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Docteur Jean-Georges Rozoy


Résumé des abréviations utilisées dans les articles : consulter la liste.

1989

Dr J.G. ROZOY

LA SOCIETE DES ARCHERS
EVOLUTION ET REGIONALISATION



L'arc et la flèche étaient déjà apparus ponctuellement ici et là (Espagne : le Parpallo), mais sans suite et surtout sans généralisation, faute des capacités voulues dans l'ensemble de la société. En les réinventant de façon durable (le cerveau humain avait progressé entre temps), les derniers Magdaléniens induisent des transformations considérables dans la société et mettent fin au Paléolithique (Rozoy, 1978).

La société du Magdalénien final

Les inventeurs de l'arc avaient déjà beaucoup amélioré leurs techniques (propulseur, aiguille à chas). Ils n'utilisaient que de l'excellent silex. Ils vivaient en forts groupes (60 à 80 personnes au moins) de la chasse aux grands herbivores : rennes avant tout, mais aussi chevaux, aurochs, bisons. Le propulseur porte plus loin et surtout plus fort que la lance, mais n'est pas précis. Ils devaient approcher le gibier de près (10-15 m). Il fallait être nombreux, attaquer des troupeaux, utiliser le rabattage (par les femmes et les enfants), trouver des sites de défilés (Petersfels), des bords de grands fleuves (Pincevent, Etiolles). Le groupe et sa cohésion étaient tout. Le terrain était peu occupé : soit vide, soit un site (souvent pauvre) tous les 100 km (Rozoy, 1988b). Il y avait quelques îlots où les sites étaient plus denses : 14 gisements en Ardenne, 19 au Sud-Est de Paris, 142 en Périgord, 87 dans les Pyrénées, 59 dans le Massif central, 26 dans l'Est, 23 en Provence, soit 6 régions en France. La population totale est estimée à 8 000-10 000 personnes pour la France à la fin du Magdalénien, probablement déjà sous l'effet de l'invention de l'arc. La répartition en îlots semble due à la difficulté de constituer des tribus endogames (1 000 à 3 000 personnes) si les distances à parcourir sont trop importantes (Constandse-Westermann et Newell, 1988). L'art, animalier et réaliste, est une abstraction sous forme encore concrète.

La période de transition

C'est le stade très ancien de l'Epipalcolithique (Rozoy, 1978) qui couvre essentiellement l'épisode d'Alleröd et le Dryas III. Il y a miniaturisation de plus en plus poussée des armatures, sur une base locale, et avec (au début) quelques pièces à la limite du macrolithisme : peut-être utilisait-on encore les méthodes anciennes. Les types sont apparentés (pointes à dos), mais distincts d'une région à l'autre, les cultures sont donc en voie de séparation.

L'occupation du terrain est plus large : il y a des sites dans des zones vides au Magdalénien, par exemple les bords de la Saône (Varennes-les-Mâcon), la côte atlantique actuelle (étang d'Hourtin), la forêt de Fontainebleau (Les Blanchères), etc. Le diamètre de chaque région est plus réduit qu'au Magdalénien. Les types de sites sont plus divers, nous ne savons pas où chercher, l'appréciation du peuplement est difficile. Mais l'espace occupé est élargi, la population totale a dû augmenter. Il y a de petits sites, mais la plupart sont riches et grands, les groupes humains étaient encore nombreux et moins mobiles qu'ils ne le seront. L'art concret a disparu, les dessins sont totalement abstraits.

La transition dure un bon millénaire, tant par pesanteurs sociologiques que pour mise au point technique de l'outil nouveau. On passe progressivement, et sur place, aux caractères des périodes suivantes. L'Ahrensbourgien est, à tous points de vue, très en avance sur les autres cultures puisqu'il comporte, dès le début du Dryas III, tous les caractères du stade ancien.

Les stades ancien et moyen

Au Préboréal et au Boréal, l'emploi simultané partout de plusieurs classes d'armatures (v. «Les outils des archers») montre une diversification dans les techniques du tir à l'arc. On sait utiliser des silex médiocres. Sur la base commune de la troncature oblique, les nombreux groupes régionaux des stades ancien et moyen inventent quantité de formes d'armatures dont chacune diffuse plus ou moins autour de son point d'origine. Il y a ainsi une évolution en mosaïque (Chavaillon, 1978) avec polycentrisme : quelque quarante cultures.

Les sites sont déjà très nombreux (des milliers) et petits. Les groupes locaux sont restreints (10 à 20 personnes) et beaucoup plus mobiles : l'arc produit son plein effet (v. «L'arc et la flèche»). Les animaux chassés sont toujours les plus grands du milieu ; cerf et sanglier, aurochs à l'occasion, la diversification en est systématique. La place de la pêche n'est pas connue précisément, mais les sites ne sont pas concentrés le long des cours d'eau. Le pays est occupé en entier, dans tous ses aspects, aucun milieu n'est plus inhabitable. La population globale est estimée à 50 000-75 000 habitants en France pour le Boréal (Rozoy, 1978). Certaines cultures paraissent occuper des diamètres encore importants : près de 300 km pour «le» Tardenoisien mais dès le stade moyen on perçoit (à retardement) la séparation en deux cultures distinctes, les diamètres sont de 140 km, conformes à la règle générale et compatibles avec l'existence de tribus endogames. Chaque culture peut avoir compté 1 000 à 3 000 personnes comme au Magdalénien. Les frontières des cultures paraissent nettes, ce qui confirme : si l'organisation se faisait au niveau des groupes locaux (« bandes »), il y aurait passage progressif et non frontières techniques (contra : Newell and Constandse Westcrmann, 1986).

Il y a, comme au Paléolithique, des sépultures isolées et des restes humains fragmentaires, mais pas de nécropoles. La distribution des caractères génétiques montre une seule population de reproduction (Constandse-Westermann and Newell, 1988), ce qui suppose un large réseau d'échanges matrimoniaux. L'art reste abstrait en France, il y a des éléments concrets dans le reste de l'Europe.

Stades récent et final

Avant le début de l'Atlantique, vers 5 850 bc, une invention importante pour la technique de l’arc est faite en Belgique et diffuse très vite dans toute l'Europe. Elle entraîne l'utilisation de trapèzes typiques, du débitage Montbani et des retouches Montbani, mais chaque culture les emploie et les modifie à sa manière et à son rythme, ou les refuse en adaptant à la façon nouvelle ses types précédents d'armatures et de débitage. Dans chaque région on les associe aux outils communs traditionnels, ce qui permet la distinction des cultures. Les éléments nouveaux sont introduits progressivement, associés pendant près de 1 000 ans dans la plupart des régions à ceux (évolués) du stade moyen. Au stade final, il y a des retouches inverses plates sous une partie des armatures, et d'autres éléments qui varient selon les cultures. Les changements dans les industries qui témoignent des populations, sont progressifs, corrélatifs et indépendants (Rozoy, 1978) : on retrouve sur la base technique nouvelle le polycentrisme et l'évolution en mosaïque comme au stade moyen avec lequel la continuité est aisément perceptible si l'on examine la totalité de l'industrie. La chasse aux grands mammifères et la pêche demeurent les moyens quasi-exclusifs de subsistance, sans orientation aucune vers la production, malgré quelques contacts (limités) avec les Néolithiques dans le Midi (Rozoy, 1988 a). Les sites utilisés sont toujours des plus divers, couvrant la totalité de l'espace. Les dimensions des cultures sont analogues à celles du stade moyen (140 km) et il ne semble pas, en France, que la population ait augmenté (contra Newell and Constandse-Westermann, 1984). Il y a maintenant, outre les sépultures isolées, de vrais cimetières. L'art, toujours principalement abstrait ou schématique, n'est plus animalier, mais centré sur l'homme actif.

La néolithisation interviendra rapidement vers 4 000 bc par acculturation, en profitant de l'optimum climatique et de la préparation démographique et psychologique réalisée par les cultures des archers (Rozoy, 1988 a).


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