présomption déjà tirée de la topographie du site de Roc-La-Tour, inhabitable en hiver (Rozoy, 1985-1988), que l'Ardenne n'était visitée qu'en été. L'opposition entre les répartitions de l'art dans les deux sous-régions amène donc à poser cette interrogation : l'art aurait-il été une activité d'été ? (tout au moins l'art sur plaquettes). Le fait, vérifié pour l'Ardenne, a-t-il une valeur générale ? La grotte des églises, à Ussat, où fut prouvé le séjour hivernal (Clottes et Simonnet, 1979), n'a pas fourni d'art ; c'est un premier élément d'appréciation.

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LISTE DES FIGURES

Tabl. 1. Liste provisoire des figures et signes identifiés à Roc-La-Tour

Fig. 1. Les sites magdaléniens du Bassin parisien et de l'Ardenne. Les limites indiquées sont celles du massif primaire ardennais et de la craie. Cercles vides : lieux d'origine des matériaux apportés en Ardenne. La vacuité de la Champagne tient à la monotonie de son biotope, les zones utilisées sont celles comportant des niches très diverses.

Fig. 2. La tête de cheval 1372-740 : elle est isolée par cassure et, comme tant d'autres, elle est barrée de paires de traits rectilignes et parallèles (Relevé C. Rozoy).

Fig. 3. Le petit cheval 2027 : son tracé au trait est plus simple que celui du précédent, mais pas moins évocateur ; c'est aussi la cassure qui isole la tête (Relevé C. Rozoy).

Fig. 4. Plaquette 3817. A, Mufle (de cheval ?) : il est à l'envers de l'autre tête (retourner la page). Il paraît avoir toujours été partiel ; la grande tête, en tous cas, ne se prolonge pas à droite. Les lignes en tireté indiquent les limites des plans successifs du schiste (plus hauts à droite, plus bas à gauche). B, Tracés ne paraissant pas figuratifs, au dos des précédents, sur une surface totalement ridée (Relevé J.-G. Rozoy).



Fig. 5. La grosse plaque 3241-3363. A, Le cheval (?) : il est très effacé, et on peut douter de son identité. On n'en voit que la ganache, l'oreille et un peu du dos, peut-être une patte avant. Il paraît porter un signe. B, Le Bison (?) : il en reste un peu plus. Il y a, à droite, un mufle carré qui ne va pas tellement bien avec l'idée du bison, suggérée par la bosse. C, Mais cette plaque porte quantité d'autres éléments, encore plus abîmés, et devenus ininterprétables : avec un peu d'imagination, on pourrait y voir n'importe quoi, mais cela ne sortirait que de l'esprit de l'observateur (Relevé C. Rozoy).

 

Fig. 6. Le bison statique 3777 : il est postérieur aux multiples traits très fins que l'on voit autour de sa croupe et de son dos ; sous ses pattes avant, ce n'est pas une ligne de terre mais la base du sabot (Relevé C. Rozoy).

Fig. 7. Le bison 3783 : la fragilité de ce schiste nous réduit à peu d'éléments, mais on peut encore deviner l'espèce (Relevé C. Rozoy).

Fig. 8. La plaquette 1510 : comme dit dans le texte, l'animal (?) de gauche est assez discutable, mais les zigzags sont bons ; les traits parallèles aussi, ce qui fait accepter les traits de gauche, d'ailleurs entamant les couches du schiste (Relevé J.-G. Rozoy).

Fig. 9. Palimpseste 1993 : le cervidé, la tête d'ours et la patte surimposée (et encore un trait oblique entre les pattes du cerf) ont été faits avec la même pointe bifide, mais en commençant par l'herbivore (et l'ours), puis la patte, ensuite le trait oblique ; des raclages sont ensuite intervenus, notamrnent sur les cuisses du cervidé (Relevé v. Gaüzès et C. Rozoy).

Fig.10. Le revers de la plaque au cervidé 1993 : il y a trop de paires de lignes droites parallèles pour que ce soit un hasard ; par contre, il ne serait pas prudent d'affirmer que la ligne en S est une ligne cervico-dorsale (Relevé C. Rozoy).

Fig, 11, Le profil 4101 : sur un schiste fragile, il est très effacé, notamment dans la région du sommet de la tête, ce qui rend toute détermination d'espèce très hasardeuse ; on peut penser à un canidé (Relevé C. Rozoy).

Fig. 12. L'anthropomorphe 3605 : il est bien dommage que ses auteurs l'aient sacrifié, car les humains réalistes sont très rares ; il est aussi dynamique (Relevé C. Rozoy).

Fig. 13. La plaque 7233 : elle mesure 30 x 30 cm, mais on n'a représenté que la partie décorée (Relevé C. Rozoy).

Fig. 14. Le cervidé 4925 : le zigzag est nettement distinct de la figure des andouillers (Relevé C. Rozoy).

Fig. 15. Le loup 4153 : les paires de traits parallèles apparaissent, à l'examen attentif, distinctes des traces de lissage (qui couvrent toute la plaque - on ne les a figurées qu'en haut, et très schématiquement) ; les traits parallèles sont d'ailleurs postérieurs au loup alors que le lissage lui est antérieur (Relevé C. Rozoy).

Fig. 16. La tête de lynx 4967 : elle semble avoir été dessinée telle ; il y a de l'ocre devant l'oreille (Relevé C. Rozoy).

Tabl. 2. Les autres figures mobilières connues du même groupe humain.

Le tableau 2 énumère la totalité des autres tracés (figuratifs et abstraits) connus actuellement dans le territoire du groupe humain qui vivait au Magdalénien dans le Bassin parisien et qui venait chasser en Ardenne en été (Rozoy, 1988).


Résumé des abréviations utilisées dans les articles : consulter la liste.

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