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Docteur Jean-Georges Rozoy


Résumé des abréviations utilisées dans les articles : consulter la liste.

1999

Colette et Dr. Jean-Georges ROZOY

L' ALLÉE TORTUE À FÈRE-EN-TARDENOIS (AISNE)
UN SITE MÉSOLITHIQUE COMPLEXE



Dédié à la mémoire d'Edmond Vielle et de René Parent.

RESUME

Ce site éponyme du Tardenoisien récent-final est à 1 km au nord de Fère-en-Tardenois (Aisne), sur une étroite bande de sable tertiaire bartonien. Publié par Edmond Vielle en 1889, il a été fouillé principalement par René Parent, seul, puis en collaboration avec les auteurs. La fouille a été interrompue par une injonction administrative et le site a été massacré par un parc de loisirs. Peu au-dessus de l'Allée Tortue et du marais du Rû de la Pelle, la clairière sableuse a porté, sans aucun apport de matériaux qui aurait permis de les isoler, de multiples camps des archers mésolithiques : un au moins au stade ancien (foyer sans industrie), au moins huit à la fin du stade moyen et, après une lacune de mille ans dûe à l'asséchement du marais, une bonne vingtaine de camps identifiés du stade final dès la reprise d'activité des plans d'eau (fig. 1), très probablement multiples eux aussi. Ces camps identifiés s'étalent sur un bon millénaire, jusqu'à l'extrême fin du Mésolithique. Leur forme globale ovalaire confirme celle analogue connue ailleurs pour le stade moyen et suggère une organisation de l'habitat plus élaborée qu'il n'était jusqu'ici présumé. Il est très probable que de multiples camps intermédiaires moins importants ont eu lieu. Le débitage et les outils du fonds commun, indiscernables, ne sont pas étudiables (sauf à remarquer, comme partout au stade final, l'extrême abondance des lames et lamelles Montbani et la baisse tendancielle du taux d'armatures). Seules sont analysables les armatures microlithiques (plus de 1 600 pièces), dont les archers modifiaient sans cesse les formes et les caractères sans jamais revenir au passé : trapèzes de Vielle et formes dérivées : flèches de Belloy etc, plus des pointes simples à la fin. Ce type d'étude exige impérieusement une identification correcte de la totalité des pièces grâce à un tri soigneux dans de bonnes conditions. Plus des trois-quarts des armatures sont brisées, dont 37 % avec des stigmates certains de percussion longitudinale : on ne trouve que les pièces résultant du renouvellement des flèches après la chasse ou l'entraînement. La combinaison des analyses spatiales et typométriques permet dans une mesure limitée l'appréciation spatiale des différents camps, notamment de montrer que ces camps sont les vestiges laissés par des personnes différentes ayant des habitudes de travail distinctes, du fait du temps écoulé. Cela écarte toute idée de persistance des pointes à retouche couvrante jusqu'au Mésolithique final et donc nous assure que la durée d'emploi des types d'armatures est plus courte qu'on ne le pensait, n'atteignant pas un millénaire. Cela permet aussi la description des tendances évolutives techniques comportant essentiellement, au-delà des modes concernant les formes, une augmentation progressive de toutes les dimensions des armatures, et donc de leurs poids, liée certainement à l'emploi de flèches plus fortes très probablement lancées par des arcs plus puissants. Cette lente amélioration découle de celle du cerveau humain.

ABSTRACT

That late-final Tardenoisian eponymous site lies 1 km north from Fère-en-Tardenois (Aisne), on a narrow belt of tertiary bartonian sand. Though it had been published by Edmond Vielle in 1889, it was excavated mainly by René Parent, alone, then later with the authors' collaboration. The excavation was interrupted abruptly by administration, and the site was destroyed by the construction of a pleasure ground. The sandy glade opening slightly above Allée Tortue and the Rû de la Pelle marsh bore lots of camps of mesolithic bowmen, without any material deposits, which could have allowed to isolate them : at least one from the early stage (a hearth without any material), at least eight at the end of the middle stage and, after a gap of one thousand years resulting of the marsh becoming dry, a fair score of camps from the final stage as soon as the water was progressing back (fig. 1), all of them, too, being very likely numerous. Those identified camps lasted for a full millenium, to the very end of the Mesolithic. Their aggregate oval shapes confirm the same ones known elsewhere for the middle stage and suggest a dwelling organisation far more advanced than we had ever imagined. It is very likely that lots of intervening less important camps occured. Wastes and common tools, which are undistinguishable, cannot be studied (except that we can notice very abundant Montbani blades and bladelets and a tendency for the rates of armatures to decrease, as everywhere in the final stage). We can analyse only the microlithic armatures (more than 1 600) whose shapes and features the bowmen would change unceasingly, never coming back to the past : Vielle trapezes and derived products : Belloy arrows, a.s.o., and also single points, at the end. That kind of study requires imperiously an accurate identification of all the pieces thanks to a careful sorting out in good conditions. More than three quarters of the armatures are broken, 37 % of them showing sure marks of longitudinal impacts : we find only the pieces resulting of the reniewal of the arrows after hunting or training. Combining space and typometric analyses allows to some extent to take account of the space occupied by the different camps, and mainly to show that these camps are the remains left by different persons with distinctive working-habits, due to the span of time passed. That pushes away any idea of the persistence of leaf-shaped points unto Final Mesolithic and therefore it makes sure that the use of the types of armatures did not last so long as we believed, not reaching one millenium. That allows also to describe technical evolutive tendencies which involves mainly, beyond the fashions regarding shapes, a progressive increase of all the sizes of the armatures, therefore of their weights, linked certainly to the use of stronger arrows, thrown very likely with more powerful bows. That slow improvement has been derived from that of human brain.

HISTORIQUE

Ce site éponyme du Tardenoisien récent-final a été découvert par Edmond Vielle en 1879 et publié par lui en 1889 et 1890 (Rozoy 1994). E. Vielle avait parfaitement compris la nature et la fonction des armatures microlithiques, qui a par la suite été complètement oubliée et négligée (en France) pendant cent ans et qu'il a fallu promouvoir, non sans rencontrer quelques résistances (Rozoy 1978, 1992 b, 1993 a, b). Le site a été redécouvert par R. Parent et J. Hinout vers 1961. Les sites I et III ont été fouillés par J. Hinout (1962) et R. Chevallier (inédit), les autres ont été explorés d'abord par le très regretté René Parent seul (Allée Tortue II, Parent 1967, 1971-72, Rozoy 1978, p. 525 à 533), puis, à sa demande, par notre équipe bénévole en collaboration avec lui, de 1974 à 1984 : 11 campagnes d'été de 15 à 25 fouilleurs pendant 2 à 3 semaines. Les fouilles ont été en 1985 interrompues autoritairement par le Conseil dit 'supérieur' : "suspendues dans l'attente d'une monographie" ( ! ) et le site a ainsi été livré aux destructions par le développement d'un parc de loisirs. Après un ultime sauvetage très partiel en 1987, grâce à la compréhension de J.-Cl. Blanchet, il a fait l'objet d'une publication (Rozoy et Slachmuylder 1990) qui en détaille l'historique et l'environnement naturaliste et archéologique et évoque les principales structures rencontrées. Le lecteur s'y reportera pour ces éléments, nous traitons ici la répartition des vestiges entre les concentrations reconnues et les conclusions que l'on peut en déduire sur l'évolution des industries et sur le mode de vie des archers.

Sur moins d'un hectare coexistaient (fig. 1) plus de dix concentrations de silex, vestiges d'au moins autant de campements des archers du Mésolithique final (fig. 2). L'industrie y comporte, selon les camps, 19 à 34 % d'armatures (trapèzes et leurs dérivés), entre un tiers et la moitié de lames et lamelles Montbani et un tiers d'outils du fonds commun (tableau 1).Le seul gisement X (a et b) a fourni près de 4 000 outils, dont plus de 1 200 armatures. Il y a donc de quoi juger sur validités statistiques. La technique de fouille avec conservation du "déchet" par quarts de mètres carrés et par niveaux de 5 cm et les procédures d'analyse en laboratoire ont été exposés déjà (Rozoy 1996, 1998 a, d). Bien que les outils et armatures soient moins minuscules au stade final (Atlantique) qu'au stade moyen du Boréal, il n'en demeure pas moins indispensable qu'un tri très soigneux pratiqué dans de bonnes conditions identifie la totalité des outils et des objets caractéristiques (Rozoy 1998 a, d). L'Allée Tortue a en outre nécessité l'emploi de techniques d'analyse (typométrie) complémentaires de celles déjà exposées.

L'IMPLANTATION DES CAMPEMENTS. TECHNIQUES POUR LES ISOLER.

Au Tillet (Rozoy 1999) l'implantation des camps du stade moyen avait été déterminée, outre le sable bien sec, contrastant avec la marne voisine, par la présence de blocs de grès, alors émergents, auxquels les archers avaient adossé leurs foyers. Des circonstances moins durables (végétation, vent...) ont pu jouer un rôle pour leur faire choisir un bloc plutôt que l'autre, sans sous-estimer pour autant la fantaisie personnelle. A la Roche-à-Fépin (Rozoy 1998 c), sur schiste, le point de vue était l'élément déterminant, avec une variante de temps chaud (plus au bord, bien aéré) et une autre en retrait, à l'abri du vent. A Roc-la-Tour II, sur quartzite (Rozoy 1978, p. 396-408), c'est aussi le point de vue qui intervient, on n'y a pas reconnu de variantes. A Tigny (Rozoy 1998 b), à mi-pente, en l'absence de blocs (il y en a plus au sud-est, mais on ignore s'ils ont été utilisés), l'exiguïté extrême de la clairière de sable pur a laissé place pour au moins deux campements ; la présence d'un foyer qui devait enfumer le camp Est (occupé une seule fois) laisse penser que le vent a été un élément important des choix.

L'Allée Tortue, à mi-pente à 50 m du marais tourbeux, ne comporte pas de blocs de grès ni de point de vue, mais c'est l'endroit où le sable est le plus pur, donc le plus sec. La forêt de l'Atlantique, sombre par nature, devait donc y être nettement plus ouverte, une véritable clairière y est vraisemblable. La végétation du moment a pu être déterminante lors des choix des divers emplacements. Certains sites, tel le XVI, sont presque au bord du marais infesté de moustiques, mais c'étaient peut-être des camps d'hiver. Le site I et le II-IV sont nettement plus haut, aussi celui de la fouille clandestine, c'est un argument (non absolu) en faveur de camps d'été. Les autres sont dans une position intermédiaire. On remarque surtout la continuité entre les sites III, XIV, Xa et Xb, on imagine le retour des mêmes gens en un site connu, où peut-être même des aménagements élémentaires (ne serait-ce que le piétinement du sol, retardant la repousse des arbustes) ont pu favoriser la réutilisation (mais nous allons démontrer que ce ne sont pas les mêmes gens...). La tranchée de 1917 et les déblais adjacents à son rebouchage de 1952 nous empêchent de connaître une éventuelle continuité avec le site XV. Le transect opéré au début de nos travaux dans les mètres S (Nord) a abouti à l'identification du site X et nous assure d'une certaine discontinuité entre le groupe III-X-XIV et le groupe II-IV. Ce dernier s'étale sur au moins 50 m, d'après les sondages de ce transect, et résulte à l'évidence de la coalescence de multiples campements qui ont assuré par endroits des densités considérables, jusqu'à 25 outils et 500 silex au quart de mètre, jamais atteintes par des camps isolés. Il s'agit à nouveau, spécule-t-on, du retour sur place des mêmes personnes, sans que nous puissions à ce point de l'analyse présumer que ce sont ou ne sont pas les mêmes que pour le groupe des sites III-X-XIV, ou leurs descendants (ou ascendants) plus ou moins proches. Faute d'avoir pu (du fait de l'interdiction) réaliser un transect entre les sites IV et I, nous ignorons s'il y avait entre eux une continuité analogue à celle du groupe III-X-XIV, ou un espace vide. La perception de pièces déplacées par les sabots des chevaux au franchissement d'obstacle qui avait été installé dans cette zone, et la présence d'une autre concentration (non numérotée) à 20 m à l'est, suggèrent une possible continuité.

Nous écrivions il y a peu : " il est patent que le tout se place au stade final, aucune des concentrations identifiées n'a fourni le moindre indice d'une présence au stade récent (le foyer sous-jacent sans industrie en IH-49-50 est daté au Préboréal par le radiocarbone). Cette homogénéité chronologique des campements dans un même site de plein-air est un fait courant bien connu des sites mésolithiques. En témoignent Bergumermeer (Newell et Vroomans 1972), Verrebroek Dok (Crombé 1996, 1997, 1998), Piscop (Rozoy 1978, p. 426-431), Le Tillet (Rozoy 1999), Geay (Gouraud 1996), Le Rozel (Audouard 1986), Flamanville (Lefèvre 1993). Il y a toutefois des contre-exemples : Auffargis (trois époques, dont deux dans le même espace restreint, Rozoy 1978, p. 432-437 et 518-520), Sonchamp (Hinout 1976), mais en général il y a une bonne distance entre les sites des époques différentes : Le Closeau (Lang 1997, avec stratigraphie), la Sablonnière de Coincy (Rozoy 1978, p. 440-448 et 461-477, il y a 50 m entre le début et la fin du stade moyen), Montbani (Rozoy 1978, p. 490, aussi 50 m d'écart entre stade moyen et stade récent)". Nous avions écrit cela au début de la présente rédaction, avant le développement de l'analyse topographique et stylistique des sites Xa et Xb. Bien que les occupations au stade final y soient de loin les plus importantes, en réalité l'Allée Tortue constitue un autre cas de superposition d'époques qui fait mettre en doute certaines de nos opinions sur la composition typologique des industries du stade final et donc sur la longue persistance des types et même des classes d'armatures (au-delà d'un millénaire). Ici ces superpositions (sans apport de matériaux pour les séparer, comme nous en ont persuadés quelques dizaines de graphiques des statistiques des profondeurs des diverses classes d'armatures) sont très complexes et ruinent toute velléité d'étude quantitative et d'utilisation des outils du fonds commun, des microburins, des nucleus, des éclats d'avivage, de décortication. Seules les armatures, éléments les plus évolutifs de l'industrie, permettent de reconstituer l'historique des occupations, dans une certaine mesure dont on percevra aisément les limites et, aussi dans des limites étroites, celle de l'évolution des armes de chasse utilisées par les archers tardenoisiens au stade final.

L'étude statistique des armatures.

Les conditions de tri permettant d'utiliser la totalité des armatures identifiables ont été publiées par ailleurs (Rozoy 1998 a, d) et nous tenons à en souligner la nécessité. Nous avions commencé à propos des triangles scalènes, qui ont été à l'origine de la distinction d'époques, le travail ingrat consistant à entrer en mémoire d'une base de données les caractéristiques de chaque armature trouvée. Le problème des trapèzes de Vielle, que l'on verra ci-après, nous a amenés à devoir faire le même pensum pour toutes les catégories d'armatures, avec quelques compléments, en particulier la distinction d'un sous-site XaN (la partie nord du soi-disant Xa) : soit plus de mille pièces, plus d'un mois de travail intensif (à 12 h par jour), et combien fastidieux! Mais fructueux, on va le voir. Données relevées : numéro, carré, site (Xa, Xb etc), profondeur, longueur et largeur (en mm), épaisseur (en 1/10° de mm), état (percutée, cassée, intacte, chauffée sans craquelures ou brûlée avec craquelures), style. Les longueurs des nombreuses armatures brisées ont été estimées au mieux, ceci facilité par le caractère géométrique de la plupart des formes et la comparaison avec les pièces entières du même type dans le même site. Ces comptes ne prétendent pas à une exactitude absolue illusoire et sans intérêt, mais fournissent des ordres de grandeur très indicatifs. La machine calcule (selon instructions) surface, volume (et donc poids), rapport largeur/longueur etc. Le calcul de la surface des triangles est simple : longueur x largeur x 1/2. Pour les trapèzes ou assimilés il faut prendre longueur x largeur x 3/4. Le volume ne répond pas à surface x épaisseur x 1/2 parce que l'on a mesuré l'épaisseur maximale, présente en un seul point, et la section est souvent un triangle curviligne (en creux). Il faudrait donc prendre entre le tiers et la moitié, puis pour le poids multiplier par la densité du silex (2,6). Or ce même rapport 2,6 est tout-à-fait approprié pour la division du produit des trois dimensions qui (avec les corrections 1/2 et 3/4 comme dit) fournit des valeurs concordant parfaitement avec les poids observés sur plusieurs séries des triangles, des trapèzes et des armatures entières et les plus grosses : on a mesuré 10 g pour les 10 plus gros scalènes sans retouche inverse plate (R.I.P.), pour 9,8 g calculés, puis 9,3 g pour les 10 plus gros trapèzes de Vielle à R.I.P., pour 9,1 g calculés, et 21 g pour les 10 plus grosses pointes simples, pour 20,8 g calculés. Cette valeur combine les trois dimensions extrêmes, d'où des disparités entre les types, de structures différentes : les longueurs sont naturellement plus modestes pour les armatures moins pointues (trapèze rectangle court). Largeur et épaisseur nous renseignent sur les qualités du débitage à partir duquel les armatures ont été construites, débitage qui dépend des habitudes de travail des archers en cause dans chaque cas particulier, ce sont donc ces valeurs qui permettent la meilleure comparaison entre des classes d'armatures de structures différentes ; parfois l'épaisseur seule est en cause, ou bien il y a conjonction des trois valeurs.



I. L'ALLÉE TORTUE Xa et Xb.

L'intrication des sites III, Xa, Xb et XIV est montrée clairement par la figure 3 concernant la répartition des déchets de taille (hors outils, nucleus, éclats de décortication et d'avivage et microburins). Ces vestiges, de loin les plus nombreux, donc les plus fiables sur l'implantation d'ensemble des camps, montrent la nette indépendance des ensembles Xa-Xb, XIV et III, qui sont séparés par des zones nettement moins fournies en silex : moins de 50 fragments par unité de fouille, contre 100 à 200 et plus dans les centres de chacun des ensembles. On retrouve d'ailleurs une image analogue sur le plan de l'ensemble des outils (fig. 4) : les détails internes en diffèrent et seront discutés ci-après, mais la séparation entre les trois ensembles demeure, avec des zones à moins de 4 outils par unité de fouille, au lieu de 7 à 15 et plus dans les centres. C'est d'ailleurs pourquoi la fouille Chevallier s'est arrêtée en direction du site X, vers le site XIV elle a fort heureusement buté sur les arbres... et sur le tas de déblais constitué entre ceux-ci! (les tamis étaient suspendus aux branches et on les cognait contre les troncs pour les décrasser).

La séparation des sites X a et X b n'est par contre pas aussi nette, en proposer une limite est un exercice ardu qui a connu depuis quinze ans plusieurs variantes assez disparates. L'expérience acquise entre temps au Tillet (Rozoy 1999) nous a montré que seule la conjonction de multiples plans des déchets, des éléments de débitage et des diverses classes d'outils et d'armatures permet en pareil cas d'aboutir à des conclusions sinon certaines et précises, du moins vraisemblables et moyennes. Il y a évidemment un recouvrement entre les produits des deux camps, la distinction ne peut être que statistique. Nous avions pensé qu'elle serait confirmée par des différences qualitatives, certains types ou sous-types présents dans l'un des sites manquant totalement dans l'autre. Mais de ces types particuliers les uns ont une toute autre origine, un et même plusieurs camps plus anciens de deux mille ans, d'autres (les armatures denticulées) figurent dans les deux camps et même dans le XIV. C'est l'analyse statistique des dimensions des armatures, décelant des habitudes de travail très voisines, mais identifiables, qui n'a pas seulement confirmé l'existence de deux camps du stade final, mais a beaucoup augmenté ce nombre, pour la seule zone X il y en a eu au moins six ou sept.

La répartition des trapèzes de Vielle.

Les trapèzes de Vielle (trapèzes rectangles longs, G.E.E.M. 1969) sont avec les lames et lamelles Montbani un élément essentiel des stades récent et final du Mésolithique dans la région du Tardenois (fig. 2, n° 7, 8, 16, 17). Malgré l'évolution intervenue depuis leur apparition, ils sont encore à l'Allée Tortue, dans tous les sites qui y sont connus, un constituant majeur : près du quart des armatures à l'A.T. X (278 sur 1 255, tableau 1). Ils constituent dans les sites X (a et b) une nappe en apparence continue orientée, comme les produits du débitage, du nord-est au sud-ouest (fig. 5). La comparaison avec le plan du débitage (fig. 3) montre la bonne concordance entre les deux distributions, celle des trapèzes de Vielle paraissant encore plus continue (de Xa à Xb) que celle du débitage, en outre elle déborde cette dernière au nord-est (carrés N-61-63) et elle ne la recouvre qu'incomplètement au sud (carrés B-C-52-53). Sur cette base (mais c'est loin d'être la seule) on penserait à un seul campement très allongé et étroit : 18 m x 5 à 6 m, en contradiction avec les formes et les dimensions relevées dans les autres sites, qui seront évoquées plus loin.

Un premier démenti est apporté par le plan de distribution de ces mêmes trapèzes de Vielle, mais portant la retouche inverse plate (R.I.P.), une nouveauté technique inconnue au stade récent et dont le développement (progressif ?) est pour nous (sans doute pas pour les archers) un élément fondamental de distinction du stade final. On voit (fig. 6) que ces armatures sont limitées strictement à la zone médiane de l'espace fouillé, concordant assez approximativement avec une partie seulement de l'espace occupé par les véritables trapèzes de Vielle, ceux conformes à la tradition ancienne héritée du stade récent. Encore ne sont-elles pas spécialement dans les zones les plus riches en vrais trapèzes de Vielle, en outre il semble y avoir un certain vide entre le Xa et le Xb. Le seul débord par rapport à la masse des vrais Vielle est constitué par la présence de trois pièces dans la zone nord-ouest vide de vrais Vielle, en I-J-51-52, mais cette zone appartient en réalité au site A.T.III. Toute la zone nord-est, si riche en vrais trapèzes de Vielle (71 pièces), n'en contient aucun avec la retouche inverse plate. Ni la partie sud du Xb, où il y a 16 pièces traditionnelles. A raison de 45 pièces à R.I.P. pour 233 sans, on en attendrait 14 à R.I.P. au nord-est et 3 au sud-ouest. L'absence au sud-ouest peut être occasionnelle, dans un espace peu fourni en vrais Vielle, mais celle au nord-est est très au-delà des probabilités statistiques et souligne une différence de comportement des archers. On peut donc se demander si les gens qui ont laissé la partie nord-est du soi-disant A.T. Xa sont ou ne sont pas (pas entièrement) les mêmes que ceux qui ont laissé la partie " centre " de ce même A.T. Xa. Une division analogue dans le Xb est possible, mais non prouvée, entre la partie sud du Xb et sa partie "centre". Si l'on pense que les deux parties du Xa ont une unité, celle des trapèzes de Vielle (et nous verrons plusieurs confirmations de cette unité), il faut alors présumer que les trapèzes de Vielle avec retouche inverse plate ont été laissés par d'autres gens ayant campé là une ou plusieurs autre(s) fois. Par contre, on pourrait être porté, malgré le vide central assez relatif qu'on vient de signaler, à réunir les parties centrales de notre fouille, où tant en Xa qu'en Xb on a fait ces trapèzes de Vielle avec retouche inverse plate, mais le problème demeure : les deux sortes de trapèzes de Vielle ont-elles été faites par les mêmes gens, ou par des chasseurs différents ?

Nous avons recherché s'il y avait une différence de structure entre les trapèzes de Vielle de la partie nord-est et ceux de la partie "centre" du Xa. Le résultat est montré par la fig. 7 (en haut) : les vrais Vielle ont dans ces deux zones exactement la même structure de dimensions centrée sur 0,4 g! Ce n'est donc pas cela qui nous fournira une distinction entre la partie nord et la partie centre de l'A.T. Xa. Par contre, ces mêmes poids nous indiquent sur la fig. 7 (au milieu) une nette différence entre le Xa et le Xb : les gens du Xb faisaient des trapèzes de Vielle un peu plus lourds, centrés sur 0,5 g. Le détail des trois dimensions montre que la différence porte uniquement sur les épaisseurs, que montre la fig. 7 (en bas). Les gens du Xb faisaient des lamelles un peu plus épaisses, ou tout au moins taillaient leurs trapèzes de Vielle dans des lamelles un peu plus épaisses, il faudra voir ce qu'il en est du débitage d'ensemble. De plus, le graphique pour le Xa est en plateau, traduisant probablement deux fabrications voisines. C'est un premier élément de confirmation de (au moins) deux campements différents pour le site X, sinon trois. Si l'on retient les zones avec et sans trapèzes de Vielle à retouche inverse plate, cela ferait quatre zones et potentiellement quatre campements (au moins). Les trapèzes de Vielle avec retouche inverse plate sont nettement plus lourds que ceux qui n'en portent pas : ils sont centrés autour de 0,55 g contre 0,40 g pour le Xa et 0,50 pour le Xb (fig. 8), cette fois sans différence pour ceux à R.I.P. entre Xa et Xb, ce qui évoque une fabrication unique à cheval sur les deux sites, et différente de celle des vrais trapèzes de Vielle : il y aurait alors trois campements : le Xa avec ses vrais Vielle (mais double ?), le Xb avec les siens un peu plus épais et un camp avec les Vielle à R.I.P. bien plus grands couvrant les parties centrales des deux. La discontinuité des dimensions entre les trapèzes de Vielle sans et avec retouche inverse plate laisse présumer un assez long délai (quelques siècles ?) durant lequel l'industrie a évolué, mais ailleurs, avant le ou les retours des archers (de leurs descendants) sur le site.

Nous avons aussi cherché, à cause de la présence de petits scalènes différents des grands comme on le verra ci-dessous, quelle était la distribution des plus petits trapèzes de Vielle : la fig. 9 la montre, elle est à l'évidence la même que celle de l'ensemble des trapèzes de Vielle vrais de la fig. 4. On a pour cette occasion considéré comme plus ou moins "pygmées" ceux des trapèzes de Vielle ne dépassant pas 11 mm en largeur ou 22 mm en longueur, et un poids de 340 mg, ce qui répondait bien à l'appréciation visuelle, subjective, fournie par une longue expérience. Il s'agissait en effet d'un parallèle avec les petits triangles scalènes, qui ne sont pas tous pygmées au sens, si l'on peut dire, "administratif" de la définition qui en a été fournie (Rozoy 1978, p. 66 et 845), qui reste valable globalement dans d'autres circonstances. Il n'y a évidemment pas de parallèle, cette tentative pour reconnaître des divisions dans les trapèzes de Vielle du Xa est négative, il semble bien y avoir une seule production de ces armatures, avec pour seules (faibles) variantes les pièces un peu plus épaisses du Xb et l'anomalie du graphique du site Xa, mais ne concernant pas les petites pièces. Le parallèle avec les scalènes est d'autant moins à faire qu'il n'y a pas de bimodalité dans les mensurations, mais une continuité absolue dans chaque dimension, alors que la bimodalité apparaît pour les scalènes, comme on le verra, dans chaque dimension, et donc, bien entendu, pour le poids.

Nous avons encore fait un plan des trapèzes retouchés à gauche, qui sont une minorité : 46 sur 580 trapèzes latéralisables. La plupart sont des trapèzes de Vielle. On retrouve à nouveau, sans grande surprise, la distribution du débitage et celle des trapèzes de Vielle (fig. 10). Il n'y en a que 11 dans le Xb (16 prévus, pour 207 trapèzes latéralisables) contre 35 dans le Xa (pour 373 trapèzes latéralisables), de plus ceux du Xb sont presque tous dans la partie limitrophe du Xa, on sait que cette "limite" est purement d'ordre statistique et que des débordements dans les deux sens existent nécessairement. La différence toutefois n'est pas significative (test du Chi-carré à 2,4, le seuil à 5 % est près de 4) et nous ne pouvons la retenir.

En conclusion de ce premier aperçu, la distribution des trapèzes de Vielle, outre qu'elle confirme la distinction entre les sites Xa et Xb, certainement très proches culturellement l'un de l'autre, évoque déjà l'intervention d'au moins un autre acteur responsable des trapèzes de Vielle plus grands qui portent la retouche inverse plate. Cet acteur faisait-il encore des trapèzes de Vielle classiques ? On peut en douter, car il n'y a pas de véritable continuité entre les deux séries (les trois, en fonction de la différence Xa - Xb).

Les triangles scalènes.

Les triangles scalènes de l'A.T. X ne sont pas seulement les grands scalènes à retouche inverse plate du stade final (fig. 2, n° 5,6), dérivant des trapèzes, parfois nommés "flèches de Belloy" à la suite de leur mise en évidence dans ce site (Rozoy 1978, p. 553-571). Non seulement une partie d'entre eux ne comporte pas de retouche inverse, ce qui se rencontre toujours au stade final, quoique pas en aussi grand nombre, mais surtout il y a toute une série de scalènes particulièrement petits, pygmées (ce qui n'est pas dans les manières des faiseurs de trapèzes de Vielle, et encore moins des auteurs des flèches de Belloy) et en outre d'autres, un peu moins petits, mais dont tout l'habitus est nettement différent de celui des flèches de Belloy, et qui "sentent" à plein nez, pour un habitué, les façons de faire du stade moyen (fig. 11, n° 42 à 65) : ils sont faits sur des lamelles du style de Coincy, dont ils n'emploient que la moitié de la largeur, leur rapport longueur/largeur est beaucoup plus fort que pour les scalènes à retouche inverse, etc. Tous les graphiques de dimensions des scalènes de l'A.T. X (a comme b), longueur, largeur, épaisseur et, naturellement, poids, présentent de nettes anomalies (fig. 12) laissant présumer la présence de deux fabrications différentes. Nous avons effectué, en fonction d'une longue expérience tant du stade moyen que du stade récent-final, la séparation selon une base associant longueur et largeur des pièces : on a considéré comme "petits" tous ceux (même jusqu'à 30 mm et plus de longueur) dont la largeur n'excède pas 10 mm, et en outre quelques-uns un peu plus larges (11 et 12 mm) dont la longueur est au-dessous de 20 mm. Il n'a pas été nécessaire de prendre en considération l'épaisseur, mais elle est corrélée dans l'ensemble avec longueur et largeur, parmi les 56 "petits" il n'y en a que 5 au-dessus de 3 mm et parmi les 41 "grands" il n'y en a que 5 en-dessous de 2,5 mm. Le résultat (fig. 12, en bas) paraît très satisfaisant. On ne peut garantir, évidemment, que quelques "petits" ne soient passés dans les "grands", et inversement, mais globalement les deux populations obtenues sont chacune homogène statistiquement et peuvent provenir chacune d'une fabrication cohérente. En outre, la répartition des "petits" sur le terrain (fig. 13) est franchement différente de celle des trapèzes de Vielle et de l'ensemble du matériel. Il y a en particulier trois concentrations au sud-est du site Xb (carrés B-C-D-52 à 54), au sud-est du site Xa (carrés E-F-G-H-59 à 64), et au nord du site Xb, en limite du site A.T. III, toutes trois dans des zone vides ou très pauvres en trapèzes de Vielle (cf fig. 5). Il est manifeste que ces petits triangles scalènes n'ont pas été faits par les auteurs des trapèzes de Vielle, ni par ceux des scalènes à retouche inverse. Nous verrons plus loin comment on a pu en déterminer les auteurs. Les grands scalènes sans R.I.P. ont une distribution spatiale toute différente (fig. 14), qui déborde largement celle des trapèzes de Vielle et concorde surtout avec celle des scalènes à retouche inverse plate que nous verrons ci-après. Il y en a toutefois cinq dans la zone F-62-64 qui est celle des petits, et qui doivent peut-être s'y rattacher, montrant que notre tri n'a tout de même pas été absolument performant. Mais il y a là aussi des scalènes à retouche inverse plate...

Les scalènes à retouche inverse plate, qui sont tous (et de loin) "grands" au sens défini ci-dessus, ont une distribution spatiale tout-à-fait différente de celle des "petits" sans R.I.P. (fig 15). Ils sont répartis sur presque toute la surface fouillée, selon une diagonale nord-est-sud-ouest comme les trapèzes de Vielle, mais un peu décalée vers le sud-est par rapport à ceux-ci, ils ne coïncident donc pas vraiment avec eux. Ils sont, en particulier, peu abondants dans la partie centrale de l'A.T Xa (H-I-56-58) où les trapèzes de Vielle sont si nombreux. Et il y en a trois en E-F-64, dans la zone des petits scalènes, qui sont 2 000 ans plus anciens. Enfin, leur espace d'occupation est beaucoup plus grand (plus du double) que celui des trapèzes de Vielle à retouche inverse. On est donc fondés à se demander s'ils ont été faits par les mêmes chasseurs. Nous y reviendrons plus loin.

Les trapèzes asymétriques.

Les trapèzes asymétriques sont en continuité totale avec les triangles scalènes : on pourrait même les considérer comme des scalènes mal faits, si tant était que nous puissions nous permettre de donner des leçons aux archers sur la façon de tailler leurs armatures de flèches! Disons plutôt que ces chasseurs étaient assez indifférents à la forme strictement triangulaire de leurs scalènes. C'était d'ailleurs déjà le cas au stade moyen, où l'on connaît, par exemple à la Sablonnière de Coincy (Rozoy 1978, pl. 122), des "trapèzes atypiques du stade moyen" tout-à-fait analogues, et sans rapport avec une quelconque évolution vers les trapèzes typiques. On compte à l'A.T. X : 141 trapèzes asymétriques pour 188 grands scalènes, c'est dire que le fait a une certaine ampleur : le total des deux dépasse le nombre des trapèzes de Vielle. La moitié des trapèzes asymétriques (71) portent la retouche inverse plate et, comme on pouvait le prévoir, donnent pour leurs dimensions et poids des répartitions proches de la normale sur lesquelles nous reviendrons plus loin, mais ne comportant pas d'anomalies pour les petites dimensions. Par contre, ceux qui n'ont pas cette retouche inverse fournissent, tant en Xa qu'en Xb, des répartitions en plateau (fig. 16) attestant la présence de trois fabrications. Pour les séparer, nous avons défini, de façon analogue à celle employée pour les scalènes, des "petits" et des "grands", comme suit : on les a classés comme "petits" si la longueur est inférieure à 20 mm ou si la largeur est inférieure à 10 mm. Sont classés "grands" ceux qui ont à la fois longueur de plus de (ou égale à) 20 mm et largeur supérieure ou égale à 10 mm. On a ainsi trouvé 19 petits et 49 grands. C'est-à-dire que la proportion des "petits" est bien moindre que celle observée dans les triangles scalènes (44 sur 78). Chacun des groupes "petits" et "grands" fournit une distribution des poids plus homogène (fig. 16, au milieu) attestant la réalité de la bimodalité, toutefois il subsiste pour les poids les plus élevés une bimodalité qui n'est peut-être pas dûe aux petits nombres en cause, car elle est observée dans les deux sites a et b et elle répond aux anomalies de distribution des trapèzes asymétriques avec R.I.P. Il y aurait donc aussi deux fabrications (très inégales) parmi les "grands", avec ou sans retouche inverse plate (fig. 16, en bas), mais ces "grands" sont distribués spatialement comme ceux avec R.I.P. (fig. 17 et 18). La séparation des petits est fort nette. Comme pour les petits scalènes, la distribution spatiale des petits trapèzes asymétriques n'est pas conforme à celle des trapèzes de Vielle. Ils ont été joints aux petits scalènes sur le plan de la fig. 13, ils sont dans les mêmes zones et participent des mêmes causes que nous reverrons ci-après.

Les armatures du stade moyen.

Nous avons établi que les petits scalènes et les petits trapèzes asymétriques ont des distributions, tant dimensionnelles que topographiques, différentes de celles des trapèzes de Vielle et des grands scalènes à retouche inverse plate. Nous en avons conclu qu'ils n'ont pas été fabriqués par les mêmes chasseurs. Il reste à se demander par qui, et quand. Or, ces chasseurs n'ont certainement pas fabriqué que cela, et le contexte, si nous pouvons le déterminer, permettra peut-être de répondre au qui et (ou) au quand. Certes, nous savons très bien que les outils du fonds commun, grattoirs, éclats retouchés et denticulés, lames et lamelles retouchées et (ou) tronquées, etc, ne sont pas discernables, et toute étude quantitative est donc à exclure. Le style de débitage lui-même ne peut donner que de vagues indications, un tri typologique ne serait pas recevable pour ces éléments. Mais nous savons aussi qu'il n'y a pas au Mésolithique de groupe qui fasse une seule catégorie d'armatures, et surtout pas dans le Tardenois. C'était bon pour les Aziliens et autres gens à "Federmesser" de se contenter d'une seule classe de pointes pour leurs flèches. Sitôt la troncature de lamelles inventée au Dryas III par les Ahrensbourgiens et les Vallorguiens, il y a toujours plusieurs classes d'armatures en fonction, et plus souvent cinq ou six que deux ou trois (Rozoy 1992 a). Et les types d'armatures, très précisément définissables, évoluent vite (à peine un millénaire en général) et disparaissent sans retour une fois leur mode passée. Or nous avons vu que les petits scalènes de l'A.T. X ont tout-à-fait le style du stade moyen, ce qui est surprenant au milieu de tant de trapèzes. Il faut donc recenser les catégories d'armatures, autres que les trapèzes, et voir ce qui pourrait aller avec les petits triangles scalènes. Nous avons à l'A.T. X au moins quatre classes d'armatures rares (c'est à dire ici peu abondantes, ailleurs elles le sont plus) : 12 lamelles à bord abattu, 12 pointes du Tardenois, 12 segments de cercles, 17 armatures à retouche couvrante. Toutes ces classes sont bien connues au stade moyen, et il est à proprement parler étonnant de les trouver avec les trapèzes, surtout avec ceux du stade final. Il y a aussi alors des pointes simples (pointes à base non retouchée), mais elles risquent fort d'être indiscernables de celles bien connues utilisées par les fabricants des grands scalènes. Nous avons donc fait un plan de ces armatures ici rares (fig. 19). On constate alors que toutes ces catégories sont réparties essentiellement en dehors de l'espace occupé par les trapèzes de Vielle ! Il y a un groupement sud, associé avec la plus importante concentration de petits scalènes, un groupement nord-ouest dans la zone vide de trapèzes déjà signalée, ce groupe est à l'évidence en rapport avec le site A.T. III, où nous savons que R. Chevallier a trouvé des pointes à retouche couvrante, enfin deux pointes du Tardenois, deux segments de cercles et une pointe à retouche couvrante sont associés au groupe de petits scalènes au sud-est de l'A.T. Xa ! Examinons ensuite le style de ces pièces (fig. 11 et 20) : le style est difficile à décrire, mais ceux qui le perçoivent le sentent rapidement.

Pointes du Tardenois (et une pointe ogivale courte) : le style est absolument celui du stade moyen, les pièces du stade récent de Montbani-13, à moins de 12 km, sont plus grandes et autrement construites (Rozoy 1978, pl. 138 b), elles sont faites sur des lamelles à trois pans de débitage Montbani. Il est radicalement impossible que l'évolution se soit poursuivie de façon régressive pour retrouver absolument tous les caractères du stade moyen. Par exemple, on connaît à Beaugency des pointes du Tardenois très évoluées qui y remplacent les trapèzes, mais elles ont un tout autre style (Rozoy 1978, chapitre 19). De plus, ici, 8 sur les 12 sont retouchées à gauche, habitude constante du stade moyen, qui contraste avec la retouche à droite fortement dominante des trapèzes dans la région. Pour qui connaît un peu les pièces du stade moyen et leur évolution au début du stade récent, un simple regard sur les planches suffit à rejeter toute idée de contemporanéité avec les trapèzes.
Segments de cercle : Il y a douze pièces (trois entières et neuf fragments), pratiquement semblables entre elles... et à celles bien connues du stade ancien-moyen. Il n'y a non plus guère de vraisemblance à ce quelles aient perduré aussi longtemps, à l'identique. Ce qui porte à douter très fortement de la "persistance" qui nous avait étonnés à Lorges (Rozoy 1978, p. 877). Mais à Lorges les segments sont seuls avec les trapèzes (sauf à faire de nouvelles recherches), ici ils sont accompagnés de tout l'arsenal classique du stade moyen.
Lamelles à bord abattu : La pièce entière (bitronquée, fig. 11, n° 22) et 10 des 11 fragments sont localisés en dehors de la zone des trapèzes, ce n'est pas un hasard, si les fabricants de trapèzes en avaient fait, ils ne se seraient pas donné la peine de s'éloigner pour cela. Et elles concordent bien (en topographie) avec les autres armatures du stade moyen.


Armatures à retouche couvrante : Il y a 17 pièces : 7 feuilles de gui, 3 fortes pièces "inachevées" (probablement des imitations maladroites par ceux qui ne savent pas les faire) comme il y en a dans tous les sites un peu fournis, 6 fragments d'autres pièces étroites et longues comme celles de Tigny (Rozoy 1998 b) et une pointe à base biaise, comme celles présentes à Sablonnière II et à Montbani-12. Le tableau est analogue à celui du campement ouest de Tigny. Comme à Tigny, 9 pièces sont brûlées et une chauffée, ce qui contraste, aussi comme à Tigny et à Montbani-13, avec le faible nombre d'armatures brûlées et chauffées dans le reste de la panoplie (28 brûlés et 18 chauffés sur 227 trapèzes de Vielle, même proportion autour de 20 % pour les autres classes, tableau 4). C'est donc une nouvelle confirmation du lien des armatures à retouche couvrante avec le feu. 7 pièces sont au sud, 2 au centre et 1 à l'est, 7 autres en bordure de l'A.T. III, et en fait dans cette concentration. Parmi celles-ci, une feuille de gui (n° 6906, fig. 20 n° 46) en grès-quartzite de Wommersom, qui traduit clairement le contact avec les chasseurs du Brabant. Les proportions des types et des effets du feu sont égales de part et d'autre, ces localisations bien séparées, correspondant très probablement à trois camps distincts, sont absolument assimilables l'une à l'autre à tous points de vue.

Nous avons là, en qualités et même en quantités, le tableau complet des armatures du stade moyen, avec le traditionnel équilibre des classes d'armatures, toutefois quelque peu décalé en faveur des triangles scalènes et des armatures à retouche couvrante. Il ne manque même pas les quelques pointes simples qui subsistent à la fin du stade moyen : certes la quasi-totalité des pointes simples du site sont attribuables aux faiseurs de trapèzes (ou plutôt, on le verra, de scalènes à retouche inverse plate). Certes l'isolement des plus petites d'entre elles, de la même façon que pour les petits scalènes, a fourni un plan de répartition (fig. 21) qui concorde essentiellement avec celui des trapèzes de Vielle. Mais ce plan comporte toutefois 13 pièces (sans le bulbe en majorité, ce qui va bien mieux avec le stade moyen qu'avec le stade final) dans les zones des armatures du stade moyen. La présence de cette panoplie complète des armatures du stade moyen à l'A.T. X nous amène à penser que le site de l'A.T. II avait lui aussi connu une présence antérieure : il y fut trouvé 6 armatures pointues de ce stade : 4 triangles, une pointe simple et une pointe du Tardenois, de style "stade moyen", et 10 lamelles à bord abattu (Rozoy 1978, p. 528 et pl. 144). Nous verrons ci-après au site A.T.  V (qui est la suite de A.T. II) une situation analogue.

Il y a eu sur le site X au moins trois camps des archers du stade moyen, peut-être quatre. En effet, l'espace libre de 4 à 5 m entre les pièces du sud et du nord-ouest, celui de 3 à 4 m entre celles du nord-ouest et du sud-est, sont analogues aux distances trouvées dans d'autres sites du stade moyen, notamment au Tillet, entre des camps dont les compositions typologiques (ici non détaillables) montrent qu'ils ne sont pas strictement contemporains. Les dimensions habituelles des concentrations étant autour de 5 x 8 m, il y a bien place ici pour au moins trois campements, en sus de ceux du stade final. Le groupe central pourrait témoigner d'un quatrième. La date approximative à retenir pour les camps "stade moyen" de A.T. X est celle fournie par les analyses au radiocarbone de Sablonnière II (Gif 1266 : 6 040 ± 190 B.C.) et Montbani-II (Gif 355 : 6 110 ± 350 B.C.), à la fin du Tardenoisien moyen, avec des feuilles de gui. On notera toutefois qu'il y a ici plus de pointes à retouche couvrante que des autres classes (sauf les scalènes), proportions inversées par rapport à Montbani-II et Sablonnière-II, ces camps pourraient être un peu plus récents. Mais les effectifs sont un peu faibles pour une bonne sécurité. Il y a eu au moins un passage antérieur d'archers puique les charbons trouvés sous le foyer construit en I-49-50, qui était au fond de la couche archéologique, plutôt dessous, ont donné : Ly-3149 : 9 120 ± 220 B.P., date incompatible avec la présence en Tardenois des armatures à retouche couvrante, il s'en faut de mille ans. La clairière sableuse dans sa partie X a donc été habitée au moins à sept ou huit reprises par les archers : un camp au début du stade moyen, trois (ou quatre) dans sa seconde moitié, deux autres si l'on distingue les gens du Xb qui faisaient leurs trapèzes de Vielle un peu plus épais que ceux du Xa, et un autre pour les faiseurs de trapèzes de Vielle à retouche inverse plate. Il nous reste à voir si les auteurs des scalènes à retouche inverse plate ne sont pas encore un huitième ou neuvième épisode, et nous verrons que les sites XIV et IV ont eu aussi d'autres camps.

La présence de la clairière au-dessus du marais était évidemment le point d'appel amenant au Boréal les chasseurs à camper dans ce site. Il n'est pas certain (quoique possible) qu'il s'agisse du retour des mêmes personnes en un lieu déjà connu. Le même motif attirera deux ou trois mille ans plus tard les faiseurs de trapèzes. Pourquoi n'est-il venu personne au stade récent ? Probablement parce que la fin du Boréal et le début de l'Atlantique - pourtant des climats nettement différents - avaient entraîné un assèchement du marais, constaté par la palynologie, comme exposé dans Rozoy et Slachmuylder 1990.

Les trapèzes rectangles courts.

Ces pièces, définies (par rapport aux trapèzes de Vielle) par leur angle à la pointe égal ou supérieur à 45°, ne portent pas la retouche inverse plate : 3 cas seulement (toutes trois avec l'angle égal à 45°) sur 111 objets. Elles sont dans l'ensemble nettement plus petites et plus étroites que celles plus pointues. Leur distribution spatiale est analogue à celle des trapèzes de Vielle, avec toutefois un plus net déséquilibre entre le Xa et le Xb : 90 et 21 pièces (fig. 22) (les vrais Vielle sans R.I.P. sont à 29 % dans le X b). Les distributions de leurs trois dimensions fournissent toutes des graphiques en plateaux, parfois avec trois sommets peu distincts, qui sont synthétisés par celui des poids (fig. 23). On peut donc suspecter au moins deux fabrications assez voisines. Nous avons trié, comme pour les scalènes, les trapèzes asymétriques et les pointes simples, ceux qui sont plus ou moins pygmées. Leur distribution spatiale (fig. 24) est absolument homogène à celles de leurs homologues plus grands et à celle des trapèzes de Vielle sans R.I.P., avec une particulière faiblesse dans le Xb : seulement 8 parmi les 40 petits, qui ne fait que refléter le déséquilibre constaté ci-dessus pour les pièces plus grandes. Deux pièces seulement (faisant partie des 8) sont dans une zone à armatures du stade moyen, dans A.T.III. Il n'y a donc pas à chercher une fabrication spéciale de petites pièces dans cette catégorie, d'ailleurs la continuité dimensionnelle est frappante entre les petits et les moyens. Nous reviendrons plus loin sur les deux fabrications des moyens et grands.

Les trapèzes à bases décalées et les triangles de Fère.

Ces deux catégories peuvent être considérées comme des aboutissements typologiques d'une certaine évolution des trapèzes, l'évolution dans l'autre sens donnant les grands scalènes. Elles dérivent en somme de l'exagération de certains caractères plus ou moins affirmés sur les trapèzes de Vielle : concavité de la petite troncature, par allongement de la petite base au-delà de cette troncature (d'où les bases décalées), raccourcissement de la petite base par allongement de la grande troncature (d'où le triangle de Fère). On ne sera donc pas étonnés de trouver leur distribution spatiale très analogue à celle des trapèzes de Vielle (fig. 25). Ceux d'entre eux qui portent la retouche inverse plate (cerclés sur le plan) sont (sauf une exception au nord pour chacun des deux types) dans l'espace des trapèzes de Vielle avec R.I.P., plus restreint comme on le sait que l'espace des vrais Vielle. Leurs dimensions fournissent, aussi sans étonnement, des graphiques globaux (poids) parfaitement unimodaux évoquant des fabrications uniques (fig. 26). Toutefois, les épaisseurs de ceux qui portent la retouche inverse plate sont à 3-3,5 mm, comme pour toutes les armatures à R.I.P., et les largeurs des triangles de Fère (même sans R.I.P.) sont centrées sur 13 mm, module des armatures à R.I.P. On pourrait donc considérer ces deux catégories comme de purs et simples appendices des trapèzes de Vielle dont elles partagent les distributions et aussi l'évolution dimensionnelle lors de l'apport des retouches inverses plates. On remarque toutefois que si les triangles de Fère sont deux fois plus nombreux dans le Xa que dans le Xb (24 et 12), ce qui correspond aux proportions des trapèzes de Vielle (163 et 70), par contre les trapèzes à bases décalées sont presque aussi nombreux dans le Xb (23) que dans le Xa (27), ce qui correspond plutôt aux proportions des scalènes à R.I.P. (68 et 79). De plus, dans le Xa les trapèzes à bases décalées portent rarement la R.I.P. (3 sur 27), alors que c'est le cas de la moitié des triangles de Fère (6 sur 12). La situation n'est donc pas aussi simple qu'on aurait pu le croire, c'est encore un indice de la multiplicité des stationnements sur le site.

Les pointes "Troncature + cassure".

Ce type d'armatures (le n° 47 de la liste-type) n'a pas toujours été reconnu comme tel, et ce n'est pas par hasard qu'il a été placé à la limite des outils du fonds commun et des armatures. Toutefois, dans les industries à trapèzes, il devient évident pour la plupart des auteurs qu'il s'agit non pas d'ébauches inachevées (comme on le disait aussi jadis des pointes simples, avant notre article de 1966 avec Raoul Daniel), mais bien d'armatures conçues comme telles. Il y en a 189 à l'Allée Tortue X (dont 121 dans le Xa) pour 389 trapèzes rectangles, un pareil taux d'inachevés n'est pas vraisemblable. D'ailleurs beaucoup (79 sur 189, soit 42 %) présentent des stigmates de percussion longitudinale, plus presque autant (67) dont les cassures de la pointe (en plus de celle de base), non caractéristiques, ne permettent pas d'affirmation sur la cause du bris. Aucune ne porte la retouche inverse plate, ce qui suppose qu'on devrait plutôt les rapprocher des 341 trapèzes rectangles dans ce cas (233 trapèzes de Vielle sans R.I.P. et 108 trapèzes rectangles courts), ce qui augmente encore la proportion de cet ensemble. Elles sont en très forte majorité retouchées à droite (164 sur 189, dont 64 sur 68 dans le Xb), comme les trapèzes du site et de la région, et au contraire de la tradition constante du stade moyen. Elles comportent une pièce en grès-quartzite de Wommersom, retouchée à droite. Cette pièce, qui est à la limite de la zone occupée au stade moyen, peut appartenir aussi bien à une époque qu'à l'autre, les lamelles tronquées existent aux deux périodes. Un bon nombre de ces pointes " Troncature + cassure " sont faites sur des lames ou lamelles Montbani, ce caractère leur est commun avec les pointes simples, il n'a pas été observé sur les autres classes d'armatures. La conservation de gros piquants-trièdres, fréquente sur ces deux catégories, est un élément typique du stade tout-à-fait final, parallèlement aux armatures à éperon de l'Ouest, à la pointe de Sonchamp dans le Tardenoisien-Sud, etc (tableau 3). Dans certains cas, on perçoit que la cassure de base résulte non d'une simple flexion mais d'une percussion longitudinale (fracture en languette) ce qui suppose la cassure d'une armature plus longue dont nous ignorons le type, parfois aussi il y a là des enlèvements à type de coup de burin qui signalent la réaction de la percussion à la base contre la hampe. Les stigmates de percussion ne sont pas apparents sur toutes les armatures ayant percuté, il est donc possible qu'une partie (importante ?) des pointes "Troncature + cassure" provienne de la fracture d'armatures plus longues, probablement des pointes simples, à la suite de percussions. La distribution spatiale (fig. 27) est calquée sur celles des scalènes avec R.I.P. (fig. 15) plus que sur celle des trapèzes de Vielle (fig. 5). Les caractères dimensionnels (fig. 28) fournissent des courbes en cloches avec des expansions dans les dimensions fortes (jusqu'à 2 g et plus pour le poids), en petits nombres, mais nous verrons que ce caractère, de nouveau, est commun avec les pointes simples ce qui pousse à y voir deux fabrications très inégales en abondance. La partie "cloche" ne comporte pas de différence entre le Xa et le Xb, elle est symétrique sauf pour la distinction entre les pièces dont l'angle est supérieur ou inférieur à 45°, où tout normalement les pièces à angle plus aigu sont un peu plus longues et celles à angle moins aigu un peu plus lourdes (fig. 28, au milieu). Mais les épaisseurs (fig. 28, en bas) sont absolument les mêmes dans les deux sites a et b, au contraire de ce qui a été observé pour les trapèzes de Vielle (voir ci-dessus). Nous reviendrons plus loin sur ces caractères.

Les pointes simples.

Les pointes à base non retouchée - ici uniquement pointes à troncature oblique - ont été au stade ancien un élément majeur de l'arsenal microlithique. Leur nombre a peu à peu diminué, jusqu'à disparition à la fin du stade moyen. Elles sont absentes du stade récent et reparaissent sous une autre forme au stade final qui nous intéresse ici. Elles sont plus grandes, certaines, comme à Belloy-Plaisance qui est probablement plus homogène, dépassent même les limites habituelles du microlithisme : 5 cm en longueur et 4 mm en épaisseur. Ainsi, la pointe 3396 de K60SW de 6,5 cm, faite sur une lame Montbani (fig. 38, n° 16), est absolument semblable à une pièce qui nous avait frappés pour la même raison à Belloy-Plaisance (Rozoy 1978, pl. 154 bis, n° 12). La plupart comportent le bulbe de percussion, ce qui était jadis l'exception. La question est de savoir au juste en quelle compagnie et à quel moment se produit cette réinvention, et si celles trouvées à l'A.T. X résultent d'une fabrication homogène, ou de deux ou plusieurs apports. Comme pour les autres classes d'armatures, nous avons analysé leurs dimensions (fig. 29 et 30). Si les longueurs sont univoques (fig. 29, en haut), quoique avec un petit appendice pour les grandes longueurs, par contre les largeurs (fig. 29, au milieu) et les épaisseurs (fig. 29, en bas) présentent des graphiques à plateaux, qu'il s'agisse des pointes avec ou sans le bulbe. Pour les largeurs, le premier petit plateau additionnel à 9-10 mm pour les pointes sans le bulbe correspond évidemment au petit nombre de pointes simples du stade moyen qu'on a évoquées déjà, mais il subsiste le plateau principal parallèle à celui des épaisseurs (fig. 29, en bas). Ces graphiques en plateaux dénotent clairement le mélange de deux ou plusieurs fabrications aux caractéristiques voisines. Bien entendu, cela se répercute sur les graphiques des poids (fig. 30). Pour ceux-ci, nous avons séparé les sites Xa et Xb. On retrouve sans étonnement pour les pointes simples sans bulbe dans le seul site Xb un premier maximum autour de 0,4 g (fig. 30, en haut) qui correspond aux quelques pointes simples sans bulbe du stade moyen, on sait que la partie sud du Xb comprend le plus fort contingent de cette époque. Pour les pointes simples avec bulbe (fig. 30, en bas) on constate un premier poids moyen plus élevé, autour de 0,8 g, pour le site Xb ; le site Xa centre autour de 0,6 g. Dans les deux cas il y a un troisième élément peu abondant pour des poids élevés, au-dessus de 1 g : autour de 1,6 g pour les pointes avec bulbe, autour de 1,4 g pour celles sans bulbe, cette différence est normale du simple fait de la structure même des pointes en question. Il y a donc une troisième fabrication pour quelques pointes simples assez lourdes, dans les deux sites. Comme pour les pointes "troncature+cassure", un nombre notable de pointes simples, généralement de forte taille, sont faites aux dépens d'anciennes lames Montbani ou (et) portent de gros piquants-trièdres (fig 38 et tableau 3).

Si nous écartons les quelques pointes simples du stade moyen, généralement sans le bulbe, la question est maintenant : Qui (et quand) a fait l'ensemble de ces pointes simples ? ou plus exactement : les deux ensembles, puisqu'il y en a quelques-unes au-dessus de 1 g. La répartition sur le terrain (fig. 31) ne nous fournit guère d'information : il y en a partout. Tout au plus remarque-t-on que la distribution n'est pas tout-à-fait la même que celle des trapèzes de Vielle sans R.I.P. (fig. 5) : comme celle des scalènes à retouche inverse plate, elle est un peu décalée vers le sud-est, sans que cela soit bien significatif : la coïncidence avec les trapèzes de Vielle est plus abondante que son contraire. C'est la comparaison avec les autres sites de l'Allée Tortue qui va nous éclairer : le site A.T. II (Parent 1967, Rozoy 1978, p. 525-533) comprend 107 trapèzes, la plupart rectangles (courts et longs) et une seule pointe simple, encore celle-ci est-elle douteuse car abîmée par le feu. Il y a seulement 9 trapèzes divers à retouche inverse plate. Dans ce que nous avons pu fouiller du site A.T. IV, continuation du II, nous avons trouvé 901 outils dont 121 trapèzes plus 13 armatures à retouche inverse plate, avec 12 pointes simples, dont 4 sans le bulbe. La disproportion est manifeste entre les trapèzes simples et les armatures à R.I.P ou pointes simples. Enfin J. Hinout (1962, 1984), au site A.T. I, n'a trouvé, pour 120 trapèzes de Vielle, aucune pointe à base non retouchée et seulement 6 scalènes à retouche inverse. Il y a aussi une pointe à retouche couvrante et une pointe du Tardenois qui signent, comme au site X, la présence des gens du stade moyen. Il apparaît donc qu' à l'Allée Tortue ont campé des chasseurs qui faisaient des trapèzes de Vielle sans faire de pointes simples. On peut donc penser que les trapèzes de Vielle des sites A.T. Xa et A.T. Xb sont l'oeuvre des mêmes archers (ou d'apparentés) et que les pointes simples ont été faites par d'autres, probablement leurs descendants (puisque nous avons, avant, une continuité depuis le stade récent). Reste à savoir quelles autres armatures les auteurs des pointes simples ont faites pour compléter leur panoplie. Ceci sera abordé plus loin.

Caractères particuliers des pointes tardives.

On a vu ci-dessus que les pointes "troncature+cassure" présentent, au moins en bonne partie, des caractères communs avec les pointes simples : fabrication parfois aux dépens de lames et lamelles Montbani, conservation fréquente de gros piquants-trièdres (tableau 3 et fig. 38). Les caractères techniques de largeur (12-13 mm, fig. 33, au milieu) et d'épaisseur (jusqu'à 3 et 4 mm et plus, contre 2,5 à 3 mm pour les pointes simples sans le bulbe, fig. 29, en bas) sont dans le même cas. C'est donc au moins une part notable de ces pointes à cassure qui fut faite par les auteurs des pointes simples, probablement à une période où non seulement les trapèzes, mais même les grands scalènes étaient déjà en voie de délaissement ou même totalement abandonnés.

Les armatures denticulées.

L'Allée Tortue X-XIV nous a fourni, à notre vif étonnement, 43 armatures denticulées, ou plus exactement 30 pièces à peu près entières (fig. 38) et 13 débris généralement très minimes, ne permettant ni de reconnaître le type ni d'en apprécier la longueur, la largeur et même l'épaisseur ni d'autres particularités. 26 des pièces identifiables viennent du site X, tant Xa que Xb, et quatre du site XIV. Nous n'avons pas connaissance que ce genre de variétés ait été décrit dans d'autres sites ; l'A.T. IV n'en a pas donné. Les pièces ont été fabriquées normalement, exactement comme les autres des mêmes types, et la denticulation a été ajoutée après coup par des retouches directes assez violentes, coups portés perpendiculairement à la face supérieure, ou parfois sur la face plane, la plupart du temps emportant quelques écailles de la face opposée, espacées d'un ou deux millimètres. Nous avons pu ainsi compter jusqu'à neuf encoches sur un bord de 24 mm, le plus souvent il y en a quatre ou cinq. Ces retouches denticulantes sont placées généralement sur la grande troncature, mais parfois sur le bord libre ou sur la petite troncature, rarement sur deux côtés. Il s'agit exclusivement d'armatures de la famille des trapèzes évolués : 15 grands scalènes, dont 9 avec la retouche inverse plate, 9 trapèzes asymétriques, tous avec cette retouche, 4 trapèzes de Vielle, dont 2 avec la R.I.P., et 2 pointes simples avec de gros bulbes saillants (sans R.I.P. bien entendu). La distribution spatiale de ces pièces est absolument identique à celle des scalènes à retouche inverse plate (fig. 15). Les graphiques de leurs épaisseurs (fig. 35, en bas) montrent aussi leur parenté certaine avec les scalènes à R.I.P., d'ailleurs on a vu que 24 de ces pièces sur 30 identifiables sont de grands scalènes ou leur variante très voisine, les trapèzes asymétriques. Cette fabrication a une unité évidente et ne doit pas s'étaler sur un grand laps de temps. Il n'en est que plus intéressant d'y trouver d'une part quatre trapèzes de Vielle (dont deux sans R.I.P.), la forme précédente, d'autre part deux pointes simples avec les bulbes, que l'on présume avoir été la forme suivante. Cela atteste la continuité dans les fabrications. La continuité technique est marquée encore par les denticulations et les piquants-trièdres : une partie notable des pointes simples et des pointes "troncature+cassure" était faite sur des lames ou lamelles Montbani ou (et) portent de gros piquants-trièdres (tableau 3). Or les pièces faites sur lames Montbani réalisaient en somme (probablement du fait du travail auquel elles avaient servi) des denticulations toutes prêtes, et d'autre part les armatures denticulées portent presque toutes de gros piquants-trièdres (17 sur 30, mais la plupart des autres sont cassées à la pointe). La continuité technique s'étend donc à ces deux types de pointes évoluées, et particulièrement à leurs variantes les plus extrêmes en taille et en poids.

Qu'est-ce qui va avec les trapèzes de Vielle sans R.I.P.?

Nous avons séparé les trapèzes de Vielle sans R.I.P. des pointes simples et des Vielle avec R.I.P. Il en découle une question : quelles autres armatures les auteurs des Vielle sans R.I.P. ont-ils faites ? Nous avons vu ci-dessus que les trapèzes à bases décalées et les triangles de Fère sont, en somme, de simples appendices techniques des trapèzes de Vielle. C'est un premier apport, mais ces types sont trop proches des Vielle pour en constituer tout le complément : nous savons, en effet, que les Mésolithiques emploient toujours plusieurs classes d'armatures nettement différentes. Les trapèzes rectangles courts ont une forme très proche de celle des Vielle avec lesquels ils sont en continuité, la différence (importante... à nos yeux, peut-être pas pour les archers) étant constituée par la moindre acuité de la pointe (> 45°). Leur distribution spatiale (fig. 22) est tout-à-fait la même et nous pouvons penser qu'au moins une partie d'entre eux est le fait des mêmes auteurs (on a vu que leur graphique en plateau (fig. 23) indique deux ou plusieurs fabrications, mais il y a aussi plusieurs fabrications pour les épaisseurs des trapèzes de Vielle, fig. 7, en bas). Les largeurs des trapèzes rectangles courts (fig. 32, au milieu) sont en partie compatibles, le mode des trapèzes de Vielle à 11 mm étant dans la part première de leurs largeurs, mais ils comportent des pièces larges (13 mm et plus) absentes des trapèzes de Vielle. Les épaisseurs (fig. 32, en bas) sont compatibles, les trois maxima des épaisseurs à 2,3, 2,7 et 3,1-3,2 mm se retrouvent dans les deux cas. Il semble donc que l'on puisse attribuer au moins une bonne partie des trapèzes rectangles courts aux fabricants de trapèzes de Vielle. Avec les trapèzes à bases décalées et de Vielle, du moins ceux sans R.I.P., les deux camps principaux totaliseraient donc quelque 350 ou 400 armatures, moins de la moitié du total.

Les pointes "troncature+cassure", au contraire des trapèzes rectangles courts, ont des dimensions unimodales paraissant exprimer une fabrication unique. Les épaisseurs (fig. 33, en haut), centrées entre 2,5 et 3 mm, sont compatibles avec celles des trapèzes de Vielle, mais les largeurs (fig. 33, en bas) sont centrées à 12-13 mm, alors que celles des trapèzes de Vielle le sont à 11 mm. Il est donc douteux d'attribuer les pointes "troncature+cassure" aux auteurs des trapèzes de Vielle. On va voir que ces valeurs mixtes sont retrouvées pour d'autres catégories.

Qui a fait les retouches inverses plates ?

Les retouches inverses plates (R.I.P.) concernent à l'Allée Tortue X : 286 armatures sur les 1 255 répertoriées. Le plus gros (et de loin) en est constitué par les grands triangles scalènes (147 pièces) avec leur variante, les trapèzes asymétriques (67 pièces). La seule autre catégorie importante est celle des trapèzes de Vielle avec 45 cas : au total, déjà 259 armatures. Donc sensiblement autant que pour les fabricants de trapèzes de Vielle sans R.I.P. (233 pièces, plus une partie des trapèzes rectangles courts, des pointes "troncature+cassure", et des pointes simples, mais probablement en plusieurs camps). On a vu ci-dessus les raisons de séparer les trapèzes de Vielle sans R.I.P. de ceux portant cette retouche : ces derniers sont moitié plus lourds, et leur distribution spatiale est beaucoup plus restreinte (fig. 5, 6 et 8). Or cette distribution n'est pas non plus identique à celle des grands scalènes à R.I.P., qui sont beaucoup plus étalés sur la surface fouillée (fig. 15), sans que nous sachions si cet étalement est le fait d'un campement unique ou plus probablement de deux ou plusieurs (puisque notre expérience nous a toujours montré des camps élémentaires de l'ordre de 40 à 60 m2). S'il s'agit de plusieurs camps, l'un (ou deux) peu(ven)t avoir fait les trapèzes de Vielle à R.I.P., les autres non, ce qui suppose de toutes façons la présence successive d'au moins deux groupes humains pratiquant différemment, en sus de ceux déjà montrés pour le stade moyen et pour les deux camps à trapèzes de Vielle sans R.I.P. Les scalènes à R.I.P. et les trapèzes de Vielle à R.I.P. ont les mêmes largeurs centrées sur 12 mm (fig. 34) alors que les trapèzes de Vielle sans R.I.P. sont centrés sur 11 mm. On trouve la même analogie pour les épaissseurs, centrées sur 3 à 3,5mm (fig. 35), alors que les trapèzes de Vielle sans R.I.P. le sont sur 2,6 - 2,7 mm. La plupart des armatures à retouche inverse plate sont donc fabriquées sur des lamelles analogues, un peu plus larges et un peu plus épaisses que celles ayant servi pour les trapèzes de Vielle sans R.I.P. C'est un fort argument pour une certaine unité de l'ensemble à R.I.P., malgré la divergence des distributions spatiales. Les trapèzes asymétriques toutefois posent problème, car si ceux à R.I.P. ont bien les épaisseurs centrées sur 3 à 3,5 mm comme leurs homologues scalènes et Vielle (fig. 36), leurs largeurs (fig. 37) sont étalées de 11 à 14 mm, avec le plus fort nombre à 11 mm comme les Vielle sans R.I.P., il y a donc au moins deux fabrications très proches. De plus, les grands trapèzes asymétriques sans R.I.P., après exclusion des petits supposés appartenir au stade moyen, montrent le même étalement des largeurs, cette fois de 10 à 14 mm, qui signe aussi la présence de deux ou plusieurs fabrications, et leurs épaisseurs, unimodales, elles, sont centrées sur 2,5 à 3 mm (fig. 37, en bas), sur le modèle des trapèzes de Vielle sans R.I.P. et non sur celui de l'ensemble des armatures à R.I.P. On retrouve pour les épaisseurs des grands scalènes sans R.I.P. la même unimodalité, centrée sur 2,6-2,7 mm avec un petit nombre de valeurs fortes au-delà de 4 mm, et le même étalement des largeurs avec un premier mode à 11 mm. Toutes ces intrications des valeurs de dimensions des débitages imposent l'idée d'une certaine continuité : non pas une présence ininterrompue sur le site, qui serait contraire à tout ce que nous savons de la grande mobilité de ces chasseurs, mais une multiplicité de petits séjours s'étalant sur toute la période d'évolution de la technique vers les retouches inverses plates.

La continuité dans l'évolution des techniques.

On retrouve cette même idée de continuité si l'on réexamine maintenant les caractéristiques de dimensions des pointes simples (fig. 29). Nous avons établi qu'il y a exclusion temporelle entre les pointes simples et les trapèzes de Vielle non évolués, sans retouche inverse plate. Toutefois, si l'on regarde un peu attentivement les graphiques des épaisseurs (fig. 29, en bas), on constate que les pointes sans le bulbe, peu nombreuses, sont faites sur des lamelles moins épaisses, vers 2,5 mm, ce qui correspond aux moyennes anciennes, celles des vrais Vielle sans R.I.P. (bien que l'on n'en trouve pas dans plusieurs des sites à trapèzes de Vielle sans R.I.P.). Pour les largeurs, elles commencent à 11 mm et sont en continu jusque 14 mm. Ce sont les pointes simples avec le bulbe (les plus nombreuses) qui ont vraiment les caractères des armatures à retouche inverse plate : largeur de 12-13 mm, épaisseur de 3 à 3,5 mm et même plus : non seulement celles-ci accompagnent les armatures à R.I.P., mais elles paraissent même (en petits nombres, il est vrai) les dépasser, avec des pièces qui sortent des limites habituelles du microlithisme, jusque-là toujours respectées depuis quelque 5 000 ans.



Toute l'évolution à l'Allée Tortue au stade récent-final, depuis les trapèzes de Vielle jusqu'à ces grandes pointes simples, consiste essentiellement, au-delà des formes mêmes des armatures, qui ne sont que des modes passagères, en une augmentation très progressive des trois dimensions, qui correspondent à celles des flèches devant porter ces armatures, et probablement à l'emploi d'arcs plus puissants, peut-être à double courbure.

Le tableau 4 rassemble les informations objectives concernant les caractéristiques techniques de dimensions des armatures de l'Allée Tortue (sauf celles du stade moyen). Il s'agit, bien entendu, des valeurs centrales des débitages des lamelles sur lesquelles ont été faites les classes d'armatures en question, comme le lecteur peut le vérifier (et en voir les détails) sur les graphiques. En fonction des distributions topographiques, des associations et des exclusions observées, et des connaissances acquises par ailleurs dans d'autres sites et régions, il est tentant d'interpréter ces données de fait en termes d'une évolution chronologique. On aurait ainsi lors de la première réoccupation du site au stade final l'ensemble (colonne 1) des trapèzes de Vielle et de leurs variantes, l'une courte, les autres déformées, qui ont constitué (avec des outils communs et des lames et lamelles Montbani, mais indiscernables) l'essentiel du fonds des camps Xa et Xb. On doit être là au tout début du stade final, voire à la transition stade récent-stade final. Les trapèzes de Vielle à Montbani-12 et -13 et au Parc de l'ancien château, distant de 600 m, partageaient l'espace des armatures avec des scalènes et des pointes du Tardenois, les uns et les autres assez modifiés depuis le stade moyen (Rozoy 1978, p. 494-512), et des armatures à retouche couvrante comprenant des pointes à base biaise. Tous ces héritages anciens ont maintenant disparu, et les variantes des trapèzes sans R.I.P. (à bases décalées, triangles de Fère, trapèzes rectangles courts, et quelques trapèzes asymétriques) assurent seules l'indispensable diversité des façons d'armer les flèches.

Les gens du camp Xb font leurs trapèzes de Vielle un peu plus forts que ceux du Xa (0,5 g au lieu de 0,4), c'est peut-être déjà un peu plus tard. Puis (colonnes 2 et 3) s'opère une évolution : le débitage est un peu plus épais (colonne 2) ou un peu plus large (colonne 3), on glisse des trapèzes asymétriques aux grands scalènes, encore sans la retouche inverse plate, celle-ci cependant apparaît sous quelques trapèzes asymétriques, et l'on commence à refaire des pointes simples sans bulbe, forme élémentaire abandonnée depuis un bon millénaire, qui va de pair avec une autre forme simple, les pointes "troncature+cassure" (on verra plus loin, à propos des structures, la mise en cause de ces dernières pour cette période).


On arrive ainsi au milieu du stade final et se trouve constitué un nouvel ensemble centré sur les armatures à retouche inverse plate (colonne 4) où les auteurs des camps initiaux auraient eu peine à reconnaître leur panoplie d'armatures : le débitage est à la fois plus épais et plus large, d'où une augmentation massive des poids : moitié en plus. C'est peut-être cela qui entraîne la retouche inverse plate : nécessité pour l'emmanchement, ou peut-être même lésion involontaire produite lors de l'insertion dans la hampe. Tout scalène ou trapèze assez aigu porte cette retouche inverse, les scalènes et les trapèzes asymétriques l'emportent de loin sur les trapèzes de Vielle et leurs dérivés. S'y joignent les trapèzes rectangles courts (aussi souvent percutés que les autres), les pointes "troncature+ cassure" et les pointes simples, maintenant avec le bulbe, les uns et les autres sans la retouche d'emmanchement. Cet équilibre toutefois ne va pas durer, il n'y a pas d'exemple d'une industrie stationnaire, l'évolution va continuer et l'on va se mettre (colonne 5) à tailler les "troncature+cassure" et les pointes simples dans des lames et lamelles Montbani, à leur laisser de gros piquants-trièdres, à les faire de plus en plus grandes et de plus en plus lourdes, toutes façons que l'on n'observe pas sur les scalènes et trapèzes : on peut se demander si, à la fin, ceux-ci subsistaient encore. Nous ne pourrions le savoir que par la découverte de sites non mélangés.

L'emploi des armatures.

Nous avons établi au Tillet pour le stade moyen (Rozoy 1999) que l'on y trouve uniquement les armatures provenant de la réparation des flèches après la chasse ou l'entraînement. En effet, la proportion d'armatures cassées y est considérable, dépassant 90 % des armatures attestées, encore n'avons-nous pas examiné les pointes "intactes" à la loupe binoculaire ou au microscope. En outre, la proportion d'armatures portant des stigmates de percussion longitudinale (perceptibles sans instruments d'optique complexes) est importante (30 %). Le même type d'examen a fourni pour l'Allée Tortue X les éléments inclus dans le tableau 5 : on voit que, comme au Tillet, mais d'une façon plus diversifiée, la grande majorité des armatures attestées sont cassées de façon ou d'autre : plus du tiers (37 %, donc nettement plus qu'au Tillet) portent des traces, identifiables dans ces conditions d'examen, de percussion longitudinale, plus encore sont cassées sans que l'on sache présumer si cela provient ou non d'une percussion (cassures par flexion ou par effet du feu). Cette proportion plus élevée corrèle avec la baisse du taux d'armatures et indique une baisse dans l'emploi des tranchants latéraux.

Comme au Tillet, moins de 25 % des armatures attestées paraissent (dans ces conditions d'examen) intactes. Mais il y a de fortes variations selon les types et les classes : 99 trapèzes de Vielle sur 233 paraissent intacts, soit 42 %, mais leur taux de percussion est normal, 37 %, on peut penser que les intacts correspondaient à des réserves qui n'ont pas servi ( ? ). Autre surprise : les pointes "troncature+cassure" ont un des taux de percussion les plus élevés parmi les armatures identifiables: 41 %. C'étaient donc bien des pointes de flèches. Or nous savons que tout impact ne donne pas de stigmates identifiables : les débris d'armatures, pour lesquels nous ne doutons guère qu'ils aient été employés au tir, n'en portent que pour la moitié d'entre eux, il y a même 35 de ces débris (sur 295) dont la pointe paraît intacte. Donc, avec 41 % de stigmates de percussion, la proportion des pointes "troncature+casssure" utilisées en tête devait être très importante, voire exclusive d'autres emplois. 54 trapèzes rectangles courts paraissent intacts sur 111 : pratiquement la moitié. C'est surprenant. Les trapèzes rectangles courts d'une part, les pointes simples de l'autre, sont les types dont les taux de percussion sont les plus bas : autour de 20 %, alors que l'ensemble se tient au-dessus du tiers (et près de la moitié pour les pièces inidentifiables). On peut penser que les trapèzes rectangles courts, peu aigus par définition, avaient plus souvent que les autres un rôle autre que de former la pointe offensive : probablement en tranchants latéraux. Il y aurait là une belle occasion de confirmation (ou d'infirmation!) par la tracéologie... si celle-ci parvenait à différencier les traces portées par les pointes et les tranchants latéraux. Le fait est plus surprenant encore pour les pointes simples, et surtout pour celles (les plus nombreuses) conservant le bulbe de percussion, gêne manifeste pour l'emmanchement. Mais on ne voit pas bien à quoi d'autre elles auraient pu servir. Aux tracéologues de jouer!

Des traces probables d'emmanchement ont été perçues sur dix-sept armatures: cinq scalènes à retouche inverse plate (dont deux denticulés), cinq trapèzes de Vielle (dont un à retouche inverse plate), quatre trapèzes rectangles courts, un triangle de Fère et deux pointes à troncature, toutes deux avec de gros bulbes saillants (l'une de ces deux est denticulée, l'autre a été faite sur une lamelle Montbani). Dans tous les cas les traces, difficiles à percevoir et très fugaces (on a dû conserver les pièces dans des sacs avec de l'eau pour maintenir les traces jusqu'au moment du dessin), sont à l'opposé de la pointe, ce qui paraît confirmer l'interprétation. Treize de ces pièces ont subi une exposition modérée au feu, ce qui en a modifié la couleur (plus terne et plus foncée, avec des marbrures faisant ressortir l'hétérogénéité du silex). Cette exposition est donc beaucoup plus fréquente dans cette série que pour l'ensemble (v. le tableau 5). Aucune des pièces n'est brûlée, sans doute parce qu'un tel traitement fait totalement disparaître les traces. Mais nous pouvons nous demander si le chauffage a été préalable à l'emploi (pour améliorer les qualités du silex en vue de la taille), ou postérieur et accidentel (et favorisant la conservation des traces). Curieusement, ces armatures sont presque toutes intactes, il n'en est que deux portant des stigmates de percussion longitudinale (l'une cassée aux deux bouts avec languette, l'autre seulement à la pointe, et très peu) et seules trois des autres ont de minimes cassures à la base et une à la pointe. Il est possible qu'il s'agisse en partie de flèches non utilisées et que cela aussi ait facilité la conservation des traces. Ces pièces ont été publiées déjà (Rozoy 1989, p. 20, Rozoy 1991, p. 405, Rozoy 1992 a, p. 33). L'intérêt ici est de confirmer que les trapèzes rectangles courts et les pointes avec le bulbe, dont les taux de percussion sont les plus faibles (tableau 5), ont quand même parfois été montés en pointes.


Un autre problème concernant les armatures est celui de leurs rapports (probablement posthumes) avec le feu. Les taux d'armatures portant les traces de l'action du feu sont variables, mais importants, généralement de l'ordre de 20 à 30 % (tableau 5), sans corrélation avec le taux de percussion. Les débris d'armatures ont connu le feu à 50 %, on peut penser que des flèches cassées, non réutilisables, ont été mises au feu avec les bases encore insérées dans le fût, mais cela ne peut s'appliquer aux pointes, nettement plus abondantes que les bases dans ces débris. Les pointes ont pu venir au feu dans la viande ou les carcasses.

La meulière brûlée.

Nous avons été frappés lors de la fouille par l'abondance des débris de meulière brûlée (généralement plus ou moins cubiques, de l'ordre de un à dix centimètres cubes) qui parsemaient la couche, et nous servaient d'indicatif : dès qu'on les entendait sonner sous le grattoir on savait que l'on abordait la couche et que l'on allait trouver du silex ; quand cela ne sonnait plus, on ne trouvait plus de silex non plus, ou très peu. Nous en avons mesuré le poids dans chaque unité de fouille (quart de mètre sur 5 cm d'épaisseur), puis totalisé. Ce poids variait de 500 g à trois ou quatre kilos par carré. A la fin de nos fouilles le tas de meulière brûlée mesurait plus de 60 cm de haut sur plusieurs mètres de long, soit plus d'un mètre cube. Nous interprétons ce matériau comme des débris de pierres chauffantes placées sur les feux pour en prolonger la chaleur pendant la nuit, et ensuite évacués pour refaire les foyers. Le plan que nous en avons fait (fig. 39), auquel manque la partie centrale du Xa fouillée avant le début du relevé des poids, ne concorde que très vaguement avec ceux du débitage, des outils et des armatures (fig. 3, 4 et 5). Il n'indique pas les emplacements du débitage ni du travail, ni ceux d'habitat, mais bien les zones de rejet, et cela s'étend certainement en dehors du périmètre fouillé dans des parties pauvres en silex, notamment au sud-ouest et au nord-est. Mais il est évident que l'on n'a pas évacué ces débris bien loin, ce qui se comprend en fonction de la nature du sol sableux, où ces petites pierres s'incorporaient facilement et donc ne gênaient pas. Nous ne voyons aucun moyen de déterminer quelles occupations ont ou n'ont pas pratiqué l'emploi de ces pierres chauffantes.

Conclusions sur l'Allée Tortue X.

Les statistiques typométriques jointes à l'analyse topographique nous ont permis d'établir fermement, outre les trois ou quatre camps du stade moyen, l'utilisation de la partie de la clairière désignée comme X par au moins quatre camps du stade final : les deux où l'on a fait des trapèzes de Vielle sans retouche inverse plate, de poids différent, un (au moins) avec les trapèzes de Vielle portant cette retouche, un autre avec les grands triangles scalènes à R.I.P., et très probablement un cinquième tout à la fin avec les pointes simples et les pointes "troncature+cassure" portant les gros piquants-trièdres et faites sur les lames Montbani. Chacun de ces "camps" résulte probablement de plusieurs visites des mêmes personnes s'installant au même endroit et de la même façon, comme nous-mêmes lors des fouilles, et pour les mêmes raisons de commodité tenant à la végétation du moment. Mais la continuité dans l'évolution, marquée en particulier par les caractères objectifs rassemblés dans les colonnes 3 et 4 du tableau 4, suggère fortement des visites intermédiaires nettement plus nombreuses entre les états bien affirmés que nous avons reconnus en premier et qui correspondent à des camps plus étoffés en temps ou (et) en nombres de participants. Le tout s'étale sur toute la durée du stade final, soit un bon millénaire.



II. ALLÉE TORTUE XIV.

Le site XIV a fourni sur 61 m2 un total de 818 outils : 274 outils du fonds commun, 20 lamelles à bord abattu, 289 lames et lamelles Montbani et 235 armatures pointues. Nous y avons noté un bon nombre de lames trouvées à plat vers 20-22 cm sous le plan de référence idéalisant la surface actuelle du sol. Il y avait donc un sol ancien à ce niveau, recouvert comme au site X par du sable soufflé depuis les parties hautes du site, à la faveur de la déforestation néolithique et postérieure. Comme tous les sites de l'Allée Tortue, le site XIV est dominé par les lames et lamelles Montbani et par les trapèzes et leurs dérivés ou commensaux ; mais, comme dans ces sites également, il y a non seulement des traces importantes d'un campement précédent du stade moyen, mais encore diverses preuves que les campements du stade final ont été multiples, dûs à des chasseurs différents et non contemporains entre eux. C'est dire que toute étude des outils communs, mélangés et indiscernables, ne pourrait être qu'illusoire, et que seule l'analyse des caractères des armatures et du débitage des lames et lamelles pourra fournir des indications approximatives permettant surtout de comparer les occupations successives à celles des autres concentrations.

Subdivision du site XIV.

Le plan de densité des silex (déchets du débitage, fig. 3) montre une nappe faiblement discontinue, beaucoup plus dense au sud, où nous sommes en continuité avec la fouille Chevallier du site III interrompue, comme dit ci-dessus, pour des motifs purement occasionnels. La limite biaise placée de U-V-47-48 à Q-R-57 peut sembler incongrue, on tendrait à la déplacer vers le sud ou à la récuser. Sur le plan des outils (fig. 4) toutefois apparaît nettement en S-T-U-54-56 un groupe de carrés (quarts de mètres) qui ont fourni chacun de 7 à 15 outils, coïncidant avec la partie nord-est un peu plus fournie en silex. Il y a donc dans A.T.XIV au moins deux centres d'abandon des outils, probablement après utilisation sur place. Le centre au nord-est (A.T.XIVa) accompagne un débitage beaucoup moins abondant que celui de la partie sud-ouest qui fournit le même nombre d'outils du fonds commun, mais nettement plus d'armatures, tant pointues que lamelles à bord abattu (tableau 6). La limite biaise en question a été fixée en fonction de cette répartition des outils, avant vérification du plan des déchets, initialement mal fait par suite de l'omission de plusieurs boites de silex. En tenant compte des déchets, on tendrait à déplacer cette limite de 50 cm vers le sud (et nous verrons plus loin deux confirmations de cette idée) ; nous avons toutefois préféré la maintenir en fonction des outils. En effet, l'analyse va nous montrer, comme pour le site X, la multiplicité des stationnements des archers, tant au stade moyen qu'au stade final. Dès lors, la place très précise de la limite n'aurait plus grand sens. Nous connaissons dans d'autres sites, par exemple à Tillet-3 (Rozoy 1999), une disparité entre témoins du débitage et présence des outils. Mais c'est différent : l'espace des outils y est plus restreint que celui du débitage ; à Tillet-3 le quart sud de l'espace du débitage est seul occupé par un nombre notable d'outils.


Ici nous pouvons nous demander pourquoi des nombres d'outils sensiblement équivalents vont avec des quantités de déchets variant du simple au triple et plus. On peut se demander où les gens du site XIV a ont débité leur silex, serait-ce là (pour partie) un poste de travail des gens du X ? Cela confirme surtout ce que nous avions déjà perçu dans les autres sites : l'indépendance entre les postes de débitage et ceux d'utilisation et abandon des outils. Il était en tous cas plus prudent de mener l'étude en divisant la concentration en deux parties a et b. Le tableau 6 montre la composition typologique de ces deux sous-unités, par classes.

La proportion d'armatures est bien plus élevée dans le site b (35,2 %) que dans le site a (19,8 %), les lames et lamelles Montbani sont plus nombreuses (en proportions) dans le a (39 % contre 32 %). Ces observations auraient évidemment plus de valeur si les sites étaient purs, ce qui est loin d'être le cas. Mais nous pouvons noter, pour y revenir ultérieurement, que cela concerne des éléments typiques du stade final, il s'agit donc en partie d'un équilibre différent au sein de ce stade final. Dans le Tardenoisien moyen les taux d'armatures pointues étaient toujours supérieurs à 50 %, parfois jusqu'à 70 %. Au stade récent, Montbani-13 est encore à 50 %. Même avec toutes les réserves dûes au mélange, il est évident qu'il y a une baisse importante du taux d'armatures sur le long terme.

Les armatures du stade moyen.

Nous avons établi ci-dessus pour les sites Xa et Xb l'existence préalable sur le terrain de trois camps des chasseurs du stade moyen ± 2 000 ans avant la venue des archers du stade final. Le même apport ancien est détectable aussi au site XIV (fig.20 et 40) : neuf petits scalènes, huit pointes du Tardenois, quatre petites pointes simples, un segment de cercle, deux armatures à retouche couvrante et vingt lamelles à bord abattu, le tout bien dans le style du stade moyen, et retouchés à gauche comme il se doit. La topographie ne concorde pas avec celle de l'ensemble des outils (fig. 4) et moins encore avec celle des trapèzes de Vielle (fig. 41). En particulier il y a plusieurs pièces dans l'espace au sud-est, complètement vide de trapèzes de Vielle. On sait la présence très variable des lamelles à dos (qui comportent ici des pièces étroites et d'autres tronquées) pendant le stade ancien-moyen, et leur absence générale aux stades récent et final. On voit sur la fig. 40 que cet apport se situe essentiellement dans le site XIVb, à proximité du site III où Mr Chevallier a trouvé avec les trapèzes, entre autres choses, des armatures à retouche couvrante. Peut-on pour autant admettre qu'il s'agit du même camp du Boréal déjà dépisté dans la partie nord de l'A.T. Xb (fig. 19) ? Nous ne le pensons pas, car cela ferait une concentration de 12 ou 13 m de diamètre (au moins, et 15 ou 16 m jusqu'aux pièces les plus au nord, des lamelles à dos), dimensions jamais constatées pour un camp élémentaire des archers : on trouve habituellement autour de 5 x 8 m, parfois moins, rarement un peu plus. Les pièces en M-N-56 peuvent appartenir au camp I-J-K-51-56, mais celles du XIVb et surtout du XIVa sont trop loin pour pouvoir s'y rattacher, elles dessinent à elles seules un camp vraisemblable de 5 ou 6 m x 8 m. Sans préjudice éventuellement d'un autre camp sur la fouille Chevallier, il faut donc conclure à un quatrième camp du stade moyen (cinquième si nous en retenons quatre au site X). Ce camp peut être placé dans la seconde moitié du Boréal, comme les trois au sud, au sud-est et au nord du site X, puisque l'adoption des armatures à retouche couvrante dans le Tardenois est bien datée à Montbani-II et Sablonnière-II vers 6 200 B.C. (non calibré).

Les trapèzes de Vielle.

Les trapèzes de Vielle sans retouche inverse plate - les vrais Vielle - sont répandus sur presque toute la surface du site XIV (fig. 41), il y en a autant dans les parties pauvres en déchets (v. fig. 3) que dans les parties riches, c'est-à-dire qu'ils ne semblent pas étroitement liés au débitage. Leur dispersion est assez large et lâche, il n'apparaît pas de centre plus serré. Si l'on confronte avec la fig. 5, on voit qu'il existe un large espace (plus de 4 m) vide de Vielle entre la nappe si dense des trapères de Vielle de l'A.T. Xa et les exemplaires plus clairsemés de l'A.T. XIV. Nous avons montré à l'A.T. X qu'il y avait deux fabrications, les gens du site Xb faisant leurs Vielles un peu plus épais et plus lourds que ceux du Xa (fig. 7). On trouve une chose analogue au site XIV (fig. 42), les gens du XIVb font leurs Vielles un peu plus longs (centrés sur 21-22 mm) et plus épais (2,8 mm) que ceux du XIVa (centrés sur 17-18 mm et 2,5 mm). Il nous faut donc conclure à l 'existence de deux camps (au moins) pour les Vielles du XIV. Comme les gens de l'A.T. X, tant Xa que Xb, centraient leurs Vielles sur des longueurs de 20 et 22 mm (fig. 42, en bas), le camp XIVa dont les Vielles sont centrés sur 17-18 mm ne peut pas être l'oeuvre de ceux du X ; ceux du XIVb seraient compatibles, si nous ne trouvons pas d'autres impossibilités pour d'autres pièces.

Les trapèzes rectangles courts. Les trapèzes asymétriques.

La distribution spatiale des trapèzes rectangles courts (fig. 43) est très analogue à celle des trapèzes de Vielle sans R.I.P., avec le même appendice au nord-ouest. La disparité entre les sites XIVa (9 pièces) et XIVb (32 objets) est plus marquée que pour les Vielles, suggérant cette fois le lien avec les auteurs du débitage qui est plus concentré dans la partie sud. Mais ce n'est pas la zone la plus dense du débitage qui comporte le plus de ces pièces. Les analyses typométriques donnent un graphique global un peu déséquilibré pour les épaisseurs, provenant de disparités entre les deux parties du site XIV, le site XIVb utilisant des trapèzes rectangles courts un peu plus épais que le XIVa. En conséquence, les graphiques des poids diffèrent, les pièces du XIVb sont un peu plus lourdes, centrées sur 0,35 g au lieu de 0,25 pour le XIVa (fig. 44). C'est à nouveau l'indice de deux fabrications, quoique avec des réserves car les effectifs du XIVa sont trop faibles pour une bonne fiabilité statistique. On a vu ci-dessus (fig. 23) qu'il y avait deux fabrications aussi pour les trapèzes rectangles courts de l'A.T. X, mais ces deux fabrications étaient présentes dans chacun des deux sous-sites Xa et Xb. Au site XIV il en va différemment (fig. 44), la différence présumée est entre les deux sous-sites XIVa et XIVb, les graphiques de chaque sous-site sont unimodaux. Le mode principal du XIVb, à 3,5 dg, coïncide avec une zone intermédiaire du graphique du site X, c'est-à-dire que les deux modes de poids du X sont de part et d'autre de celui du XIVb, ce qui exclut la fabrication des pièces du XIVb par les gens du X. Par contre ce serait possible (mais bien loin d'être certain) pour les pièces du XIVa. Le XIVa serait alors, en partie, un poste de travail accessoire des chasseurs du X? Mais on a vu ci-dessus que les Vielles y sont franchement plus courts qu'au X, l'hypothèse ne peut donc être retenue, ou tout au plus pour les seuls trapèzes rectangles courts, ce qui paraît invraisemblable, les archers font toujours plusieurs types d'armatures et nous n'avons pas de motif valable de séparer ces types.

La distribution spatiale des trapèzes asymétriques (fig. 45) est analogue à celle des trapèzes de Vielle (fig. 41) et des trapèzes rectangles courts (fig. 43), mais sans l'expansion au nord-ouest. On a vu à propos de l'Allée Tortue X que ces deux types d'armatures (du moins leurs éléments sans R.I.P.) peuvent être considérés comme liés assez étroitement aux scalènes et aux trapèzes de Vielle. La distribution spatiale au site XIV conforte cette opinion. Les longueurs de ces pièces sont centrées sur 18 mm comme celles des trapèzes de Vielle du XIVa, autre confort (mais partiel) de la même idée, et, comme pour les Vielle (fig. 42), largeurs et poids fournissent au site XIVb des graphiques déséquilibrés (au XIVa avec 5 pièces on ne peut rien conclure)(fig. 46). Mais, si les épaisseurs sont compatibles (2,2 et 2,8 mm), et si l'un des modes des largeurs coïncide avec l'un de ceux des trapèzes de Vielle, l'autre est franchement incompatible (Vielle : 11 et 13 mm, trapèzes asymétriques : 8 et 11 mm). Au mieux, ce ne peut être qu'une partie des trapèzes asymétriques qui peut avoir été fabriquée par les gens du X. Nous retrouvons l'improbabilité déjà constatée pour les Vielle et les trapèzes rectangles courts.

La retouche inverse plate.

7

Il ne semblait pas indiqué ici de raisonner séparément sur les différents types d'armatures à retouche inverse plate parce qu'il y en a trop peu : 35 en tout (pour quatre types). On pouvait donc essayer de les traiter comme un seul ensemble. D'ailleurs, au site X on a pu voir qu'il y a une unité entre toutes ces pièces, ce qui nous rassurait un peu (à tort, on va le voir). Leur dispersion spatiale (fig. 47) suggère trois groupes, l'un dans XIVa (7 pièces), un autre à l'ouest du XIVb (6 objets) et le semis assez lâche dans le centre du XIVb (22 armatures, dont quatre dans la partie remaniée de la fouille Chevallier). Le groupe du XIVa ne comprend que des scalènes et triangles de Fère, les deux autres comportent les trois types, mais il n'y a pas de triangles de Fère dans la partie sud et est du XIVb. On ne peut évidemment affirmer (ni dénier) sur cette base que ces petits groupes aient été produits par un seul séjour ou par plusieurs. Mais la distribution des largeurs entre les types est très nette (fig. 48, en haut), malgré les faibles effectifs : les triangles de Fère à R.I.P. (présents dans les trois groupes topographiques) ont été faits sur des lamelles (lames) plus larges que celles employées pour les Vielles. Les scalènes à R.I.P. se partagent entre deux fabrications, l'une commune avec les Vielles, l'autre avec les triangles de Fère. A l'Allée Tortue X, tant Xa que Xb, les Vielles à R.I.P. comme les scalènes à R.I.P. étaient faits sur des lamelles larges de 12 mm (fig. 48, au milieu et en bas), indiquant une probable fabrication commune, et les triangles de Fère étaient fortement centrés sur 13 mm, ce qui paraissait peu différent. Au site XIV nous constatons une divergence indiquant deux fabrications, l'une pour les Vielles et une partie des scalènes à R.I.P., un peu moins larges que ceux de l'A.T. X (centrés sur 11 mm au lieu de 12), l'autre pour le reste des scalènes et les triangles de Fère, ceux-ci centrés sur 13 mm comme ceux de l'A.T. X. Cela conduit aussi à revoir l'appréciation portée sur les triangles de Fère à R.I.P. du site X, plus larges que les Vielles et scalènes à R.I.P., et qui sont sans doute plus tardifs. En conclusion, non seulement il y a deux fabrications parmi ces armatures à R.I.P. mais encore on ne peut en attribuer aucune aux gens du site X.

Les pointes "Troncature + cassure".

Ces pièces, analogues en apparence à certaines de leurs homologues du site X, sont ici clairement réparties en deux groupes topographiques matérialisant les deux sous-sites et confirmant (à 50 cm près) la séparation qui en a été proposée (fig. 49). Il semble donc bien y avoir eu deux camps (dont l'un avec plus de débitage que l'autre), et deux centres de travail. Le(s) centre(s) de travail dans A.T. XIV paraî(ssen)t avoir été passablement complexe(s), car l'analyse typométrique révèle (fig. 50) 1°) que les deux sites XIVa et XIVb ont fait leurs pointes "troncature+cassure" sur des lamelles de largeurs et d'épaisseurs différentes, plus larges et plus épaisses au site A.T. XIVb. 2°) qu'au site XIVb, où les effectifs sont suffisants, il y a deux fabrications (au moins) pour ce type : largeurs et épaisseurs livrent des graphiques l'un en plateau, l'autre bimodal. 3°) qu'au site XIVa, si les épaisseurs sont unimodales, les largeurs ne le sont pas, il pourrait donc y avoir là aussi une double fabrication : la médiane pour les largeurs de cet effectif de 12 est vers 10-11 mm, ce qui laisse la moitié des objets en dehors du mode principal. Ce dernier point toutefois n'est pas trop sûr, car les effectifs sont trop faibles pour qu'on puisse être trop affirmatif. Mais il y a pour ce seul type d'armatures dans l'ensemble du site XIV au moins trois fabrications sinon quatre.

Si maintenant nous comparons au site X (fig. 50, en bas), la bimodalité des largeurs au site XIV s'oppose de façon criante à la parfaite unimodalité du site X, autour de 12-13 mm. Les épaisseurs du X ont fourni un graphique tout aussi unimodal (centré sur 2,7 mm) que nous avons dû écarter pour ne pas alourdir plus encore cet article. Dans les deux cas (largeurs et épaisseurs) les gens du site X pourraient techniquement être les auteurs d'une partie des pointes "Troncature+cassure" du XIVb, mais certainement pas de l'autre partie, et moins encore de celles du XIVa plus minces et plus étroites. L'idée du poste de travail des gens du X au XIVa, évoquée ci-dessus à propos des trapèzes rectangles courts, ne pourrait donc, dans le meilleur des cas, expliquer qu'une partie très minoritaire de ce site. A mesure de l'avancement de l'analyse, toute hypothèse simplificatrice et unificatrice échafaudée se voit controuvée et ramenée, au mieux, à un rang très accessoire. A chaque pas du travail il nous est démontré un peu plus à quel point extrême nous avions simplifié et amalgamé une réalité beaucoup plus complexe que nous ne pouvions l'imaginer. Ce ne sont plus deux, trois ou quatre camps qu'il nous faut envisager, comme écrit au début de cet exposé, mais évidemment beaucoup plus.

La comparaison avec les voisins du X peut aussi porter sur le style. Nous ne trouvons pas trace ici de ces pointes à cassure taillées dans d'anciennes lames Montbani, avec leurs retouches et encoches bien caractéristiques. Ce type de récupération n'a pas eu lieu au site XIV, on n'a fait des pointes qu'avec des lames ou lamelles brutes de débitage, n'ayant pas servi. Et les gros piquants-trièdres si courants au X (fig. 38 et tableau 3) sont ici plus rares et moins saillants. Tout l'habitus de ces pointes est beaucoup plus classique qu'au X où une partie est classique, l'autre évoluée. Mais une pièce du XIVa (n°14 891) porte la retouche inverse plate.

Les pointes simples.

Leur distribution spatiale est assez analogue à celle des trapèzes de Vielle (fig. 51), mais il y en a une dans la zone vide de ceux-ci au sud-est du site. Les dimensions (fig. 52, en noir), malgré le faible nombre, sont très étalées pour les longueurs et les épaisseurs, montrant, comme au site X, qu'il y a deux ou plusieurs fabrications. Les largeurs sont unimodales, centrées sur 12 mm, juste entre les deux modes de l'A.T. X, montrant par là que ce ne sont pas l'oeuvre des mêmes fabricants. Il y a quand même une analogie, les retouches Montbani qui figurent sur une partie des pointes simples du site X sont présentes sur deux pièces (une du XIVa et une du XIVb) sur les dix-sept, et les piquants-trièdres, qui au site X sont présents sur la moitié de ces pointes (tableau 3), existent sur 10 des 17 objets ; toutefois, ils sont moins gros et ces pointes n'ont pas l'habitus si courant au site X où les largeurs sont souvent de 14 et 15 mm, rares ici. Le style est différent, plus classique, plus conforme aux traditions anciennes que les gens du X sont en train d'abandonner.

Autres armatures sans R.I.P.

Ces pièces (triangles de Fère, trapèzes à bases décalées, grands scalènes sans R.I.P.), qui apparaissent comme des épigones des trapèzes de Vielle, sont ici des plus dispersées, mais (fig. 53) il n'y en a aucune dans le coeur du site XIVb en O-P-Q-51-53. A l'A.T. X (fig. 25 et 14) elles occupent fortement l'espace des trapèzes de Vielle. C'est donc une nouvelle opposition entre les sites X et XIV.

Les outils sur lames et lamelles.

L'étude de leurs largeurs et épaisseurs (fig. 54) montre qu'il y a eu dans chacun des deux sous-sites deux ou plusieurs fabrications, ou peut-être (beaucoup moins vraisemblable, car les valeurs sont trop proches) que les artisans ont fait deux ou plusieurs choix au sein de leur débitage : il y a des graphiques à plateaux pour les largeurs comme pour les épaisseurs à Tillet-XIVb et pour les largeurs au site XIVa (mais l'allure du graphique des épaisseurs au site a laisse aussi penser à deux fabrications ou choix inégaux). De plus, les modes des épaisseurs sont différents entre les deux zones, si bien qu'il faut penser à au moins quatre fabrications différentes (au moins deux pour chaque sous-site), comme d'ailleurs les études des armatures le suggéraient déjà.

Le schiste. Le grès-psammite.

Les sites X et IV de l'Allée Tortue ont fourni, grâce à un tamisage attentif, quelques petits morceaux de schiste ardoisier provenant évidemment de l'Ardenne à 100 km. Il n'est pas absolument exclu que cela dérive de l'emploi (rare dans cette région) de l'ardoise en couverture des toits à la période historique (on a trouvé aussi des carreaux de sol du XVII° siècle), mais la présence à l'A.T.XIV d'une plaquette lissée en grès-psammite ardennais assure la réalité des contacts interrégionaux. Malheureusement il est impossible de déterminer si cela provient des gens du stade moyen, de ceux du stade final, ou des deux. Comme les plaquettes lissées sont plus fréquentes au stade moyen, il y a une certaine probabilité en ce sens.

La meulière brûlée.

Comme au gisement X nous avons pesé les débris de meulière brûlée. Le plan (fig. 55) tout d'abord est beaucoup moins dense que celui du site X : il y en a quatre fois moins. C'est encore un élément confirmant l'autonomie des deux sites, si les gens qui ont dispersé leurs pierres chauffantes sur tout le camp X avaient campé au XIV, nous aurions trouvé autant de meulière brûlée des deux côtés. Au plus y sont-ils allés un peu, on peut alors se demander si les gens du XIV ont jamais employé ce procédé, les débris de meulière trouvés au XIV pourraient provenir de quelques passages de ceux du X. Ce plan tend aussi à confirmer l'existence et l'autonomie des deux parties XIVa et XIVb (avec le même décalage de 50 cm déjà signalé). Enfin, comme au X et peut-être encore plus, les archers (ou leurs épouses) ne se sont pas souciés d'aller bien loin pour disperser ces débris, qui se sont incorporés sur place au sable. Cela ne dénote pas de bien longs séjours, lors desquels les cailloux auraient fini par devenir gênants.

Conclusions sur l'Allée Tortue XIV.

Comme pour le site X, la conjonction des analyses typométriques et topographiques montre la multiplicité des occupations : outre un ou deux camps du stade moyen (avec la masse du site III), au moins deux pour les trapèzes de Vielle et leurs commensaux, deux pour les armatures à retouche inverse plate, d'autres encore pour les pointes "troncature+cassure" et les pointes simples. La plupart de ces groupes sont incompatibles avec les dimensions constatées à l'Allée Tortue X et le nombre des campements dans la clairière s'en accroît d'autant. La continuité est analogue à celle du site X.



III. ALLÉE TORTUE IV.

Le site A.T. IV est très probablement celui découvert par Edmond Vielle en 1879. La trouvaille (après signalement par quelqu'un dont le nom n'a pas été retenu) avait été favorisée par une position très superficielle dérivant d'érosion. Le site IV est en effet à une très légère rupture de pente, et de ce fait (et peut-être aussi aussi de par les enlèvements de sable effectués par les verriers) il n'y a pas de recouvrement sableux, la couche archéologique est directement en surface, notamment au niveau de la bifurcation des deux chemins de sable qui descendent en biais rejoindre l'Allée Tortue de part et d'autre. Plus bas, les sites A.T. III, X et XIV sont recouverts de 20 à 30 cm de sable, probablement soufflé par le vent depuis la rupture de pente. Au site XVI il y en a 50 cm. C'est au site IV qu'il était facile de trouver sur le chemin même les premiers trapèzes ("de Vielle") qui aient été connus du monde scientifique dès 1889. Il s'agit donc de l'un des sites éponymes du Mésolithique mondial (Rozoy 1994), et notre regret est vif de n'avoir pu réussir, malgré tous les rapports présentés, à obtenir de l'Administration très indifférente ni une protection effective ni la possibilité d'une étude suffisante avant destruction. Nous avons noté au cahier de fouille le 29.07.1974 : "Alios tronqué et redissout : En S-07 et toute la zone NE des fouilles, l'alios (tronqué comme dit plus haut) est beaucoup moins dur qu'ailleurs, par exemple en AD-17 ou X-Y-17 où a été fait le prélèvement pour analyse. Ici on l'écrase très facilement dans le tamis. En outre, il y a beaucoup de colonnes noires verticales qui vont jusqu'à 0,80 et plus et tendent à s'étaler dans les terriers vers 0,80 (et dans les conduits de racines). Il y a même parfois descente du A1 gris dans ces colonnes. Tout ceci signifie un retransport de l'alios vers la profondeur parce qu'il est devenu trop superficiel et n'est plus en état d'équilibre. En outre le haut manque (et le A2), il manque donc du silex. Cette zone devait être très, très riche. Il n'y a presque rien dans et sous l'alios (rien après 0,25)." La constatation de ce manque nous avait amenés à commencer le grand transect est-ouest des mètres S (Nord) qui devait découvrir les sites A.T. X et XIV, et par suite à délaisser le site IV pour les camps en question, mieux protégés et donc plus intacts, ce qui a ensuite déterminé la numérotation du site IV en ajoutant 100. C'est après avoir terminé ces sites (exposés ci-dessus) que nous avons repris en 1987, lors du sauvetage, une petite partie du IV (mètres 120 -121). Mais la déraisonnable et incompréhensible interdiction a été maintenue par le Conseil dit 'supérieur' (malthusien et professionnel), malgré les débuts de destruction par l'aménagement du parc de loisirs : passage de lourds camions à travers le site IV, avec profondes ornières comblées par un déblai argilo-calcaire, nouvelles ornières et bourbier, puis abandon du chemin par les camions, ouverture d'un nouveau tracé etc. Cet oukase a empêché notre équipe bénévole d'obtenir (sans frais pour l'Etat) pour les parties alors encore intactes du site IV une documentation comparable à celle réunie pour le X et le XIV. Nous présentons donc ici le plan (fig. 56) et les décomptes de ce qui a pu être fait "dans l'attente d'une monographie". Il y a malheureusement un fort déséquilibre par rapport à ce que nous avons pu établir pour les camps Xa, Xb et XIV, nous n'en sommes pas responsables.

Densité des silex.

La figure 56 montre le plan de densité des déchets, établi sur la même base que pour les sites X et XIV. Il y avait certainement plusieurs centres qui auraient peut-être permis de reconnaître des camps distincts. On remarque en particulier dans le transect des mètres S-Nord, que nous avons malheureusement dû laisser discontinu, les mètres 137-138 avec plus de 200 silex par carré, à 20 m du site A.T.IVb (d'ailleurs visiblement double) et à 30 m de A.T. IVa. Mais l'interdiction nous a empêchés de savoir ce qu'il y avait dans les mètres S-135-136 et si cette densité importante était, ou non, en continuité avec celle moins forte du mètre S-131. De toutes façons, compte tenu de notre expérience dans quantité d'autres sites mésolithiques, les distances en cause excluent totalement l'appartenance du tout à un même campement. Au-delà, on trouve vers l'Est surtout des carrés à moins de 50 silex, mais il y en a jusque sous le gros chêne AD 157, donc encore plus de 20 m plus loin. A l'Ouest, il y a dans le mètre 106 une série de carrés riches qui évoque une autre concentration, peut-être jointive avec celle des mètres 110-111 ou avec l'A.T.II. Les mètres 113-114 sont ceux qui ont été massacrés par le passage des camions et l'apport de marne ( ! ) pour boucher les ornières. Quant au transect des mètres K, amorcé dès le début des travaux sous la direction de René Parent, nous devons être réservés en ce qui concerne les densités : dans la moitié des unités de fouille nous n'avons décompté que 1 à 15 silex, mais, bien que ces quantités correspondent avec les nombres d'outils du cahier et des collections, il est possible qu'il nous manque des sacs de déchets ; après le décès inopiné de René nous n'avons peut-être pas trouvé dans son grenier la totalité des plus anciens produits de fouille. Aussi la série "A.T.IVc" ne peut-elle être considérée comme trop fiable.

Le plan des outils (fig. 56, en bas à droite) montre des inégalités de répartition analogues. Il y a deux centres de délaissement des outils dans le IVb, ce qui évoquerait deux camps, mais là encore nous sommes handicapés par l'interruption.

Les armatures.

Les 172 armatures signalées au tableau 1 et qui sont les seuls éléments relativement fiables dans ce site mélangé se décomposent comme indiqué au tableau 7 :

Ces effectifs se partagent entre différentes zones qu'il ne serait certainement pas raisonnable de traiter ensemble, puisqu'elles dépassent très largement les dimensions habituellement rencontrées pour les camps mésolithiques élémentaires (autour de 5 x 8 m). Ces parties sont définies sur la fig. 56. Les zones a, b et c ont une certaine cohérence topographique (ce qui ne garantit nullement qu'elles ne soient pas à cheval sur deux ou plusieurs sites, les données recueillies ne permettent pas d'en décider). Le groupe d réunit des sondages assez dispersés autour des fouilles centrales, l'intérêt de ces sondages a été de constater que la zone fertile s'étend largement, au moins jusqu'à la clairière sans bruyères sous le chêne AD-157. En fait, seul le IVb, la zone de loin la plus dense, avec 31 trapèzes de Vielle et 38 trapèzes rectangles courts, permet (à la limite) quelques ébauches assez précaires d'études statistiques et de comparaisons avec les sites X et XIV.

Trapèzes de Vielle.

Le plan de répartition (fig. 57) ne peut nous indiquer de limites comme celles que nous avions constatées pour l'A.T. X (fig. 5) : il y en a partout. Il est possible que la zone entre les sous-sites b et c ait été partiellement vide, et que donc une limite y ait été perceptible, mais nous sommes condamnés à l'ignorer. Il pourrait y avoir une telle limite à l'Est, au-delà de S-122, mais la bande testée est trop mince pour que l'on puisse conclure. Les graphiques des dimensions (zone b, fig. 58) montrent que les pièces retouchées à gauche semblent plus courtes (en haut) que celles retouchées à droite. Nous avons privilégié cette opposition parce qu'il y a dans le secteur IVb une proportion inhabituelle de trapèzes de Vielle à gauche : 9 sur 31. Cela ne prouve pas deux fabrications, ce peut être un choix des mêmes tailleurs. Les effectifs faibles permettent un doute : nous sommes handicapés par l'interdiction administrative. Une hésitation analogue demeure pour la même raison au sujet des poids (en bas) : les pièces à droite paraissent bimodales, les modes (si tant est qu'on puisse les retenir) sont analogues à ceux distincts dépistés à l'A.T. X où les gens du Xa ont fait leurs trapèzes de Vielle plus légers que ceux du Xb (fig. 7, au milieu). On aurait pu croire à une possibilité de communauté avec les deux variantes du site A.T. X, mais les longueurs à l'A.T. X (fig. 42, en bas) sont bimodales à 20 et 22 mm, ce qui ne concorde pas. A l'A.T. XIV les longueurs (fig. 42, au milieu) sont aussi bimodales, à 18 et 22 mm, les poids sont centrés sur 0,35 g, ce qui ne concorde qu'avec une partie de ceux du seul A.T. IV latéralisé à droite. Bref, si communauté il y a, elle ne peut être que très partielle. Nous avons aussi étudié les latéralisations à l'A.T. X où les effectifs sont à peu près suffisants : il n'y a pas, ni globalement avec 16 pièces à gauche sur 229, ni à l'A.T.Xa (où il y a 9 pièces à gauche sur 163) de différence entre Vielles retouchés à droite ou à gauche (graphiques à disposition de qui les demanderait). Pour l'A.T. X b le nombre de pièces à gauche (7) est encore plus faible et les modes des graphiques n'ont plus grand sens, d'ailleurs les médianes concordent avec celles des pièces à droite. Si l'on retient les graphiques du IV il y aurait donc une différence avec le Xa, mais le doute subsiste. La proportion élevée de pièces à gauche est de toutes façons une nette différence avec le site X.

Trapèzes rectangles courts.

Comme les trapèzes de Vielle, dont on a vu ci-dessus qu'ils étaient inséparables, les trapèzes rectangles courts occupent aussi bien (fig. 59) A.T. IVb que A.T. IVa, quoique plus faiblement pour ce dernier (3 pièces alors qu'il y en a 7 pour les Vielles). Il n'y en a pas dans le secteur c au Sud. Mais la surface que nous avons pu fouiller dans cette zone est insuffisante pour nous assurer, surtout en présence de deux trapèzes de Vielle (fig. 57), qu'il n'y avait pas de trapèzes rectangles courts dans les parties voisines non fouillées. Il y a donc là comme l'ébauche d'une discordance entre ces deux types, que malheureusement, pour les raisons exposées ci-dessus, nous ne pouvons ni confirmer ni dénier. Les graphiques de dimensions (fig. 60) montrent que les longueurs (en haut) sont unimodales, quoique avec une certaine asymétrie (les épaisseurs sont unimodales aussi, et sans asymétrie). Par contre les largeurs (au milieu) et par suite les poids (en bas) sont bimodaux, ce qui dénote la présence de deux fabrications. On retrouve là ce qui avait déjà été observé à l'A.T. X (fig. 23) où il y a aussi deux fabrications pour ce type. A l'A.T. XIV (fig. 44) ces pièces sont centrées sur 3,5 dg, ici sur 2,5 et 4,5, c'est donc aussi incompatible qu'avec l'A.T. X. A signaler aussi qu'un trapèze rectangle court (très, très court) trouvé en R-16-SE a été percuté latéralement, ce qui pose la question d'un emploi en flèche tranchante. Il y a aussi quelques autres petits trapèzes plus ou moins symétriques qui posent ce même problème, mais sans trace de percussion (du moins sans appareils d'optique).

La retouche inverse plate.

Comme à l'A.T. II voisine (Parent 1967, Rozoy 1978, p. 525-533), il y a à l'A.T. IV (dans la partie fouillée) peu d'armatures à retouche inverse plate : 13 en tout, dont 10 grands scalènes. Ces pièces sont principalement dans le site IVb (fig. 61). Le site a donc été occupé par des gens qui en faisaient, et, comme aux sites X (fig. 8) et XIV, ils sont plus grands et plus lourds que les trapèzes de Vielle : malgré les faibles effectifs, qui rendent un peu hésitants à rien trop affirmer, il semble y avoir deux groupes de poids, tous deux supérieurs à ceux des Vielles : l'un vers 0,65 g et l'autre vers 1,05 g (fig. 62). Sous réserve des faibles quantités qui nous ont été imposées, il pourrait donc s'agir de deux fabrications, toutes deux différentes de celles des trapèzes de Vielle.

Les armatures du stade moyen.

Comme aux autres sites de l'Allée Tortue, il y a quelques armatures du stade moyen, que (pour les mêmes raisons de style) il n'y a plus lieu de rattacher aux faiseurs de trapèzes. Du fait de la fouille incomplète nous n'avons pas de preuve topographique, mais les arguments de style sont formels. Il y a (fig. 20) quatre fragments de lamelles à bord abattu, un segment de cercle, deux petits scalènes et la moitié d'une pointe à retouche couvrante (pointe à base ronde, le seul type du groupe qui manquait jusqu'ici à l'Allée Tortue). Sept pièces sont dans le IVb, et une dans le IVa (fig. 63), proportion normale en fonction des trouvailles respectives des deux côtés.

Les autres armatures.

Pour ne pas alourdir encore cet article, nous ne publions pas les plans de répartition des autres classes d'armatures (ils sont établis et ceux qui seraient intéressés peuvent nous les demander). Comme pour les classes précédentes, le IVb est la zone la plus fournie, le IVc la plus pauvre. Les effectifs trop faibles (10 à 13 par classe) ne justifient pas la confection de graphiques des dimensions qui ne permettraient aucune conclusion. En ce qui concerne les pointes simples et les pointes "troncature+cassure", il n'y a qu'une pièce taillée dans une lamelle Montbani (mal caractérisée) au lieu de toutes celles qui ont été observées au site A.T. X, et ces types ne portent pas de gros piquants-trièdres (il y a toutefois quatre gros piquants-trièdres, mais sur d'autres types qui ne les portent pas à l'A.T. X : un de 16 mm sur un scalène (n° 352), d'autres sur deux trapèzes asymétriques et un triangle de Fère). Cette absence sur les pointes simples et les pointes " troncature+cassure" est donc une différence qualitative notable avec le X. La même remarque avait été faite au site XIV : l'habitus de ces pointes est au IV comme au XIV tout-à-fait classique, alors qu'au X (a comme b) au sein d'une majorité de pièces d'allure classique, et en continuité absolue avec elles, tant en dimensions qu'en style, il y a une minorité de pointes plus grandes, plus robustes, présentant (réunis ou séparés, selon les cas) les caractères en question. Comme le XIV, et encore moins que lui (puisque le XIV a des pièces très évoluées pour les pointes simples), le site IV a donc connu l'évolution menant aux retouches inverses plates et aux pointes avec le bulbe ou avec une cassure, mais il a connu peu, et sur d'autres types, la forme extrême allant jusqu'aux gros piquants-trièdres. Le site IV n'a pas fourni d'armature denticulée, c'est encore une opposition avec les sites X et XIV : pour 164 armatures du stade final, nous aurions dû en trouver 7 ou 8 si les proportions étaient les mêmes que dans ces sites.

Conclusions sur l'Allée Tortue IV.

Le caractère très incomplet de la fouille, dû à l'interdiction administrative, ne permet que peu de conclusions nettes. Outre la présence antérieure d'au moins un camp du stade moyen, on relève toutefois de sérieux indices de deux fabrications pour les trapèzes de Vielle, de deux aussi pour les trapèzes rectangles courts et probablement de deux encore pour les armatures à retouches inverses plates. Il y a de nettes évidences d'incompatibilités avec les sites X et XIV pour la plupart des fabrications, et aucune preuve crédible pour celles qui pourraient être communes. La succession des occupations a été analogue dans l'ensemble à celle dans les deux autres sites, à l'exception semble-t-il de l'extrême fin : certains caractères (gros piquants-trièdres) présents au X et au XIV manquent ici sur les pièces qui les portent là, et sont suppléés partiellement par leur application sur des types qui ne les ont pas supportés dans les deux autres sites. Il est à peu près certain (surtout compte tenu de la grande dimension du site) que de multiples camps ont existé, la plupart autonomes, sans rapport strict avec ceux des sites X et XIV.

 

 

IV. LES STRUCTURES.

 

Nous disposons maintenant d'un nombre assez important de plans détaillés de sites mésolithiques, du stade moyen et du stade final principalement. La publication de ces plans demande certes un travail de préparation fastidieux (moins maintenant, avec les ordinateurs), mais c'est très profitable, et il est regrettable qu'elle ne soit pas plus systématique et ne distingue pas le débitage et chaque catégorie d'outils et d'objets caractéristiques. Il faut rendre hommage aux chercheurs qui, comme J. Hinout (1976, 1991, 1992) par exemple, ont pris soin (à l'époque, sans ordinateur) de nous fournir "en bloc", sur un seul plan, la quasi-totalité des données. Cela leur a pris un temps important. Ce facteur "temps" est essentiel. Malgré la limitation imposée ici par le palimpseste, qui nous dispense de l'étude des outils du fonds commun et du débitage, nous approchons pour l'Allée Tortue de la norme américaine de sept fois plus de temps pour l'étude que pour la fouille. Il ne faut pas chercher ailleurs que dans l'extrême modicité du temps accordé à l'étude par les textes officiels français (un tiers du temps total !) l'insuffisance des analyses des sites français. Ce n'est pas par hasard que les bénévoles, dont J. Hinout, et quelques travaux universitaires (Gouraud 1996, Lefevre 1993) sont presque les seuls à pratiquer de telles publications.

La forme ovale des concentrations nous a frappés et étonnés dès le début de nos travaux : on imaginait tout d'abord une dispersion non structurée, donc arrondie. On attendait en outre des formes d'organisation diverses soit pour des besoins spéciaux liés à la saison, au gibier etc... (et peut-être par les mêmes chasseurs), soit par suite d'une évolution dans les pratiques (et donc par les descendants ou ascendants). Or, tant ici qu'à Roc-la-Tour II (Rozoy 1978, p. 401), à Montbani-II et à Sablonnière-II (Rozoy 1978, p. 465-467), à la Roche-à-Fépin (Rozoy 1998 c), à Tigny (Rozoy 1998 b), au Tillet (Rozoy 1999), au total sur plus de quinze plans utilisables, la forme ovale est une constante, avec des dimensions moyennes de 5 x 8 m. Moins aisément perceptible sur les relevés les plus anciens établis par mètres carrés, la forme est apparue plus nettement depuis qu'en accord avec Jacques Hinout, à la suite de notre collaboration à la fouille de Sonchamp III, où le plan de la cabane n'a pu être précisé autant qu'on l'aurait souhaité, nous sommes tous passés à des relevés par quarts de mètres. La concentration de Sonchamp III, publiée en bloc, mesure sensiblement 7 x 9 m (Bailloud 1967, p. 304, Hinout 1976, p. 1467). La "cabane" 13-D du Castelnovien de Montclus (Escalon 1976 p. 1387, Rozoy 1978, p. 295) mesure 4 m x 2,50 m. Ce sont là deux extrêmes.

A Bergumermeer qui est proche chronologiquement (stade récent, vers 5 500-5 000 avant notre ère, en chronologie non calibrée) R.R. Newell (1980) a aussi constaté une forme globale ovale (30 m x 6 à 12 m), mais il a pu distinguer au-dedans (en appliquant la norme américaine sur les temps d'étude) six structures d'habitations mesurant autour de 4 x 2 m, chacune rattachée à un espace environnant de l'ordre de 40 à 60 m2, surfaces parfaitement en accord avec celles trouvées par nous dans les divers sites déjà indiqués. Deux de ces surfaces (W et SE) sont ovales comme les nôtres, les autres non, mais la détermination de leurs limites n'a pas été opérée de la même façon que dans notre cas et a surtout dépendu des limites fixées à la fouille, l'auteur étant plus intéressé par les structures des habitations elles-mêmes (certes d'un intérêt primordial, quand l'état du sol permet de les constater) que par les surfaces de travail attenantes. R.R. Newell (1980) fournit aussi les plans de structures d'occupation ovales à Duvensee, Osen II, Oakhanger VIII, Ageröd I HC, Vaenge Sö.

A l'Allée Tortue, tant A.T. I (Hinout 1962) que A.T. III (Chevallier, communication orale, et plan en négatif dans nos fouilles) fournissent aussi des plans allongés. A.T. II, malheureusement, ne peut être correctement estimé, étant amputé d'un côté par la tranchée de 1917, et de l'autre par l'interdiction de 1985 qui nous a empêchés d'en achever le plan. A.T. II est dans ces conditions un morceau coupé à l'emporte-pièces dans le site plus vaste et richissime de l'A.T. IV qui résulte de multiples palimpsestes donnant d'ailleurs peu de chances de percevoir les formes des camps constitutifs (c'est la raison pour laquelle nous avions plus insisté sur le groupe A.T.Xa-Xb, nous avons repris A.T.IV en 1984, mais l'interdiction est tombée peu après). L'ensemble A.T.II-A.T.IV est très allongé, environ 50 m sur ± 10 m. A l'ensemble A.T. Xa - A.T. Xb, la forme allongée est à son maximum (18 m x 7 m), au-delà de toute vraisemblance, et la perception de différences qualitatives et quantitatives diverses qui ont été détaillées ci-dessus confirme qu'il s'agit au moins de quatre ou cinq implantations (sans compter les trois ou quatre du stade moyen et quatre ou cinq autres pour A.T. XIV) dont on peut exclure qu'elles soient, même en partie, le fait des mêmes personnes. L'implantation A.T. Xa à trapèzes de Vielle est nettement ovale (fig. 3 et 4 : 5 x 12 m), celle du X b à Vielle paraît plus arrondie (4 à 6 m x 7 m), mais on est gênés pour l'estimer par le recouvrement partiel avec le Xa. La forme pour le XIVb ne peut être appréciée, ce site étant amputé par la fouille ancienne de Mr Chevallier. Le XIVa paraît allongé de l'WNW à l'ESE (6 x 4 m). Certaines des concentrations résultant de la division reconnue sont assez grandes si on les compare à celles constatées dans les autres sites ; ceux-ci ne sont pas tous plus anciens : Sonchamp III, stade moyen, est grand, Montclus 13-D (stade final) est petit.

Dans ces plans (et la situation est la même pour divers plans publiés "en bloc" par J. Hinout) on remarque presque toujours un mélange inextricable des outils et des armatures pointues, et éventuellement (selon les périodes) des lamelles à bord abattu ou des lames et lamelles Montbani. Il est très rare de constater des localisations, comme ce fut le cas à Montclus 13-D : armatures et microburins dans la partie nord, éclats et coquilles de moules dentelées au sud (Escalon 1976, Rozoy 1978). Cela tient probablement pour Montclus au fait de l'espace clos de la "cabane" (couverte ou non, c'est sous un abri rocheux), qui a fourni en stratigraphie des limites bien marquées dans le sol. La situation paraît différente sur nos sites de plein-air où il semble bien que les vestiges s'étalent devant l'habitat, bien perçu à Sonchamp III par sa vacuité (et on a présumé deux habitats analogues pour Montbani-II, Rozoy 1978, p. 464). Nous avons toutefois constaté au Tillet (Rozoy 1999) la réalité de certains postes de travail concernant les uns le débitage, d'autres les outils domestiques ("du fonds commun", Sonneville-Bordes 1960, p. 13), ou la fabrication et le remplacement des armatures pointues. Mais on n'observe que très exceptionnellement une séparation vraiment tranchée, il s'agit plutôt de tendances, les postes de travail sont multiples, changeants et très intriqués spatialement. Dans le cas de l'Allée Tortue, malheureusement, le palimpseste nous interdit de tels détails, on peut seulement observer qu'une catégorie définie d'armatures occupe toute une zone, la même que certaines autres catégories (par exemple les Vielles et les trapèzes courts) et que dans certains cas elle déborde le débitage (en trop ou en manque) : on retrouve ainsi pour les trapèzes de Vielle la disparité débitage/armatures observée à Tillet-3 et -2SE au stade moyen. Le mélange inextricable paraît être la règle dans les sites assez fournis, résultant généralement de camps prolongés ou renouvelés. Il semble en aller autrement dans les sites moins denses où des structures élémentaires parfois très spécialisées peuvent être isolées, par exemple au Closeau (Lang 1997) ou à Verrebroek 'Dok' (Crombé 1996, 1997, 1998 - dans ce cas ce sont des structures de moins de 100 outils).

Trace de cabane ?

Une seule structure plus précise que la forme globale a pu être soupçonnée à l'A.T. Xa : le vide de 3 m de diamètre dans le plan des pointes "troncature+cassure" (fig. 27), retrouvé sur celui des scalènes à R.I.P. (fig. 15) dont on a établi que les mesures des dimensions concordaient assez bien avec celles de ces armatures (un second vide du premier plan ne se retrouve pas sur l'autre). Si l'on excepte trois scalènes et trois pointes à cassure, l'espace libre atteint 5 m x 3 m. Ce vide existe aussi sur le plan des trapèzes asymétriques à R.I.P. (fig. 17), moins probant parce que peu fourni (on sait que ces armatures sont une variante des scalènes à R.I.P.). Il devait y avoir un obstacle au sol empêchant les pièces d'y parvenir : tente ou cabane (si on travaillait dehors), ou toute autre structure assez permanente, ayant duré tout le temps du camp. Cela peut paraître un peu petit pour une cabane, on peut songer à un poste de travail couvrant le sol ( ? ). Toutefois la dimension de 3 m concorde avec celle relevée dans Tillet-2-SW (Rozoy 1999) où elle résulte de la confrontation de quinze plans de catégories (dont certains ne confirment pas, là aussi il y a eu plusieurs occupations). Et avec les structures d'habitat de Bergumermeer citées ci-dessus (Newell 1980). Une telle interprétation supposerait un camp unique ou à peu près unique, ce qui est contradictoire avec notre interprétation du tableau 4 où ces pièces seraient (d'après leurs dimensions) dans trois époques, avant, pendant et après les scalènes à R.I.P. Bien entendu, il faut préférer les faits (la présence de trois vides concordants) à l'interprétation chronologique des mesures des pièces. Les pointes "troncature+cassure" ne seraient donc pour la plus grande part le produit que d'un seul camp, le même que celui (lui aussi à peu près unique) des scalènes et trapèzes asymétriques à R.I.P., un petit nombre de pointes plus lourdes faisant seules exception tout à la fin. Dommage de n'avoir pas Millie (Bonnichsen 1973) pour nous départager ! Mais si ces trois vides sont des faits bien établis, les idées de cabane ou tente ou structure sont aussi des interprétations...

V. CONCLUSIONS.

La conjonction des analyses topographiques et typométriques permet pour ce site de palimpseste tout d'abord d'identifier et rendre à leur époque les apports du stade moyen, notamment les armatures à retouche couvrante. En découle une meilleure compréhension des évolutions techniques des armatures : il ne doit plus être question de longue perduration des feuilles de gui, inchangées, du milieu du Boréal jusqu'à l'Atlantique moyen, sur plus de deux mille ans. Comme toutes les autres classes d'armatures, les armatures à retouche couvrante évoluent assez rapidement et sont finalement abandonnées, en moins de mille ans. Elles ne sont donc aucunement; entre autres choses, l'amorce des retouches couvrantes qui reparaîtront plus tard sur les pointes de flèches du Néolithique moyen et final. L'absence de tout emploi du site à la fin du stade moyen et au stade récent est très certainement liée à l'assèchement du marais, où les palynologues ne trouvent aucune constitution de tourbe pour ces périodes (Van Hoorne, in Rozoy et Slachmuylder 1990, p. 424) : après une fréquentation assez marquée à la fin du stade moyen (au moins huit camps démontrés, et probablement beaucoup plus), la clairière n'est plus utilisée pendant plus d'un millénaire (durant lequel on campe à 600 m au nord au "Parc de l'ancien château" et à Montbani etc), pour recevoir à nouveau au stade final, le marais ayant repris, une bonne vingtaine d'installations repérées, et probablement beaucoup d'autres moins intenses. Enfin ces techniques conjuguées nous ont permis, malgré l'absence de toute séparation stratigraphique, d'établir la multiplicité et l'indépendance des camps successifs des archers et aussi de pouvoir ébaucher une esquisse de l'évolution technique des armatures pendant le dernier millénaire du Tardenoisien. Pour cette période relativement courte (à l'échelle de la géologie) certains sites stratifiés n'auraient peut-être pas enregistré des apports suffisants pour séparer les sous-couches, et nous y aurions le même type de mélange présumé homogène ("protégé par le recouvrement"). En nous obligeant à recourir à la si fastidieuse typométrie, la situation superficielle de l'Allée Tortue nous a permis une approche, certes encore imprécise, mais positive, de l'évolution typologique et de sa cause : la très nette tendance à de plus fortes armatures doit correspondre à la mise au point d'arcs plus puissants exigeant des flèches et donc des armatures plus fortes. Nous avons établi, en collaboration avec Jérôme Walczak (Rozoy 1997 a, 1997 b, Walczak 1997) que les variantes et les transformations des styles de débitage du silex dépendent des choix et des transformations des matériels de chasse, et plus particulièrement des armatures. L'abandon du style de Coincy pour celui de Montbani était un des jalons sur cette voie. Nous voyons à l'Allée Tortue la poursuite de la même tendance. Cette amélioration dont on suit la progression tout au long de cinq millénaires du Mésolithique est le couronnement (Rozoy 1993 a, 1997 a) de 50 000 ans d'évolution des armes de chasse (épieu, lance, javelot, sagaie de propulseur, flèche d'arc) reflétant la progression évolutive du cerveau humain (Rozoy 1995), maintenant capable parallèlement d'inventer et (ou) d'adopter la production.

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Légendes des illustrations

Fig. 1 - Topographie d'ensemble du site de l'Allée Tortue au nord de Fère-en-Tardenois.

L'accumulation des concentrations de silex suggère l'utilisation d'une disposition naturelle liée à la minéralogie du terrain : c'est l'endroit où le sable est le plus pur, la forêt devait y être plus claire. Mais pendant plus de mille ans (entre le milieu du stade moyen et le début du stade final) le marais sous-jacent était à sec, personne n'est venu. La fréquentation a repris lorsque la tourbe a recommencé à se former, signe de l'abondance de l'eau, donc de la présence du gibier d'eau.

Fig. 2 - L'industrie de l'Allée Tortue Xa, tableau équilibré, dessin C.Rozoy.

1, 2 : pointes "troncature+cassure" (1, avec un gros piquant-trièdre non retouché). - 3, 4 : trapèzes asymétriques (avec piquants-trièdres). - 5, 6 : grands scalènes (5 : à retouche inverse plate). - 7, 8, 16, 17 : trapèzes de Vielle (8 : avec retouche inverse plate). - 18 : trapèze rectangle court. - 9 : trapèze à bases décalées, proche du triangle de Fère. - 10 : pièce émoussée. - 11 : lamelle cassée dans l'encoche. - 12 : bec sur éclat. - 13 : petit scalène. - 14 : lamelle à bord abattu. - 15 : pointe à troncature oblique (avec le bulbe). - 19 à 21, 26 : lames et lamelle à retouche régulière. - 27 : burin sur lame cassée. - 22 à 25, 28 à 36 : lames et lamelles Montbani. - 37 : grattoir. - 38, 39 : éclats retouchés. 40 : éclat denticulé. Les pièces 4, 7, 9 et 17 ont percuté en pointe (17, avec contre-coup à la base), 18 a subi un contre-coup à la base, peut-être 16 aussi. La fréquence des cassures par flexion sur les lames suggère que ces bris sont soit volontaires, soit liés au travail.

Fig. 3 - Densité des déchets de silex à l'Allée Tortue (camps A.T. Xa, Xb et XIV).

Ce plan est, par nature, celui des activités de débitage, qui fournissent le plus grand nombre des vestiges : les déchets tombés sur place. Il est confirmé, quoique de façon différenciée, par les autres plans et notamment par le plan d'ensemble des outils (fig. 4). Par nécessité méthodologique, la limite entre les deux camps Xa et Xb (ligne droite biaise) doit pour les comptes être remplacée par un zigzag suivant les contours des unités de fouille, ce qui ne change que très peu la consistance des ensembles. De toutes façons, nous savons qu'il y a un certain recouvrement entre les produits des deux camps, la distinction ne peut être que statistique. Après diverses hésitations, et en fonction du plan des armatures du stade moyen (fig. 19), nous avons compris que la zone I-J-K-48-54 appartient au camp A.T. III dont nous n'avons, à la suite de la fouille Chevallier, que les bordures, tant en limite de AT X que de A.T.XIV. La zone AT Xa-SE est, elle aussi, pour l'essentiel, du stade moyen (voir le plan, fig. 19). Nous avons aussi rattaché G-H-52-53 au camp AT. Xb ce qui accentue sa forme ovale, mais dans le sens Nord-Sud, opposé à celle NE-SO de l'A.T. Xa. Ces deux concentrations sont en définitive à peu près égales en dimensions, environ 8 m x 5 m. En fait, chacune des deux a très probablement été occupée plusieurs fois, ce qui estompe les formes, en particulier sur le plan des outils (fig. 4). La division de l'A.T.XIV se fonde essentiellement sur le plan des outils (fig. 4) ; la partie sud, de loin la plus riche en débitage, est en continuité absolue avec la fouille Chevallier.

Fig. 4- Densité des outils à l'Allée Tortue (camps A.T. Xa, Xb et XIV).

Comme il a aussi été observé au Tillet (Rozoy 199), la répartition des outils diffère de celle des déchets. L'opposition la plus marquée est à l'A.T.XIV où la zone nord-est présente une concentration d'outils bien distincte alors que le débitage est pratiquement en continuité avec la zone sud-ouest. Comme la suite de l'étude le montrera, chacune de ces parties a très probablement été utilisée deux ou plusieurs fois, et même à des périodes différentes. A l'A.T. Xa aussi les outils débordent franchement le débitage vers le nord-est (surtout des trapèzes de Vielle, fig. 5) et un peu aussi vers le sud-est (mais là ce peut être l'effet des camps du stade moyen) ; à l'A.T. Xb il y a toute une zone ouest avec des outils et peu de débitage. Là aussi, des occupations multiples (et non contemporaines) sont intervenues.

Fig. 5 - Distribution spatiale des trapèzes de Vielle sans retouche inverse plate à l'A.T. X.

C'est en apparence une seule nappe continue de 18 x 6 m traversant allègrement la " limite " tracée par nous entre les sites Xa et Xb. Les autres analyses permettront de relativiser ce caractère continu qui résulte de l'accolement de plusieurs camps. Noter le vide de trapèzes de Vielle au nord-ouest, tant en Xa qu'en Xb (carrés H-I-J-K-48 à 54), dont on reparlera pour d'autres armatures. Cette zone, en réalité, n'appartient ni au Xa ni au Xb (si tant est, de toutes façons, que ces entités aient quelque existence réelle du point de vue des camps des archers). Elle est dans le III.

Fig. 6 - Distribution spatiale des trapèzes de Vielle à retouche inverse plate à l'A.T. X.

Elle couvre seulement les parties centrales de la fouille, sur les zones les plus garnies de Xa et Xb, qu'elle a dû fortement contribuer à enrichir. Il y a une ébauche de vide (incomplet) entre les deux parties, il est possible qu'il y ait eu deux stationnements.

Fig. 7 - Poids et épaisseurs des trapèzes de Vielle sans R.I.P. à l'A.T. X.

En haut : il n'y a pas de différence entre les façons de faire dans le secteur nord de l'A.T. Xa et le secteur centre, les trapèzes de Vielle des deux parties ont exactement la même structure de dimensions, centrée sur 0,4 g, mais avec une certaine dissymétrie, un étalement vers les valeurs hautes.
Au milieu : il y a une différence entre ceux de la partie Xa, centrés sur 0,4 g, et ceux de la partie Xb, centrés sur 0,5 g. Les gens du Xb faisaient un peu plus lourd, mais moins dissymétrique.
En bas : La différence entre le Xa et le Xb tient à l'épaisseur, un peu plus forte dans le Xb : centrée sur presque 3 mm, contre 2,5 pour le Xa (où l'on peut se poser des questions sur une éventuelle structure composite).

Fig. 8 - Poids des trapèzes de Vielle avec et sans R.I.P. à l'A.T. X.

En haut, les Vielle avec R.I.P. : en Xa comme en Xb, et donc pour le total, production unique centrée sur 0,6 g, donc moitié plus que les poids des vrais Vielle du Xa.
En bas, les vrais Vielle sans R.I.P. (mêmes données que dans le haut de la fig. 7, présentées différemment pour faciliter la comparaison), centrés sur 0,4 et 0,5 g.

Fig. 9 - Distribution spatiale des petits trapèzes de Vielle à l'A.T. X.

Elle est évidemment la même que celle des grands (fig. 5).

Fig. 10 - Distribution spatiale des trapèzes retouchés à gauche à l'A.T. X.

On retrouve la distribution spatiale du débitage (fig.3), des trapèzes de Vielle (fig. 5) et de divers autres éléments qui leur sont liés.

Fig. 11 - Les petits scalènes de l'A.T.Xa (tri), autres armatures du stade moyen à l'A.T. Xa et Xb (toutes).

1 à 25 : A.T. Xb (1 à 8 : retouche couvrante, dont 4 et 7 : pointes de Tigny - 9 à 11 : pointes du Tardenois - 12 à 15 : segments - 16 à 25 : lamelles à bord abattu).
26 à 41 : A.T. Xa (26,27, 31 à 34 : pointes du Tardenois. 28 à 30 : pointes à retouche couvrante - 35 à 38 : débris de segments - 39, 40 : pointes simples - 41 : lamelle à bord abattu).
42 à 65 : A.T. Xa : petits triangles scalènes (ceux de l'A.T. Xb n'ont pas été figurés).

La différence de style avec le stade final est manifeste (comparer avec les fig. 2 et 38).

Fig. 12 - La bimodalité des scalènes de l'A.T. X.

La disparité numérique des catégories n'empêche pas de percevoir (en haut) que la bimodalité de l'ensemble est dûe aux scalènes sans R.I.P., ceux avec R.I.P. fournissent un graphique parfaitement normal. Cette bimodalité est précisée au milieu, le graphique du bas la décompose en ses deux éléments : une partie des scalènes sans R.I.P., les grands (en noir), concorde très bien avec ceux qui portent la R.I.P., centrés à 4-5 dg, et qui appartiennent au stade final avec les trapèzes de Vielle à R.I.P. L'autre partie (en gris) est centrée sur 1-2 dg, ce sont les scalènes du stade moyen.

Fig. 13 - Distribution spatiale des petits scalènes à l'A.T. X.

Elle est très différente de celle des trapèzes de Vielle, avec des agglomérations en B-C-D-52-54, en F-G-H-59 à 64 , dans des zones vides de trapèzes de Vielle et en J-50-56 (vide de Vielle aussi), cette dernière dépend évidemment du site A.T.III. Noter le vide de petits scalènes au milieu du Xa, là où il y a le plus de trapèzes de Vielle.

Fig. 14 - Distribution spatiale des grands scalènes sans R.I.P. à l'A.T. X.

Elle est assez conforme à celle des trapèzes de Vielle (fig. 5), à l'exception de huit pièces en I-J-K-50-54, dans le site III. Mais elle est surtout conforme à celle des scalènes à R.I.P. (fig. 15) et elle comprend dix pièces en E-F-G-62-64., qui devraient peut-être être rattachées aux petits scalènes. Mais la présence dans cette zone de quatre pièces à R.I.P (fig. 15) incite à en douter.

Fig. 15 - Distribution spatiale des scalènes à R.I.P. à l'A.T. X. et des armatures denticulées.

La distribution des scalènes à R.I.P. est analogue, mais non semblable, à celle des trapèzes de Vielle. Elle est beaucoup plus large que celle des Vielle à R.I.P. (fig. 6). Il y a quatre pièces en E-F-G-64, dans la zone des petits scalènes (v. fig. 13), ce qui nous rappelle que la séparation des ensembles ne peut être complète, car ces objets ne peuvent certainement pas être du stade moyen, 2 000 ans avant l'invention de cette technique d'emmanchement. Le vide en J-K-58-59 concorde avec celui des pointes "troncature+cassure" (fig. 27). Les armatures denticulées de tous types (y compris sans R.I.P.) ont exactement la même distribution que les scalènes à R.I.P. et sont certainement l'oeuvre des mêmes fabricants.

Fig. 16 - La trimodalité des poids des trapèzes asymétriques à l'A.T. X

En haut : la trimodalité est présente dans les deux sites Xa et Xb.
Au milieu : la séparation des 19 petits a résolu la bimodalité des poids petits et moyens, les petits ont une distribution unimodale centrée sur 0,2 g. Il subsiste une bimodalité pour les poids moyens et forts.
En bas : le graphique en plateau des trapèzes asymétriques sans R.I.P. répond aux anomalies du graphique de ceux avec R.I.P. et suggère une structure complexe des grandes pièces, qui proviendraient de deux fabrications.

Fig. 17 - Distribution spatiale des trapèzes asymétriques avec R.I.P. à l'A.T. X.

Elle concorde plus avec celle des scalènes à retouche inverse (fig. 15) qu'avec celle des trapèzes de Vielle (fig. 5). On retrouve en J-K-57-58 le vide observé pour les pointes "troncature+cassure" (fig.27) et pour les scalènes à R.I.P. (fig. 15).

Fig. 18 - Distribution spatiale des trapèzes asymétriques sans R.I.P. à l'A.T. X.

Elle concorde aussi avec celle des scalènes à retouche inverse (fig. 15), le nombre des petites pièces est trop faible pour entraîner une distorsion perceptible.

Fig. 19 - Distribution spatiale des armatures du stade moyen à l'A.T. X.

Comme celle des petits scalènes (fig. 13) auxquels ces armatures sont associées topographiquement, cette répartition est entièrement différente de celles des trapèzes de Vielle (fig. 5) et des scalènes à retouche inverse plate (fig. 15). C'est d'ailleurs pour avoir constaté la présence de ces pièces que nous avons allongé la zone fouillée vers le sud, dans une partie assez peu fournie en silex et en trapèzes (voir fig. 3 et 5). Mais il y a une autre concentration au nord, dans la partie de A.T. III que nous a laissée Mr Chevallier, et une au sud-est, dans la zone pauvre qui résultait d'une bienheureuse erreur d'implantation en 1976.

Fig. 20 - Les armatures du stade moyen à l'Allée Tortue (sites XIV, III, IV, toutes les pièces).

1 à 35 : A.T. XIV : 1 à 7 : pointes du Tardenois. - 8 à 14 : pointes simples. - 15 à 18 : triangles scalènes. - 19 : segment. - 20 à 30 : lamelles à bord abattu. - 31 à 35 : lamelles à bord abattu tronquées.
36 à 45 : A.T.IV : scalènes, pointe à retouche couvrante, lamelles à bord abattu, segment, pointe du Tardenois.
46 à 60 : A.T. III : 46 à 52 : armatures à retouche couvrante (46 : en G.Q.W.). - 53 : pointe simple. - 54 à 56 : pointes du Tardenois. - 57 à 59 : débris de segments. - 60 : pointe ogivale courte.
Même observation que pour la fig. 11 à propos de la différence de style (v. fig. 2 et 38, stade final).

Fig. 21 - Distribution spatiale des petites pointes simples à l'A.T. X.

C'est essentiellement la répartition des trapèzes de Vielle, mais il y a 13 pièces (dont 8 sans le bulbe) dans les zones occupées par les armatures du stade moyen et sans Vielle.

Fig. 22 - Distribution spatiale des trapèzes rectangles courts à l'A.T. X.

Elle est homologue de celle des trapèzes de Vielle sans R.I.P. (fig.5), avec un plus net déséquilibre entre les sites Xa et Xb. Les rares pièces à R.I.P. sont dans la zone des Vielle à R.I.P.

Fig. 23 - Les poids des trapèzes rectangles courts à l'A.T. X.

Le plateau obtenu, de 25 à 55 dg, laisse penser à deux ou trois fabrications voisines, mais il ne s'agit pas de très petits objets opposés à d'assez grands comme c'était le cas pour les scalènes (fig. 12).

Fig. 24 - Distribution spatiale des petits trapèzes rectangles courts à l'A.T. X.

Elle est la même que celle des plus grands(fig. 22) et des trapèzes de Vielle sans R.I.P. (fig. 5).

Fig. 25 - Distribution spatiale des trapèzes à bases décalées et des triangles de Fère à l'A.T. X.

Elles sont identiques à celles des trapèzes de Vielle (fig. 5). A une exception près, au nord, ceux avec retouche inverse plate restent limités à la zone des Vielle avec R.I.P.

Fig. 26 - Unimodalité des dimensions des trapèzes à bases décalées et des triangles de Fère à l'A.T. X

Nouvelle confirmation de l'homologie avec les trapèzes de Vielle (fig. 8).

Fig. 27 - Distribution spatiale des pointes "Troncature+cassure" à l'A.T. X.

Elles s'étalent comme les trapèzes de Vielle (fig. 5) sur une diagonale nord-est - sud-ouest, mais en débordant un peu au sud-est comme les grands scalènes. On y remarque deux vides de 3 m de diamètre en I-J-K-56-59 et en A-B-C-D-50-53. Ces vides ne sont pas retouvés sur le plan des trapèzes de Vielle (fig. 5), dont on sait que les caractères de dimensions sont différentes de celles de ces pointes, mais le premier est ébauché sur celui des scalènes à R.I.P. (fig. 15) et sur celui des trapèzes asymétriques à R.I.P. (fig. 17) dont on a vu que ces pointes à cassure se rapprochent. Les pièces présentes dans les zones à armatures du stade moyen sont retouchées à droite, ce qui rend improbable leur appartenance à cette époque.

Fig. 28 - Les poids des pointes "Troncature+cassure" à l'A.T. X.

Il y a deux fabrications très inégales en nombres : des pointes légères, centrées sur 5 dg, et un très petit nombre de plus lourdes jusqu'à 2 g. Pas de différences entre les deux camps Xa et Xb (en haut), mais les pointes courtes (angle < 45 °) sont un peu plus lourdes à longueur égale (au milieu). Les épaisseurs (en bas) présentent la même asymétrie que les poids, pour la même raison, aussi sans différence entre les deux camps Xa et Xb.

Fig. 29 - Dimensions des pointes simples à l'A.T. X.

Autant les longueurs (en haut) sont unimodales (avec ou sans bulbe), autant les largeurs (au milieu) et les épaisseurs (en bas) manifestent par des plateaux qu'il y a eu deux ou plusieurs fabrications voisines, tant avec que sans le bulbe.

Fig. 30 - Poids des pointes simples à l'A.T. X.

La bimodalité, devinable sur les largeurs et épaisseurs (fig. 29) par l'existence de plateaux, se confirme lorsqu'on combine les dimensions pour atteindre les poids : pour les pointes sans le bulbe (en haut) il y a un choix central vers 0,6 g et un autre moindre vers 1,4 g. Pour les pointes avec le bulbe, plus fiables parce que plus abondantes, le choix central est aussi vers 0,6 g pour le site Xa, mais vers 0,8 pour le Xb, et la variante plus lourde atteint 1,6 g pour les deux sites. Les différences de poids sont donc considérables, du simple au double.

Fig. 31 - Distribution spatiale des pointes simples à l'A.T. X.

Elle est plus homologue de celle des triangles scalènes à R.I.P. (fig. 15) que de celle des trapèzes de Vielle (fig. 5). Mais le vide J-K-57-58 n'apparaît pas clairement.

Fig. 32 - Plateaux sur les graphiques des trapèzes rectangles courts.

Chacune des trois dimensions fournit, dans chacun des deux camps, un graphique en plateau ou trimodal traduisant plusieurs fabrications. Les largeurs (au milieu), avec le plateau débutant vers 11 mm, sont compatibles partiellement avec les trapèzes de Vielle, mais le reste du plateau comporte des lamelles (± des lames) larges de 13 et 14 mm, jamais présentes sur les Vielles. Les épaisseurs (en bas), avec leurs trois modes, sont compatibles avec celles des trapèzes de Vielle qui présentent aussi ces trois maxima (fig. 7, en bas).

Fig. 33 - Les pointes "Troncature+cassure" : unimodalité, incompatibilité avec les Vielle à l'A.T. X.

Les épaisseurs (en haut) sont les mêmes que celles des trapèzes de Vielle, mais il y a un plateau annexe au-delà de 4 mm, que l'on retrouve pour les largeurs (au milieu) vers 16-18 mm. Ces valeurs sont communes avec les pointes simples (fig. 29). Les largeurs (au milieu) sont centrées sur 13 mm, alors que les fabricants des Vielles emploient des lamelles larges de 11 mm seulement (en bas). Donc, incompatibilité.

Fig. 34 - Les largeurs des trapèzes et scalènes avec et sans R.I.P. à l'A.T. X.

Les trapèzes de Vielle sans R.I.P. sont centrés sur 11 mm, ceux avec R.I.P sur 12 mm et plus, à 11 mm il n'y en a quasi pas, et les scalènes à R.I.P. sont centrés aussi sur 12 mm. Les divers types avec R.I.P. sont peut-être faits par les mêmes gens, les trapèzes sans R.I.P. certainement pas.

Fig. 35 - Les épaisseurs des armatures à retouche inverse plate à l'A.T. X et des armatures denticulées.

Les épaisseurs des trapèzes de Vielle à R.I.P. (au milieu) et celles des scalènes à R.I.P. (en bas) sont centrées sur 3 à 3,5 mm, celles des trapèzes de Vielle sans R.I.P. (en haut) le sont sur 2,6-2,7 mm. Cela dénote à nouveau deux fabrications voisines, mais nettement distinctes. Les armatures denticulées (en bas, y compris celles de l'A.T. XIV et celles sans R.I.P.) sont évidemment faites par les auteurs des armatures à R.I.P. et plus spécialement des scalènes à R.I.P. (les poids donnent les mêmes indications).

Fig. 36 - Les épaisseurs des trapèzes asymétriques à l'A.T. X.

Ceux qui portant la retouche inverse plate (en haut) sont faits sur des lamelles plus épaisses (3 à 3,5 mm) que ceux qui ne l'ont pas (au milieu : 2,5 à 3 mm). Là encore, il y a deux fabrications exclusives l'une de l'autre. Même si l'on isole (en bas) les grands trapèzes asymétriques sans R.I.P., après élimination des petits restants dans le terrain depuis le stade moyen, la différence persiste.

Fig. 37 - Les largeurs des trapèzes asymétriques à l'A.T. X.

Avec ou sans retouche inverse plate, et même en éliminant les petits, reliquat du stade moyen (au milieu), les graphiques en plateau ou plurimodaux indiquent clairement la présence de plusieurs fabrications voisines, depuis les 10-11 mm propres aux trapèzes de Vielle sans R.I.P. jusque les 12-13 mm de ceux avec R.I.P. et au-delà vers 14 mm.

Fig. 38 - Les pointes faites sur lames Montbani et les gros piquants-trièdres. Les armatures denticulées.

Troncature+cassure : AT Xa : n°1 à 4 et 6 à 8. A.T. Xb : n° 5. - 1,2,3,5,7 sur lames Montbani, 1 à 5, 7, 8 (ce dernier, cassé par contre-coup sur la hampe) : avec gros piquants-trièdres. Choix de pièces caractéristiques.
Pointes simples : AT Xa : 9 à 16. - 12 à 16 sur lames Montbani. 9 à 14, 16 : gros piquants-trièdres. Choix.
Armatures denticulées : A.T.Xa : 17, 18, 20, 24, 30, 33 à 35, 38, 39. A.T. Xb : 21 à 23, 25 à 29, 31, 32, 36, 37.
A.T. III: 19. Denticulations sur le bord libre (18, 34, 39), sur la petite troncature (24, 33), sur la grande troncature (les autres).

Fig. 39 - Poids de meulière brûlée à l'A.T. X.

La dispersion en est beaucoup plus égale que celle des déchets de silex ou des outils (voir fig. 3, 4 et 5). Lors de la réfection des foyers, on a dispersé les cailloux éclatés dans tout le camp (et peut-être au-delà) où ils se sont incorporés rapidement au sol sableux.

Fig. 40 - Distribution spatiale des armatures du stade moyen à l'A.T. XIV.

Elles s'étendent en M-N-56 dans une zone où il n'y a pas un trapèze de Vielle (fig. 5 et 41). Le groupe M-N-56 doit se rattacher à celui de I-J-K-50-55 (fig. 19), ce qui attribue à ce groupe un espace raisonnable, compte tenu de la partie est de la fouille Chevallier. Le reste dans A.T. XIV dessine une concentration vraisemblable de 6 m x 8 m. Cela signifie que les pièces trouvées par Mr Chevallier dans la partie ouest de sa fouille appartenaient nécessairement encore à un autre camp.

Fig. 41 - Distribution spatiale des trapèzes de Vielle à l'A.T. XIV.

Elle est plus lâche que celle sur l'A.T. X (fig. 5), s'étend sur les deux sous-sites, et comporte une extension au nord-ouest, mais pas au sud-est.

Fig. 42 - Dimensions des trapèzes de Vielle à l'A.T. XIV.

Les épaisseurs (en haut) sont au site XIVb un peu plus fortes qu'au XIVa. Les longueurs (au milieu) diffèrent aussi, mais leurs modes (17 et 21 mm) sont incompatibles au moins partiellement (le 17 mm) avec ceux de l'A.T. X (en bas) à 20 et 22 mm.

Fig. 43 - Distribution spatiale des trapèzes rectangles courts à l'A.T. XIV.

Elle est calquée jusque dans les détails sur celle des trapèzes de Vielle (fig. 41) : mêmes fabricants.

Fig. 44 - Poids des trapèzes rectangles courts de l'A.T. XIV.

Ceux du XIV b paraissent plus lourds (sous réserve: effectifs très faibles dans le a). Donc validité ( ? ) de la division du site. Il y a aussi (des deux côtés) une troisième rare fabrication encore beaucoup plus lourde. Les pièces du XIVb sont incompatibles avec au moins une partie de celles du site X (en bas).

Fig. 45 - Distribution spatiale des trapèzes asymétriques à l'A.T. XIV.

Elle est incluse dans celle des Vielle (fig. 41), mais elle est presque limitée au site XIVb (plus des trois-quarts des pièces) et, dans celui-ci, à sa partie centrale, sans aller dans l'expansion nord-ouest.

Fig. 46 - Dimensions des trapèzes asymétriques à l'A.T. XIV.

Les largeurs paraissent déséquilibrées dans les deux sous-sites, les épaisseurs évoquent des comportements différents du site a au site b (le site a emploie des lamelles plus épaisses, mais l'effectif est minime, donc peu sûr), la résultante sur les poids est complexe, si l'on n'avait que le graphique global il serait ininterprétable.

Fig. 47 - Distribution spatiale des armatures à R.I.P. à l'A.T. XIV.

Globalement, elle couvre le même champ que les trapèzes de Vielle (fig. 41), mais il n'y a pas de Vielle à R.I.P. sur le XIVa.

Fig. 48 - Discordance au sein des armatures à R.I.P. à l'A.T. XIV.

Les triangles de Fère (en haut) sont faits sur des lames plus larges que les Vielle. Les scalènes (auxquels on a ajouté les deux trapèzes asymétriques à R.I.P., si proches comme déjà vu) comportent deux fabrications, l'une large, compatible avec les triangles de Fère, l'autre proche de celle des Vielle du site XIV, mais incompatible avec les scalènes du site X (en bas). Les Vielle à R.I.P. du site XIV sont incompatibles aussi avec ceux du site X (au milieu).

Fig. 49 - Distribution spatiale des pointes "Troncature + cassure" à l'A.T. XIV.

Elle confirme la réalité de la division en deux sous-sites : notre limite a été placée 50 cm trop au nord.

Fig. 50 - Dimensions des pointes "Troncature + cassure" à l'A.T. XIV.

La plurimodalité est flagrante, entre les deux sous-sites et au sein de chacun, les gens du X (en bas) ne peuvent être les auteurs que d'une partie de ces armatures.

Fig. 51 - Distribution spatiale des pointes simples à l'A.T. XIV.

Il y en a une en N-57 dans le vide des trapèzes de Vielle.

Fig. 52 - Dimensions des pointes simples à l'A.T. XIV.

Longueurs et épaisseurs sont au XIV (en noir) très dispersées, les largeurs (au milieu) y sont plus homogènes, mais juste entre les deux modes des pièces du X.

Fig. 53 - Dispersion spatiale des armatures rares à l'A.T. XIV.

Elles sont très dispersées, sur les deux sous-sites, couvrant (lâchement) toute la surface du XIVb, y compris au sud-est où il n'y a pas de trapèzes de Vielle, faisant ainsi (hors Vielles) la jonction avec le Xa.

Fig. 54 - Dimensions des outils sur lames et lamelles à l'A.T. XIV.

Les plateaux dans les graphiques des deux sous-sites (et surtout dans le XIVb) montrent qu'il y a deux ou plusieurs fabrications (ou deux ou plusieurs choix au sein du débitage) dans chacune des deux parties.

Fig. 55 - Répartition de la meulière brûlée à l'A.T. XIV.

Elle est beaucoup moins dense qu'à l'A.T. X. Comme à l'A.T. X on n'a pas jeté les vidanges de foyers bien loin.

Fig. 56 - Plans des fouilles de l'Allée Tortue IV.

Les sondages exploratoires montrent que l'étendue du site est considérable : en Y-156, à plus de 100 m de l'A.T. X, il y avait encore un trapèze (retouché à gauche) et bon nombre de silex. Les densités sont les plus fortes connues pour le Mésolithique : on atteint (plan de gauche) 500 déchets de silex au quart de mètre, et (plan de droite) 25 outils. Cela ne peut provenir que de réoccupations multiples.

Fig. 57 - Distribution spatiale des trapèzes de Vielle à l'A.T. IV.

Le caractère discontinu des parties que l'on nous a laissé fouiller ne permet pas de constater des limites de répartitions.

Fig. 58 - Dimensions des trapèzes de Vielle à l'A.T. IV.

Les longueurs des pièces retouchées à gauche sont moindres que celles des pièces retouchées à droite. Les largeurs sont les mêmes pour les deux variantes. Les poids des pièces à droite sont bimodaux.

Fig. 59 - Distribution spatiale des trapèzes rectangles courts à l'A.T. IV.

Elle est plus inégale (au profit du IVb) que celle des Vielle, mais on n'est pas plus à même de reconnaître des limites.

Fig. 60 - Dimensions des trapèzes rectangles courts à l'A.T. IV.

C'est encore une bimodalité : entre les pièces à gauche et à droite pour les longueurs, d'ensemble pour les largeurs et les poids.

Fig. 61 - Distribution spatiale des armatures à retouche inverse plate à l'A.T. IV.

Elles sont surtout dans le site IVb.

Fig. 62 - Poids des armatures à retouche inverse plate à l'A.T. IV.

Il semble y avoir deux groupes, mais la modicité des effectifs ne permet pas d'être très affirmatif.

Fig. 63 - Distribution spatiale des armatures du stade moyen à l'A.T. IV.

Elles sont surtout dans le site IVb, ce qui n'en fait pas des contemporaines des pièces à R.I.P. de la fig. 61.


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